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La
riposte des antibiotiques
Dans
les années 70, on pensait bien que les maladies infectieuses, c'était
chose du passé. Quand on était malade, une otite, une pneumonie,
une méningite, on n'avait qu'à prendre l'une de ces petites
pilules miracle et le tour était joué : au revoir l'infection! D'ailleurs
pour beaucoup, l'arrivée des antibiotiques a été le fait marquant
du siècle en médecine. Mais en tout juste quelques années, la situation
s'est complètement renversée...
Certaines infections ne se soignent plus aussi bien qu'avant. Des
chirurgies considérées comme allant de soi, des pontages par exemple
ou encore le remplacement de la hanche, sont retardées, sinon annulées,
parce que les patients sont porteurs de bactéries résistantes qui
peuvent compliquer la guérison. Même accoucher peut causer problème.
Pour cette raison aussi, on ferme de plus en plus de lits, sinon
des ailes entières dans les hôpitaux, pour les désinfecter. Certaines
de ces super-bactéries résistent à tous les antibiotiques connus.
Par chance, ce n'est pas encore le cas pour les bactéries les plus
dangereuses, comme celles qui causent la peste, par exemple. Mais
ce n'est qu'une
question de temps...
Voilà pourquoi le monde médical a tiré la sonnette d'alarme. Est-ce
que cela signifie le retour au Moyen Âge, alors qu'il n'y avait
pas de médicaments contre les infections? Est-ce que la partie est
perdue pour les humains? Ou au contraire, il y a des raisons d'être
optimiste.
Découverte est allée voir ce qui se trame dans les laboratoires
et les hôpitaux. Elle y a constaté que la riposte s'organise partout,
parfois même de façon révolutionnaire. Mais les résultats ne sont
pas pour demain...
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Des bactéries de plus en plus résistantes...
Branle-bas
de combat. Une petite armée bien entraînée, portant masques et gants,
isole un patient infecté par des entérocoques résistants. L'équipe
aseptise la chambre dans laquelle il était. Dans le monde hospitalier,
ces manoeuvres sont devenues routinières. Mais les entérocoques ne sont
pas les seuls à semer le trouble...
Staphylocoques,
streptocoques, pneumocoques, E Colis, salmonelles, méningocoques…toutes
ces bactéries sont maintenant résistantes à un nombre croissant d'antibiotiques.
Cette progression, fulgurante, inquiète le micro-biologiste et infectiologue
Karl Weiss de l'Hôpital Maisonneuve-Rosemont :
« On pourrait se retrouver un petit peu à la limite dans une situation
de Moyen Âge, oui, dans le sens que vous avez une infection sévère
où vous n'avez plus de traitements antibio adéquat, je dirais, pour traiter
cette infection… »
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Résultat
: la multiplication des méningites,
des otites, des pneumonies, des empoisonnements sanguins, des gastro-entérites
et des infections urinaires.
On
estime que les bactéries multirésistantes présentes dans les hôpitaux
sont responsables de 2 millions et demi d'infections et de milliers
de morts chaque année en Amérique du Nord.
Parmi les 160 antibiotiques connus, il n'y en a plus beaucoup qui
sont efficaces dans leur corps à corps contre les bactéries résistantes...
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«Un
antibiotique, c'est une clé qui permet de vous ouvrir une serrure. Et
en ouvrant cette serrure, vous entrez dans la porte de la bactérie et
vous êtes capable de créer beaucoup de problèmes à l'intérieur de cette
bactérie-là et éventuellement de la tuer (...) La bactérie pour devenir
résistante, il faut qu'elle trouve la façon de changer la serrure. Si
elle a trouvé la façon de changer la serrure pour que vous ne puissiez
plus utiliser votre clé, donc elle est devenue résistante et à ce moment-là,
votre antib ne fonctionne plus », explique le Dr Weiss.
Ce qui rend les bactéries si redoutables réside dans leur simplicité même.
Ce sont des créatures unicellulaires qui se reproduisent rapidement, en
moyenne à toutes les 20 minutes. Chaque fois, il peut se produire une
mutation génétique bénéfique pour la bactérie, qui la rend résistante
à l'un ou l'autre des différents mécanismes d'attaque des antibiotiques.
Heureusement, les antibiotiques fonctionnent encore assez bien contre
les bactéries les plus meurtrières, comme celles responsables de la typhoïde,
du choléra ou de la peste.
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* C'est grâce à des mutations génétiques
spontanées que les bactéries deviennent résistantes à l'un ou l'autre
des différents mécanismes d'attaque des antibiotiques.
* Mais ce qui les rend si redoutables, c'est qu'elles se multiplient
à toutes les 20 minutes. Les bactéries transmettent ainsi divers
avantages évolutifs à leur descendance à une vitesse inouïe.
* En comparaison, il faudrait aux humains un million d'années pour
se multiplier autant que ne le font les bactéries en 4 ans!
* Voilà pourquoi on en retrouve des milliards dans un foyer d'infection
après tout juste 12 heures...
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Est-ce la fin des antibiotiques?
«
Je pense qu'on a pas forcément perdu la bataille globale des antib versus
les bactéries. Je pense que les antimicrobiens sont là pour rester et
je pense que c'est une arme extraordinaire qui a été trouvée», estime
le Dr Weiss.
L'optimisme de Karl Weiss est confirmé par l'arrivée, pour la
première fois en 30 ans, du premier antibiotique d'une nouvelle
classe de médicament : la linézolide. Mais il y a un revers
à la médaille. Cet antibiotique est très coûteux : en moyenne
160 dollars par jour au lieu de 20 dollars, comme c'est le cas
pour la vancomycine.
Plus troublant encore, on a déjà vu des cas de résistance à
la linézolide. La course aux nouvelles molécules antibiotiques
ne doit donc pas ralentir!
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La
réponse se trouve en partie dans cette bonne vieille terre. Car la grande
majorité des antibiotiques présentement en utilisation clinique en proviennent.
C'est la voie qu'a choisi Écopia, une petite entreprise québécoise, qui
en mène large dans la recherche de nouvelles molécules antibiotiques.
Cela s'explique, raconte son président Éric Cohen, par la décision de
faire confiance à la nature:
« Les chercheurs pensent et projètent qu'il y a à peu près dans
notre environnement 1,7 milliards d'espèces de micro-organismes. Donc
c'est un chiffre colossal; c'est énorme. Et jusqu'à maintenant nous avons
eu accès à peu près qu'à 1% de cette diversité, de ces micro-organismes,
donc à peu près 17 millions de ces micro-organismes ont été jusqu'à maintenant
analysés».
La génomique
Ce
n'est pas demain que ce gigantesque réservoir de micro-organismes sera
épuisé. Chez Écopia, on se penche particulièrement sur une famille de
bactéries de sol très abondante, les streptomycètes, à laquelle on doit
d'ailleurs la vancomycine, jusqu'à récemment l'antibiotique de la dernière
ligne. Le grand défi, c'est d'accélérer le travail de découverte des molécules
les plus intéressantes. Pour cela, on utilise la génomique. Cette nouvelle
science permet de décoder le génome des bactéries en l'espace de quelques
jours seulement :
« On est capable de déterminer : est-ce que ce micro-organisme est
capable de produire une molécule, et cette molécule, est-elle nouvelle;
et on est capable de déterminer, si vous voulez la classe et le type de
molécules que ce type de micro-organisme est capable de produire»,
affirme Éric Cohen.
Les résultats sont spectaculaires. Cette année seulement, 240 molécules
d'intérêt ont été identifiées. C'est énorme. Il y a tout juste quelques
années, isoler une seule molécule prometteuse était une tâche longue et
pénible , l'équivalent du travail à plein temps d'un étudiant au doctorat
pendant 4 ou 5 ans.
Guerre aux staphylocoques
La
génomique permet aussi de se glisser derrière les lignes ennemies. C'est
l'avenue de recherche choisie par François Malouin, biologiste à l'Université
de Sherbrooke. Dans son collimateur, les staphylocoques dorés… Ce sont
les champions de la résistance. Leurs stratégies sont diverses : ils attaquent
les antibiotiques avant qu'ils ne pénètrent dans la membrane; ils blindent
toutes les portes d'accès; ou encore ils se camouflent. Avec tellement
de succès qu'aujourd'hui, ils sont insensibles à plus de 75% de tous les
antibiotiques. Pour comprendre les raisons d'un tel succès, François Malouin
et son équipe ne se limitent plus à des recherche in vitro. Maintenant,
ils peuvent pénétrer au cœur même des défenses mises en place par les
bactéries multirésistantes et observer in vivo l'extrême complexité des
infections qu'elles causent.
« … in vivo, tout le processus d'infection chez l'animal commence
par, par exemple, une première exposition au système immunitaire; aussi
elle doit se cacher, se camoufler, s'attacher à des cellules, pénétrer
souvent dans les cellules, s'y multiplier, donc acquérir les éléments
nutritifs dans ce milieu-la; donc tous ça, ce sont des gènes qui sont
impliqués et on doit les reconnaître, on s'intéresse à ces gènes-là qui
ne sont pas exprimés in vitro», précise François Malouin.
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* Avec des biopuces qui permettent le criblage rapide de l'ADN et
des lecteurs laser, François Malouin peut suivre à la trace plus
de 6000 gènes en même temps. Cette analyse en continu du système
entier d'une bactérie permet de comprendre l'expression ou la suppression
des différents gènes qui sont activés quand il y a infection ou
quand il y a résistance.
* Avec des informations aussi précises, les chercheurs seront en
mesure de modifier légèrement la structure moléculaire des antibiotiques
pour leur redonner une nouvelle vie, par exemple. Ou encore désarmer
les mécanismes de résistance d'une bactérie de façon à laisser une
chance aux antibiotiques de faire leur travail.
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Si la recherche sur les nouvelles molécules antibiotiques avance rondement,
elle ne résoudra pas pour autant le grand problème de la résistance. Pour
cela, certains chercheurs proposent des pistes rien moins que révolutionnaires...
Les autres avenues de recherches
Pendant
que la recherche va bon train au niveaux des molécules antibiotiques elles-mêmes,
dans d'autres laboratoires, de nouvelles avenues de contrôle des bactéries
font leur apparition. Certaines sont remise au goût du jour et mettent
en vedette les ennemis naturels des bactéries. D'autres mettent en jeu
des astuces remarquables comme les bactéries n'en n'ont jamais vu jusqu'à
ce jour. Un mouvement de pince unique est en train de se mettre en place
qui redonnera peut-être dans quelques années l'avantage aux humains dans
cette guerre à finir contre les bactéries, particulièrement les bactéries
multi-résistantes.
Curieux d'en savoir plus? Plus
de détails très bientôt sur notre site, dans le cadre
de notre dossier spécial , «La riposte des antibiotiques»!
Journaliste : Mario Masson
Réalisatrice : Jeannita
Richard
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