L’étude des pédiatres Christine Loock et Julianne Conry a fait des vagues au sein du Service correctionnel canadien.
 

Les prisons pleines de victimes de l’alcoolisation fœtale?

La seule solution que notre société ait trouvée jusqu'à maintenant, c’est la prison. À la cour juvénile de la Colombie-Britannique, 24 % des jeunes délinquants ont des « symptômes compatibles avec un diagnostic d’alcoolisation fœtale ». C’est ce que soutiennent les pédiatres Christine Loock et Julianne Conry, de l’Université de la Colombie-Britannique, qui ont examiné pendant un an tous les jeunes condamnés à la cour juvénile. Elles ont passé en revue leurs déficits neuropsychologiques et leurs problèmes mentaux et elles ont fait enquête sur chaque cas pour savoir si leur mère avait consommé de grandes quantités d’alcool avant leur naissance.


Mme Loock reconnaît d'emblée que ce n’est pas un vrai diagnostic, mais plutôt une mesure indicatrice. Toutefois, c’est la seule étude du genre qui ait jamais été faite et le chiffre est tellement élevé qu’il a fait des vagues au sein du Service correctionnel canadien.


D’abord, les autorités du système carcéral ont demandé à l’équipe de Fred Boland, de l’Université Queens, de dresser un tableau des connaissances scientifiques sur l’alcoolisation fœtale. On peut prendre connaissance des résultats sur le web :
www.csc-scc.gc.ca/text/rsrch/
reports/r71/r71f.shtml
.

Le Service correctionnel a aussi réuni un comité consultatif formé de spécialistes du syndrome de l’alcoolisation fœtale et il travaille à dresser un plan d’intervention à ce sujet. En Colombie-Britannique particulièrement, on organise déjà des cours sur le syndrome d’alcoolisation fœtale à l’intention des gardiens de prison.


On songe aussi à un programme de dépistage systématique pour identifier les détenus qui ont des problèmes psychologiques compatibles avec l’alcoolisation fœtale. Cela permettrait à la fois de leur offrir des services particuliers de réinsertion sociale et de les placer à l’écart des détenus plus violents, dont ils sont souvent victimes. À Vancouver, le comité consultatif fait pression pour qu’on transforme un centre de transition en unité spécialisée réservée aux détenus qui souffriraient d’alcoolisation fœtale ou d’autres problèmes similaires. Si l’expérience donne des résultats intéressants, elle pourrait être étendue dans tout le Canada.

D’après un reportage de Gilles Provost (journaliste) et Marièle Choquette (réalisatrice)
Adaptation pour Internet : Jean-Charles Panneton et Karine Boucher

Dossier rédigé en avril 2001