« Je suis adulte, mais mon cerveau ne fonctionne pas comme celui d’une adulte normale. Mon cerveau est beaucoup plus lent » , nous dit Ranada Lutke.
 

La psychologie des victimes de l’alcoolisation fœtale (1 de 2)

Jane Lutke et son mari n’ont pas peur des grosses familles. Ils ont adopté 19 enfants! Il y a 20 ans, ils avaient cinq garçons quand ils ont adopté leur première fille, Ranada. Et c’est là que leur univers a basculé : elle avait le syndrome de l’alcoolisation fœtale.


« Elle était hyperactive, incapable de prêter attention, nous dit Jane Lutke, directrice du Réseau d’aide pour l’alcoolisation fœtale de la Colombie-Britannique. Elle n’avait pas de mémoire. Je pouvais lui demander cent fois la même chose et elle n’arrivait pas à le faire. J’ai fini par comprendre que ce n’était pas de la mauvaise volonté. Elle ne se souvenait pas. »


À l’époque, personne ne connaissait la psychologie des victimes de l’alcoolisation fœtale. Mais cela n’a pas empêché Jane et Lloyd Lutke d’adopter par la suite dix autres enfants qui avaient le cerveau endommagé par l’alcool. Une folie? Peut-être! Mais ils avaient d’abord observé les enfants. Ils avaient vu les aspects étranges de leur psychologie : ces enfants ne comprennent pas les concepts abstraits. Les règles qu’on leur impose doivent donc être concrètes, peu nombreuses et, surtout, immuables. Ils aiment la routine.

D’après un reportage de Gilles Provost (journaliste) et Marièle Choquette (réalisatrice)
Adaptation pour Internet : Jean-Charles Panneton et Karine Boucher

Dossier rédigé en avril 2001