8. Une biodiversité mal connue

Le pire dans tout ça, c’est que personne ne sait exactement ce qui est détruit.

C’est Terry Erwin, le célèbre entomologiste américain, qui le premier, en a fait la démonstration dans la forêt tropicale du Panama, en 1982.

Il a étudié la voûte de cette forêt tropicale. Un travail remarquable qui sert encore de référence. En fait, c’est dans cette voûte appelée canopée que l’on trouve la plus grande diversité d’espèces. Mais quoi exactement ? Les connaît-on toutes ? Pour le savoir, Terry Erwin a utilisé un insecticide foudroyant, ce qui lui a permis de capturer dans des bâches étendues sur le sol, tous les insectes présents. L’expérience a été répétée trois années consécutives sur 19 arbres de la même espèce. Pour chaque arbre étudié, 80% des espèces recueillies étaient absolument inconnues des spécialistes.

Grâce à ces travaux, on a compris que les espèces répertoriées jusqu’à ce jour ne représentent qu’une petite partie de la biodiversité réelle. D’autres études ont suivi. Toutes ont démontré notre ignorance. On croyait que le monde vivant regroupait un 1,7 million d’espèces de plantes, d’animaux, on est bien loin de la réalité. Les estimations varient selon les études. Trente millions d’espèces est un chiffre assez largement accepté. La biodiversité connue n’est donc que la partie visible de l’iceberg.

Nous détruisons aveuglément la fameuse toile, le réseau d’espèces que la Nature a mis des millions d’années à organiser, à tisser. Et on ignore totalement quelles en seront les conséquences.

«On est incapable de prédire dans les écosystèmes quand on pourra avoir un événement catastrophique suite à une accumulation de disparitions, ajoute Luc Brouillet. C’est inquiétant parce que ça veut dire qu’on ne sait pas. Présentement, l’Homme, par sa négligence face aux écosystèmes, face aux espèces, joue un rôle d’apprenti sorcier dangereux parce que l’on ne sait pas à quel moment nous allons causer un désastre. Lorsqu’on fera disparaître une espèce de poisson ça pourra entraîner des catastrophes en cascade. À quel moment, est-ce que le taux de pollution va être tellement élevé que ça va entraîner une catastrophe par un effet seuil. On ne sait pas ce que l’on fait avec l’environnement.»

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Nous détruisons aveuglément la fameuse toile, le réseau d’espèces que la Nature a mis des millions d’années à organiser.