Chronologie des événements en 2009

  • Zainab, l'aînée des enfants des Shafia, s'enfuit dans un centre pour femmes en difficultés. Elle y reste deux semaines. Sa fuite amène les policiers de Montréal à questionner les autres enfants de la famille à leur domicile. En l'absence du père, certains enfants parlent de violence, d'agression. Et lorsque le père revient au domicile, les enfants cessent de parler.


  • Geeti (photo fournie par la Cour)

    La Direction de la protection de la jeunesse et les policiers rencontrent de nouveau les enfants. Geeti demande à être placée en foyer d'accueil. Les autorités ferment le dossier. Aucun des enfants n'est retiré des soins de Mohammad et Tooba.


  • Zainab (photo fournie par la Cour)

    Zainab quitte le refuge pour femmes et rentre de son plein gré au domicile familial. Ce retour coïncide avec celui du père, Mohammad, qui rentre de Dubaï.

  • Zainab se marie avec son ami de coeur. Son identité ne peut être dévoilée en raison d'un ordre du tribunal.

  • La famille de l'époux de Zainab ne se présente pas pour célébrer l'union qui a lieu dans un restaurant. Le mariage est annulé à la demande de la famille de Zainab. Le jour même, des plans sont faits pour que Zainab épouse un des cousins de sa mère.

  • Hamed arrive à Dubaï; son père, Mohammad, y est déjà.

  • L'ordinateur de Mohammad est utilisé par Hamed pour faire des recherches Internet. La phrase « Can a prisoner have control over their real estate » (« Est-ce qu'un détenu peut administrer ses biens immobiliers? ») est inscrite dans Google.

  • L'une des soeurs, Sahar, affirme à son professeur avoir peur de son père, qui doit rentrer sous peu au Québec. L'enseignant appelle la DPJ.

  • Le père et le fils rentrent ensemble de Dubaï à Montréal.

  • L'ordinateur de Mohammad est utilisé par Hamed. Les mots « Facts and documentaries on murders » (« Faits et documentaires sur des meurtres ») sont inscrits dans Google.

  • L'ordinateur de Mohammad est de nouveau utilisé par Hamed. La phrase « Where to commit a murder » (« Où commettre un meurtre ») est entrée dans Google. Un relais de téléphone cellulaire enregistre l'appel téléphonique de Hamed à Mont-Laurier, 3 h au nord-ouest de Montréal.

  • Mohammad achète à 5000 $ une Nissan Sentra noire 2004 usagée. Cette voiture sera retrouvée dans le canal une semaine plus tard.


  • Rona et Sahar (photo fournie par la Cour)

    La famille Shafia au complet quitte Montréal en voiture. Elle voyage à bord de deux véhicules, une Lexus grise et la Nissan Sentra achetée la veille.

  • La famille est en Ontario. Elle passe du temps à Kingston. Un relais de téléphone cellulaire enregistre l'appel téléphonique de Sahar à environ 1300 m des écluses de Kingston Mills Locks, où la voiture sera retrouvée.

  • Selon les données de relais de téléphones cellulaires, la famille arrive à Niagara Falls.

  • En soirée, le cellulaire de Hamed est enregistré près des écluses de Kingston.

  • Selon les données des cellulaires, Hamed est à Welland, non loin de Niagara Falls.

  • Les dix quittent le Days Inn de Niagara Falls en soirée, selon les données de relais de téléphones cellulaires. Ils sont à l'ouest de Toronto vers 23 heures, puis à Belleville juste après minuit. Vers 1 h 36, le cellulaire de Sahar reçoit un message texte relayé par le relais le plus proche des écluses, celui de Station Road.
    À 1 h 50, Hamed et son père Mohammad prennent des chambres au Kingston Motel East, non loin des écluses.

  • Vers 8 h, Hamed est à Montréal, où il rapporte une collision avec la Lexus qu'il conduisait. Vers 9 h, la Nissan Sentra est aperçue au fond de l'écluse. On ne sait pas encore que quatre corps se trouvent à bord. Vers 12 h, Mohammad tente d'obtenir un rabais en payant comptant pour une seconde nuit au Kingston Motel East.12 h 30 : Shafia, Tooba et Hamed se rendent au poste de police de Kingston pour signaler la disparition des quatre femmes. Ils laissent les autres enfants dans un Tim Hortons non loin de là. Personne n'a appelé le 911.
    Les trois sont interrogés par les policiers.

  • Les policiers de Kingston vont chez les Shafia à Montréal. Ils inspectent la Lexus avec le consentement de son propriétaire.

  • Une autopsie est effectuée sur les quatre victimes. Aucun rapport n'est rendu public. Au début du procès, la Couronne indique que la noyade est la cause du décès, mais qu'on ne sait pas à quel endroit les victimes sont mortes. Aucune trace de drogue incapacitante n'a été trouvée dans les corps.

  • Mohammad et sa deuxième femme, Tooba, pleurent la disparition des quatre proches devant les médias à leur domicile de Montréal.

  • Les quatre femmes sont enterrées dans un cimetière islamique de Laval.

  • Le Centre des sciences judiciaires confirme que des fragments de plastique retrouvés sur les lieux d'une collision à Montréal vont avec des fragments prélevés près des écluses de Kingston Mills.

  • Les enquêteurs obtiennent un mandat pour saisir la Lexus des Shafia à leur domicile de Saint-Léonard.

  • Hamed, Tooba et Mohammad retournent à Kingston, à la demande de la police. Les policiers installent des micros dans l'un des véhicules des Shafia lors d'une visite au poste de police de Kingston. Les enquêteurs retournent près du canal avec les Shafia et prétendent découvrir la présence d'une caméra vidéo. En fait, la caméra vient d'être installée par les policiers dans l'espoir de susciter des discussions entre les suspects.

  • Dans une conversation clandestine, Mohammad dit à sa deuxième femme : « Si nous restons encore en vie une nuit ou un an, nous n'avons plus aucun poids sur le coeur [à penser que] notre fille est dans les bras de tel ou tel garçon, dans les bras de tel ou tel homme. Que Dieu maudisse leur diplôme. Que Dieu les maudisse tous les deux, et à leur espèce [...] Que le diable chie sur leurs tombes! Est-ce bien comme ça que devrait être une fille? Est-ce qu'une fille devrait être une putain? » (Notre traduction).

  • Dans une autre conversation clandestine, Mohammad dit à sa femme, Tooba : « Pour l'amour de Dieu, Tooba, maudite soit notre vie, maudites soient toutes les années de cette vie que nous avons menée! Quand je te dis de patienter, tu me dis que c'est dur. Ce n'est pas plus dur que de les voir à toute heure avec des petits amis. Rien que pour ça, quand je vois ces photos, je me sens soulagé. Je me dis à moi-même : "Tu as bien fait. Si elles revenaient à la vie cent fois, tu aurais le devoir de faire la même chose ».
    Quelques instants plus tard, il poursuit : « Ce n'était que trahison, elles sont coupables de trahison du début à la fin. Elles ont trahi la race humaine, elles ont trahi l'islam, elles ont trahi notre religion et nos principes, elles ont trahi nos traditions, elles ont tout trahi. » (Notre traduction)

  • Les policiers se présentent chez les Shafia munis d'un mandat de perquisition. Ils cachent des micros dans la résidence. Selon l'un des enquêteurs, les conversations enregistrées dans les heures suivantes suffisent pour justifier les arrestations.
    Dans un échange enregistré clandestinement, Mohammad lance à Hamed : « Et même si on me hisse sur une potence, rien n'est plus important à mes yeux que mon honneur. Laissons notre destinée entre les mains de Dieu, et que Dieu ne nous déshonore jamais, ni toi, ni ta mère, ni moi. Je n'accepte pas ce déshonneur. Il n'y a rien de plus important que notre honneur. » (Notre traduction)

  • Mohammad, Tooba et Hamed sont arrêtés. Hamed devait prendre un vol, quelques heures plus tard, pour Dubaï.