Le trafic d'organes

Un commerce en pleine expansion

Le trafic d'organes

  • Dr. Arthur J. Matas : En faveur de compensations financières pour les donneurs
    Dr. Arthur J. Matas : En faveur de compensations financières pour les donneurs
  • Dr. Luc Noël : En défaveur d'une compensation financière pour les donneurs
    Dr. Luc Noël : En défaveur d'une compensation financière pour les donneurs
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Des scandales entourant le trafic illégal d'organes font régulièrement les manchettes. Au cours des dernières années, des réseaux ont été démantelés au Kosovo, en Afrique du Sud, en Israël, aux États-Unis et en Inde.

Le phénomène « du tourisme de transplantation », (un patient qui quitte son pays de résidence pour aller s'acheter et se faire transplanter un rein à l'étranger ) a augmenté en flèche depuis 2000. Jusqu'à récemment, plusieurs pays permettaient encore ce type de tourisme médical.

Le rein est l'organe le plus en demande, puisqu'il peut être obtenu de donneurs vivants. Chaque personne possède deux reins et peut vivre avec un seul de ces organes. L'Organisation mondiale de la santé estime que de 5 à 10 pour cent de tous les reins transplantés dans le monde ont été achetés.

Traditionnellement, la Chine, le Pakistan, l'Égypte, l'Inde, les Philippines, la Colombie, sont les principaux pays d'origine de ceux qui vendent leur rein. Les acheteurs, eux, sont souvent originaires des pays riches, comme les États-Unis, des pays du Golfe, d'Israël, du Japon, de l'Australie et aussi du Canada. En Colombie-Britannique seulement, 93 patients sont allés à l'étranger pour se procurer un rein, entre 2000 et 2008.

Les causes

C'est le progrès des médicaments immunosuppresseurs comme la cyclosporine, combiné à l'essor du tourisme médical et de l'Internet, qui a contribué au développement du tourisme de transplantation.

Mais si le commerce d'organes prend de l'ampleur, c'est avant tout à cause de la pénurie d'organes, et du désespoir qu'elle engendre. Le nombre de personnes ayant besoin d'une transplantation de reins augmente sans cesse, à cause du vieillissement de la population et de la progression de maladies comme le diabète. Les dons d'organe ne répondent qu'à 10 pour cent de cette demande dans le monde.

Aux États-Unis, par exemple, on estime que 18 personnes meurent chaque jour avant d'avoir eu une transplantation.

En 2009, 249 Canadiens sont décédés en attentant une greffe d'organes, dont 75 pour un rein. Les malades du rein au pays attendent en moyenne quatre ans avant d'obtenir une transplantation. La situation est pire dans certaines provinces. En Colombie-Britannique, l'attente est d'au moins six ans et de près de 5 ans en Ontario. Le Québec, le temps d'attente est d'un peu plus de deux ans.

Tous victimes

Des études démontrent que l'exploitation commerciale des organes comportent des risques pour toutes les parties impliquées. Les patients qui achètent des reins à l'étranger ont plus de chances de contracter des infections et même de mourir des suites de leur opération. Les « vendeurs » eux, recrutés parmi les populations les plus pauvres, voient souvent leur état de santé physique et psychologique se détériorer, en raison d'un manque de suivi. La plupart du temps, ils ne reçoivent qu'une infime partie de l'argent versé par le receveur et leur situation économique ne s'améliore pas à long terme.

Mobilisation internationale

En 2008, des experts médicaux du monde entier se réunissent à Istanbul, en Turquie, pour développer des stratégies de lutte contre le commerce d'organes. Ils adoptent la Déclaration d'Istanbul. L'été dernier, les médecins canadiens sont devenus les premiers au monde à se doter de règles d'éthique très strictes concernant le commerce d'organes.

Les grandes organisations internationales comme l'Organisation mondiale de la Santé et les Nations Unies se sont aussi engagées dans la lutte. Les pays les plus actifs sur la scène du commerce d'organes, ont été appelés à resserrer leurs lois pour protéger leurs populations les plus vulnérables.

Aujourd'hui, à l'exception de l'Iran, aucun pays n'autorise le commerce d'organes. Mais les lois sont loin d'être toujours respectées. Plusieurs craignent que le commerce d'organes devienne encore plus souterrain, avec des risques accrus pour les vendeurs et les receveurs.

Autres solutions

De l'avis de tous les experts, les mesures législatives ne seront pas suffisantes. Il faut augmenter les dons d'organe, surtout ceux provenant de personnes décédées. Le Canada traîne de la patte comparativement à des pays comme l'Espagne, les pays scandinaves, la Belgique ou même les États-Unis.

Il existe aussi des partisans de la vente d'organes. Certains experts croient que, bien encadré, le versement de compensations financières aux donneurs est le seul moyen de vraiment réduire la pénurie d'organes dans le monde.