Un texte de Alain Labelle
Un étrange syndrome apparaît en Haïti, aux États-Unis et au Canada au début des années 80. Les médias le décrivent alors comme une forme particulière de cancer qui s'attaque au système immunitaire des personnes atteintes.
Cette photo tirée d'une campagne de publicité controversée de Benetton dans les années 1990 frappe l'imaginaire. Le sida atteint la cellule familiale : un père au chevet de son fils mourant.
La communauté médicale ne réussit alors qu'à décrire les symptômes de la maladie et nage dans l'inconnu.
En quelques années, le mal se répand dans la communauté gaie occidentale. Si bien que, en 1983, un climat de psychose s'installe autour de ce mystérieux « cancer gai », qui prend de plus en plus l'allure d'une épidémie.
La méconnaissance des causes de la maladie et de ses modes de transmission facilite la propagation des préjugés et bientôt des groupes autres que les homosexuels seront aussi victimes d'ostracisme, comme les utilisateurs de drogues injectables, les hémophiles et les Haïtiens.
Le magazine Time du 12 août 1985
Ce n'est que le 20 mai 1983 que des chercheurs de l'Institut Pasteur réussissent à isoler la cause de la maladie, un virus, et lui donnent le nom de VIH. C'est le point de départ d'intenses recherches, mais également le début d'un combat contre les préjugés et les inégalités sociales.
Les personnes atteintes se prennent en main et mettent sur pied des organisations communautaires pour défendre leurs droits et mobiliser les efforts de recherche et de prévention.
Pour la première fois dans l'histoire de la médecine, le rapport entre le malade, sa maladie et les médecins qui la traitent est redéfini par l'implication sociale des personnes atteintes.
Aujourd'hui, trente ans après le début d'une épidémie devenue pandémie, le sida a fait 25 millions de victimes et 33 millions de personnes vivent avec le virus.
Entre espoir et crainte
Mais, en 2011, les traitements permettent aux personnes porteuses du VIH d'espérer vivre aussi longtemps que les autres, même si la recherche d'un vaccin tarde toujours à donner des résultats concrets.
Des années de négociations et des ententes intervenues entre les gouvernements et les multinationales pharmaceutiques commencent aussi à porter fruit. En 2011, un nombre record de personnes ont accès au traitement et le taux d'incidence du VIH a diminué de près de 25 %.
Campagne de prévention contre le Sida en Afrique du Sud
L'ONUSIDA estimait à environ 6,6 millions le nombre de personnes qui suivent un traitement antirétroviral dans les pays à revenu faible à la fin de 2010, c'est-à-dire près de 22 fois plus qu'en 2001.
Malgré ces nouvelles encourageantes, le combat contre la maladie est loin d'être gagné, puisque 9 millions de personnes n'ont toujours pas accès au traitement antirétroviral. De plus, dans certaines régions de la planète où les experts pensaient l'avoir circonscrit, comme au Canada par exemple, le nombre de nouveaux cas d'infection grimpe à nouveau depuis 2005 après des années de diminution.
Une autre ombre plane sur les efforts de préventions et les percées réalisées depuis quelques années. Bien que les ressources financières allouées à la lutte contre le sida soient passées de 1,6 milliard à 15,9 milliards dans les pays pauvres entre 2001 et 2009, elles ont commencé à diminuer en 2010.
Or, les pays à revenu faible sont très dépendants du financement international. Par exemple, dans 56 pays, les donateurs apportent 70 % des ressources consacrées à la riposte au VIH.
Selon l'ONUSIDA, pas moins de 22 milliards de dollars seront nécessaires en 2015 pour combattre la pandémie, c'est 6 milliards de plus que le montant disponible actuellement.
Pour l'organisation, un tel engagement permettra d'éviter 12 millions de nouvelles infections et pas moins de 7,4 millions décès d'ici à 2020.
Le nombre total de nouvelles infections reste élevé, à 7000 environ par jour.