Antoine Valois-Fortier et Nicolas Gill
Photo : AFP/Franck Fife
Jusqu'ici, les Jeux olympiques de Londres ne souriaient guère aux judokas canadiens. Mais mardi, au Centre Excel, Antoine Valois-Fortier a renversé la tendance... et ses adversaires.
Le Canadien de 22 ans a choisi le bon moment pour venir à bout de Travis Stevens à son sixième et dernier combat du jour. Valois-Fortier a défait l'Américain pour la première fois en cinq combats afin de mettre la main sur l'une des deux médailles de bronze.
Valois-Fortier a contré l'Américain (te-guruma) pour marquer un yuko et filer vers la victoire. Le Québécois était visiblement ému en sortant du tapis, se tenant la tête et laissant couler quelques larmes sous le coup de l'émotion. Il a étreint Gill, son entraîneur, avant d'aller saluer son père dans les gradins.
Le dernier Canadien à avoir remporté une médaille olympique est justement l'entraîneur de Valois-Fortier, Nicolas Gill, qui a remporté l'argent à Sydney (-100 kg) et le bronze à Barcelone (-86 kg).
« Honnêtement, je ne sais pas trop ce qui se passe, a déclaré le nouveau médaillé olympique à sa sortie du tatami, le judogi blanc taché de sang. Je vais le réaliser au cours des prochains jours, car pour l'instant, je suis sur un nuage. La journée a été difficile, mais plus la journée avançait, plus j'étais confiant.
« J'ai bien suivi les plans de match et je suis resté constant mentalement. Nous nous doutions bien que le premier qui marquerait un point pourrait ensuite contrôler son adversaire.
Il s'agit de la première médaille olympique du Canada dans cette catégorie de poids, chez les -81 kg.
Gill fier de son protégé
« Antoine n'est pas du genre à battre ses adversaires par chance. Il les bat à l'usure et avec acharnement, a analysé Nicolas Gill. Il a connu une journée semblable à celle d'aujourd'hui lors d'un tournoi en Autriche en février. Je savais qu'il était capable de réaliser cinq ou six combats dans une même journée contre des gars de très haut niveau. Il fallait juste le faire le 31 juillet 2012.
« Je suis excessivement content pour lui. Il a fait ce qu'il fallait et le mérite lui revient. C'est la suite de son travail et nous lui avons juste donné un coup de main. Le plus dur, c'est entre les deux oreilles, par exemple un vendredi d'octobre pluvieux où tu vas t'entraîner au lieu d'aller prendre une bière avec tes amis. Antoine a été dédié depuis le début », a ajouté Gill.
L'or olympique est allé au Sud-Coréen Kim Jae-bum. Il a battu en finale le tenant du titre allemand, Ole Bischof. Le Russe Ivan Nifontov a obtenu l'autre médaille de bronze.
Freiné en quarts de finale
Justement, Nifontov, champion du monde de la catégorie en 2009, avait mis fin aux espoirs de médaille d'or de Valois-Fortier en quarts de finale.
Le judoka du club de Beauport avait tout de même donné du fil à retordre au Russe. Ce dernier a contré une attaque du Canadien pour inscrire un waza-ari, le seul point marqué dans le combat.
Valois-Fortier n'a jamais abandonné. Il a tout tenté avec seulement 5 secondes au combat. Les deux athlètes ont terminé le duel côte à côte, étendus sur le dos, exténués.
L'athlète s'est ensuite relevé pour aller battre l'Argentin Emmanuel Lucienti par waza-ari au repêchage. Un point marqué grâce à une projection de la hanche (uchi-mata). Malgré une fatigue évidente, l'Argentin est demeuré menaçant avec ses mouvements de balayage.
Valois-Fortier a toutefois bien géré les derniers instants du combat pour accéder à son combat pour le bronze.
Un parcours ardu
Avant de se mesurer à Nifontov, Valois-Fortier a dû vaincre trois adversaires de taille, trois champions. De plus, il est l'un des quatre judokas de la catégorie à avoir disputé un tour de plus que les autres (ronde des 64).
« Je savais que je pouvais en battre certains, mais il y en a d'autres que je n'avais jamais affrontés », a dit le médaillé de bronze.
Antoine Valois-Fortier (bleu)
Photo : AFP/Franck Fife
D'abord, le champion olympique en titre des -73 kg, qui a changé de catégorie durant le cycle olympique, Elnur Mammadli de l'Azerbaïdjan. Puis, le vétéran britannique Euan Burton, expédié en moins de deux minutes, suivi au troisième tour du Monténégrin d'origine serbe Srdjan Mrvaljevic, vice-champion du monde.
Valois-Fortier s'est présenté devant Mrvaljevic sans aucun complexe. Il a marqué un yuko sur une projection-sacrifice (sutemi), yoko-tomoe-nage, à mi-chemin dans le combat.
Sans se reposer sur ses lauriers, il a poursuivi son travail pour inscrire un waza-ari sur une projection avant dans la dernière portion du combat.
En avance par waza-ari et yuko, Valois-Fortier a bien géré la quarantaine de secondes qu'il restait au combat pour mettre fin au tournoi de Mrvaljevic. Ce dernier, 28 ans, a terminé 9e aux Jeux de Pékin (2008) et 5e aux Championnats du monde 2009.
Contre Burton, Valois-Fortier s'est montré expéditif. Il a envoyé le vétéran de 33 ans sur le tatami pour s'imposer par ippon en moins de deux minutes.
Le médaillé de bronze aux Jeux panaméricains l'a littéralement soulevé ses épaules (kata-guruma) avant de le projeter sur le dos. Burton n'est pas le dernier venu. Il avait pris le 3e rang aux Championnats du monde 2010 et 2007.
En début de parcours, Valois-Fortier avait vaincu Mammadli par décision unanime des juges au terme de la prolongation.
L'or féminin à Zolnir
Du côté féminin, la victoire chez les -63 kg est allée à la Slovène Urska Zolnir. La Slovène a eu le dessus sur la Chinoise Xu Lili.
La Japonaise Yoshie Ueno, numéro un mondiale, et la Française Gévrise Emane, numéro deux, sont reparties avec le bronze.