Le monde arabe en mutation

Crise au sein du Conseil national syrien

Un texte de Kamel Bouzeboudjen

Logo du Conseil national syrien

Trois membres importants du Conseil national syrien (CNS), principal organisme de l'opposition dans ce pays, ont annoncé leur démission. Il s'agit de Haythem Malah, Catherine Al-Talli et Kamal Labouani.

Un autre membre du CNS a indiqué, sous couvert de l'anonymat, que 80 autres membres étaient également sur le point d'annoncer leur démission.

Ces trois démissions et celles qui sont annoncées surviennent à un moment crucial du conflit. Sur le terrain, les bastions de l'opposition ont du mal à résister à la machine de guerre du régime par manque de moyens. Et sur le plan politique, la question de l'armement de l'opposition semble diviser le Conseil national syrien.

Le CNS vit ainsi un tournant important de sa courte histoire.

Dans une entrevue à la chaîne de télévision Al-Arabiya, Haytham Malah reproche au Conseil national syrien son manque de transparence. Il accuse principalement le bureau exécutif de prendre des décisions sans consulter les membres du CNS.

M. Malah a raconté qu'il se trouvait à Ankara, capitale de la Turquie, dans le même hôtel où se déroulait une récente rencontre entre l'envoyé spécial de l'ONU, Kofi Annan, et les membres du bureau exécutif, mais qu'il a pris connaissance de cette rencontre après qu'elle fut terminée, alors qu'il aurait dû assister à cette réunion en tant que membre du bureau exécutif.

Kamal Labouani a été plus sévère dans ses propos. Il traite Bourhan Ghalioun de dictateur qui n'accepte pas la contradiction. Il accuse également le courant des Frères musulmans de monopoliser les opérations de l'armement des insurgés et de l'aide humanitaire. Selon lui, en agissant ainsi, les Frères musulmans renforceront leur base populaire en Syrie au détriment des autres courants de l'opposition.

Il estime que la question de l'armement des insurgés doit être prise en charge par tous les courants de l'opposition; autrement, les Frères musulmans constitueront une milice armée qui imposera sa volonté au reste de la population.

M. Labouani est parmi ceux qui veulent armer la population syrienne. Selon lui, il est inacceptable de rester « les bras croisés, alors que des enfants sont tués ».

En quête de reconnaissance

Le Conseil national syrien, un regroupement hétéroclite de l'opposition, a vu le jour en octobre 2011, à Istanbul, en Turquie.

Le CNS est né avec des forceps. Il a fallu des semaines de rencontres entre différents acteurs de l'opposition pour mettre sur pied cette organisation, présidée par Bourhan Ghalioun, un professeur d'université, exilé en France depuis de nombreuses années.

Depuis sa création, le CNS a rencontré des difficultés aussi bien internes qu'externes.

À l'interne, l'une des plus importantes difficultés du CNS est son incapacité à fédérer les forces de l'opposition aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de la Syrie.

La question de l'intervention étrangère est un sujet de discorde au sein du CNS. Les membres de cette instance n'arrivent toujours pas à s'entendre à ce sujet.

Sur le plan international, malgré les déclarations d'intention de plusieurs pays, le CNS n'est pas reconnu comme étant l'interlocuteur unique de l'opposition syrienne.

Lors de la réunion des « Amis de la Syrie » (60 pays) à Tunis, le 29 février dernier, la France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a reconnu le CNS comme « interlocuteur légitime » de l'opposition.

Seul le Conseil national de transition libyen a reconnu officiellement le CNS comme le seul gouvernement légitime de la Syrie.

Quant à l'Espagne, elle a annoncé qu'elle soutient le CNS comme interlocuteur principal du peuple syrien.

La Turquie, où le CNS a été créé, n'a pas encore reconnu cette instance à l'instar d'autres pays, notamment ceux de la Ligue arabe, qui sont très impliqués dans le conflit.

Sur un autre registre, l'appel du CNS le 24 février aux « Amis de la Syrie » à équiper militairement l'Armée syrienne libre et « la résistance populaire » n'a pas reçu de réponse positive.

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