Trois femmes, trois générations, trois façons de suivre la campagne en ligne. Catherine Tremblay, qui votera pour la première fois du haut de ses 18 ans, privilégie Facebook. Sa mère, Josée Bouchard, la cinquantaine, est accro à Twitter. Et sa grand-mère, Monique, 75 ans, ne peut plus se passer d'Internet.
Toutes trois s'affichent ouvertement de gauche. Mais au-delà de leurs opinions politiques, leurs façons de s'informer et de s'impliquer dans l'actuelle élection montrent que la politique est une affaire de famille, mais aussi d'amis Facebook et d'abonnés Twitter.
À chacun son réseau
La plus jeune navigue sur les réseaux sociaux depuis assez de temps pour ne plus compter en années. C'est avant tout sur Facebook qu'elle puise ses informations et qu'elle débat, surtout sur un groupe d'une trentaine de personnes de son cégep. « Tout le monde met des articles et des liens très intéressants, explique-t-elle. C'est là que je m'informe beaucoup. On a beaucoup la même façon de penser, c'est ça que je trouve intéressant. Il y a aussi des personnes qui ne pensent pas comme moi et on débat beaucoup de nos opinions. »
Elle s'est aussi ouvert un compte Twitter pendant le conflit étudiant pour obtenir des informations sur les manifestations, mais préfère Facebook, qu'elle considère comme plus simple.
Sa mère, Josée, s'abreuve des 140 caractères de Twitter. « Avec le mouvement étudiant, je me suis rendu compte qu'on avait des nouvelles beaucoup plus rapidement qu'avec la presse écrite ou le Téléjournal. Sur Twitter, on a l'information en direct et ça m'a séduit ».
« Le matin, je vais sur Twitter avant d'ouvrir le journal. »
— Josée Bouchard
Pour elle, la brièveté des messages constitue un avantage : « Il y en a qui trouvent ça limitant, mais je trouve qu'au contraire, ça permet de s'exprimer rapidement, succinctement, et d'avoir des compléments d'information qu'on n'aurait pas autrement ».
Et Monique n'est pas en reste : « Moi, c'est surtout Internet. Tous les jours, je vais voir les chroniqueurs. J'ai mes nouvelles avant la télévision, même si je regarde encore les téléjournaux ». Celle qui a aussi un compte Facebook entend se mettre à Twitter : « C'est dans mes projets. Mais là, c'est l'été, j'ai moins le temps. Quand il fait beau, c'est dehors ».
Un contact direct avec les politiciens
Les trois apprécient un contact plus direct avec les politiciens. Pour Josée Bouchard, François Legault se démarque sur Twitter. Elle apprécie sa façon d'y converser, même si elle a constaté que son côté « sanguin » avait disparu il y a deux semaines, avant de revenir récemment.
« La beauté de ça, c'est qu'on peut leur poser des questions. Et peut-être qu'ils vont nous répondre. En tout cas, M. Legault a répondu à deux de mes questions ».
— Josée Bouchard
Mme Bouchard s'oppose au Parti libéral et compte donc voter stratégique dans sa circonscription : « François Legault m'intéresse parce que dans mon comté, qui est anglophone, il représente une alternative intéressante ».
Idem pour sa fille, sur Facebook. « Je vais toujours voir ailleurs, pour voir comment ces politiciens pensent. Je vais confronter mes idées avec leurs idées. Qui a le meilleur jugement? C'est là que je vais décider », expose-t-elle. La jeune fille a aussi imprimé des tracts qu'elle a téléchargés sur liberaux.net, un site qui s'oppose au gouvernement de Jean Charest, pour les distribuer dans son comté.
Un complément brut aux médias traditionnels
Toutes deux continuent de s'informer auprès des médias traditionnels, mais elles soulignent que les réseaux sociaux enrichissent leurs points de vue. « On a accès à l'info brute et pas juste à l'information transformée par les médias. Je peux voir vraiment le fond des choses, commente Catherine. C'est sûr que j'ai mon jugement à faire et je ne peux pas tout tenir pour acquis parce qu'avec les réseaux sociaux, on ne sait jamais. ». « Ça permet d'aller chercher des informations à la source », estime sa mère qui évoque aussi l'importance d'avoir une « pensée critique développée.
Monique, qui a le plus de campagnes électorales au compteur, constate un changement marqué dans les campagnes avec l'émergence des réseaux sociaux. « Ça réveille. On l'a vu avec le printemps arabe. Et puis avec le printemps érable. On est plus avertis, on n'est pas prêt à prendre n'importe quelle idée qui arrive ».
Dans le passé, on n'avait pas grand-chose. J'ai fait ma carrière au Saguenay et on était loin un peu. Les idées se rendaient, mais de façon beaucoup plus lente.
— Monique Bouchard
Elle concentre toutefois son implication citoyenne dans ce qu'on pourrait appeler le monde réel. Outre son militantisme pour le Nouveau Parti démocratique, elle a participé aux manifestations de casseroles. « Je suis allée dans la rue pour la solidarité, le plaisir d'être ensemble, la discussion entre les gens. Dans la rue, je me suis reconnue. »
Et vous, comment vivez-vous la campagne sur Internet? Nous attendons vos témoignages.