Un texte de Florent Daudens
Des étudiants de l'Université du Québec en Outaouais
Le taux de participation des jeunes suscite l'inquiétude, au point où Michel Venne, de l'Institut du Nouveau Monde, évoque « le suicide politique d'une génération ». Lors des élections générales de décembre 2008, les 18-24 ans ont voté dans une proportion de 36,15 % - le plus faible taux parmi les différents groupes d'âge. Les 65-74 ans constituent le plus important groupe avec un taux de 75,20 %.
Pour contrer la tendance, le Directeur général des élections du Québec et l'Institut du Nouveau Monde ont lancé mardi une campagne intitulée « On est 2 millions, faut voter ».
Dans la foulée de cette initiative, nous vous avons invité à un débat en direct avec :
Vous avez soulevé des questions sur le scrutin proportionnel, le vote obligatoire, l'éducation civique, le rôle des générations précédentes, la représentativité des partis politiques ou encore les réseaux sociaux. Vous pouvez relire la discussion ci-dessous.
Double campagne en ligne
La campagne de l'INM mise entre autres sur les réseaux sociaux. Plusieurs artistes ont contribué à une série de trois vidéos mises en ligne sur YouTube.
L'organisme veut aussi soulever le débat sur l'opportunité de rendre le vote obligatoire, à l'instar de la Belgique ou du Brésil. Sans compter l'importance du « vote initial », soit le fait de voter dès l'acquisition du droit de vote à la majorité. « Un jeune qui ne vote pas la première fois risque de ne jamais voter de sa vie », souligne le directeur de l'INM, Michel Venne.
Parmi les recommandations formulées, l'INM préconise l'installation de bureaux de vote dans les institutions d'enseignement, ainsi que l'intégration d'éléments d'un scrutin proportionnel et le renforcement de l'éducation à la citoyenneté. Il organisera une vingtaine de débats électoraux dans des Cégeps et des universités lors de cette campagne.
Le DGEQ a aussi mis sur pied le blogue « Pourquoi je vote » qui donne des renseignements sur le processus électoral. Le site invite aussi les internautes à s'afficher en faveur du vote sur les réseaux sociaux en changeant leurs images de compte Facebook ou Twitter.
Les fédérations étudiantes aussi sur les rangs
La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) ont aussi lancé une campagne pour inciter les jeunes à exercer massivement leur droit de vote. Objectif affiché : faire passer le taux de participation des 18 à 34 ans à 65 %, alors que moins d'un jeune sur deux est allé voter en 2008.
« Un vote massif des jeunes peut faire pencher la balance et les partis politiques devront donc tenir compte de leurs idées et préoccupations. »
— Martine Desjardins, présidente de la FEUQ
La pression sociale comme argument?
Chaque fois, on tente d'impliquer de jeunes citoyens, afin qu'ils tentent de convaincre leurs proches d'aller voter. Une stratégie qui pourrait porter fruit au regard d'une étude du DGEQ après le scrutin de 2008.
« L'analyse suggère que le devoir exprimé par les moins de 25 ans peut s'expliquer en partie par la pression sociale qu'ils subissent. »
— Étude du DGEQ sur le vote en 2008
Et d'ajouter : « En somme, le principal motif évoqué par les votants pour justifier leur décision d'exercer leur droit de vote est le devoir, et ce, tant chez les plus jeunes que chez les plus âgés. »
L'étude note au passage que les jeunes « sont moins intéressés, mais aussi moins cyniques » par rapport à la politique. Et ce, malgré le faible taux de participation.
Le poids du vote des jeunes fait débat
Mais ces initiatives feront-elles vraiment une différence? Lors d'une discussion en ligne sur Radio-Canada.ca, le politologue André Blais soulignait que le taux de participation pourrait rester faible. « Chez les non-étudiants, je ne m'attends pas à des changements. Chez les étudiants, parmi ceux qui sont opposés à la hausse [des droits de scolarité], il pourrait y avoir une augmentation », expliquait-il. D'autant plus que plusieurs considèrent l'abstention comme un choix légitime.
Leur vote pourrait toutefois peser sur le résultat final. « Les intentions de vote sont très serrées », commente M. Blais. Il note que l'impact pourrait se faire sentir dans un maximum de cinq circonscriptions, ce qui pourrait faire pencher la balance entre un gouvernement minoritaire ou majoritaire.
À contrario, son confrère François Gélineau, titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires, déclare au Soleil que « même si c'était vrai que les étudiants allaient se mobiliser davantage, ça n'aura pas l'impact magistral attendu ».