Le débat sur le gaz de schiste

Les impacts environnementaux

Un texte de Laïla Maalouf

Tandis que le gouvernement et l'industrie évaluent les bénéfices d'une industrie québécoise du gaz de schiste argileux, ses principaux opposants demandent un moratoire, notamment pour déterminer ses effets à long terme sur l'environnement.

D'une part, la production au Québec de gaz naturel permettrait d'éviter son importation de l'Ouest canadien, transporté par pipeline sur des milliers de kilomètres, au coût environnemental indéniable.

D'autre part, l'exploitation de cette ressource transformerait une partie des territoires agricoles des basses-terres du Saint-Laurent, la majorité du potentiel schistique étant situé sur ces terres, selon les données du ministère des Ressources naturelles et de la Faune.

L'exploration et l'exploitation du gaz de schiste argileux sont également susceptibles d'avoir des impacts sur la qualité de l'eau, du sol et de l'air.

Utilisation des réserves d'eau douce

Site de forage de Talisman Energy à Bécancour

Les opérations de forage et la fracturation hydraulique nécessitent de grandes quantités d'eau.

L'Office national de l'énergie révèle qu'aux États-Unis, chaque puits de la formation de schiste de Barnett, dans le bassin de Fort Worth (Texas), nécessite quelque 11 millions de litres d'eau douce lors de la fracturation hydraulique.

D'après les estimations de l'industrie du gaz de schiste canadien, les chiffres seraient similaires au Québec.

Cette eau est puisée dans les eaux de surface, les eaux souterraines ou le réseau d'approvisionnement des municipalités. Les eaux profondes sont rarement utilisées à cause de leur salinité.

Selon le ministère des Ressources naturelles du Québec, le prélèvement d'un important volume d'eau douce dans le milieu naturel, même sur une courte période de temps, pourrait avoir des effets sur les écosystèmes aquatiques et humides, les puits d'eau potable, les systèmes d'irrigation agricole ou tout autre usage de l'eau. Le ministère ne donne pas plus de précisions en l'absence d'études.

L'Office national de l'énergie soutient aussi qu'il est encore trop tôt pour tirer des conclusions quant aux conséquences de l'exploitation du gaz de schiste argileux sur les ressources en eau douce environnantes, ajoutant que l'expérience canadienne est trop limitée pour pouvoir en évaluer les impacts environnementaux potentiels.

Élimination de l'eau de reflux

L'eau utilisée dans le procédé d'hydrofracturation peut être récupérée en partie. Les ministères des Ressources naturelles et de l'Environnement parlent de près de 50 % de l'eau injectée.

L'Office national de l'énergie précise pour sa part que l'eau refluée est rarement réutilisée dans d'autres fractures à cause du risque de corrosion ou d'écaillage. Les sels dissous dans l'eau peuvent quant à eux obstruer des sections du puits ou de la formation.

L'eau de reflux doit être traitée et éliminée de manière sécuritaire, car les additifs chimiques qu'elle contient la rendent saline.

Le forage d'un puits d'exploration

Denis Lavoie, chercheur en géoscience à la Commission géologique du Canada, note toutefois que ces eaux usées sont trois fois moins salines que l'eau de mer, selon des analyses déposées au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

Dans l'Ouest canadien, une pratique courante pour éliminer l'eau de reflux consiste à l'injecter dans des formations profondes, hautement salines, par un ou plusieurs puits forés pour la cause, rapporte l'Office national de l'énergie.

La distillation est l'une des techniques expérimentales utilisées pour traiter l'eau de reflux issue des schistes de la formation de Barnett. Selon des tests effectués au Texas, l'eau distillée peut être réutilisée dans d'autres fractures pour réduire la consommation d'eau douce.

Risques de contamination des nappes phréatiques

Les méthodes de forage prévoient l'utilisation systématique, dans chacun des puits, de plusieurs caissons d'acier cimentés pour protéger les réserves d'eau potable. Quelques cas de coffrages défectueux ont pourtant été notés dans l'industrie.

Les fuites peuvent être dangereuses si elles surviennent dans les 100 premiers mètres de profondeur, là où se situent les nappes phréatiques. Rappelons toutefois que la fracturation du schiste argileux (shale) d'Utica est réalisée à plus d'un kilomètre de profondeur.

Émissions de gaz à effet de serre

Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune note trois types d'émissions de gaz à effet de serre (GES) liées à l'exploitation du gaz de schiste argileux :

  • les émissions dues à l'utilisation de foreuses, de compresseurs, de pompes, de génératrices et de camions, nécessaires aux activités d'exploration et d'exploitation;
  • les émissions provenant de l'élimination d'impuretés dans le gaz;
  • les émissions fugitives, c'est-à-dire les fuites de gaz non intentionnelles.

Lors de la phase exploratoire, les émissions de GES proviennent principalement de l'étape de construction des puits.

Lorsque le puits entre en production, les émissions sont générées par les opérations de déshydratation et de compression du gaz. Elles peuvent être réduites si le gaz à la sortie du puits est suffisamment pur, donc riche en méthane.

C'est le cas du gaz extrait dans le schiste argileux des basses-terres du Saint-Laurent, à 98 % pur selon le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs. Il contient par ailleurs moins de 1 % de gaz carbonique (CO2), tandis que celui de l'Ouest canadien en contient de 5 à 12 %, précise le chercheur Denis Lavoie.

Un branchement direct des têtes de puits au réseau de distribution est ainsi possible.

Dans l'extrait ci-dessous, Normand Mousseau, professeur de physique à l'Université de Montréal et auteur du livre La révolution des gaz de schiste (Éditions MultiMondes), décrit les impacts environnementaux de cette industrie.