Crise de la dette : l’engrenage

États-Unis : une dette colossale

Gaétan Pouliot
Radio-Canada

La dette des États-Unis est considérable : près de 16 000 milliards de dollars américains. Une somme qui ne cesse d'augmenter en raison d'importants déficits budgétaires.


En fait, les États-Unis sont un pays endetté depuis la guerre d'indépendance au 18e siècle. Mais c'est au début des années 2000 que la situation s'envenime sérieusement. La dette explose en 10 ans, passant de 34 % à près de 100 % du PIB américain.

Malgré tout, la force de l'économie et l'attrait du pays auprès des investisseurs étrangers permettent à Washington de résister, pour le moment.

Audio : l'économiste Francis Généreux résume l'engrenage de la dette américaine.

Le péché originel

À la fin des années 1990, les politiciens américains pouvaient être fiers d'eux : l'économie se portait bien, le déficit zéro avait été atteint. En 2000, le gouvernement américain engrangeait même un surplus correspondant à 1,5 % de son PIB. Et on s'attendait à ce que cela se poursuive.

George W. Bush et sa femme Laura lors d'un rassemblement partisan la veille de l'élection présidentielle de novembre 2000. George W. Bush et sa femme Laura lors d'un rassemblement partisan la veille de l'élection présidentielle de novembre 2000.  Photo :  AFP/Paul J. Richards

Au cours de la campagne électorale de 2000, qui a porté le républicain George W. Bush au pouvoir, il y avait même un débat sur l'ampleur des surplus budgétaires envisagés, se rappelle le spécialiste de l'économie américaine et économiste chez Desjardins, Francis Généreux.

À l'époque, « on se demandait quoi faire avec les surplus budgétaires et comment les marchés allaient réagir lorsqu'il n'y aurait plus de dette ».

C'est dans ce contexte que le nouveau président décida d'octroyer d'importantes baisses d'impôts. Mais de nombreuses surprises attendaient le pays au cours de la décennie qui allait suivre. Les politiciens ont péché par optimisme, estime Francis Généreux.

Audio : Francis Généreux rappelle le débat sur les surplus budgétaires.

De l'éclatement de la bulle technologique à la crise financière

En avril 2000, le NASDAQ s'effondre à New York. C'est l'éclatement de la bulle Internet qui mène les États-Unis vers une récession.

« « Cette récession n'a pas été très douloureuse, mais a quand même beaucoup ralenti la croissance de l'emploi comparativement aux années 1990. » » — Francis Généreux, économiste chez Desjardins

Arrivent ensuite les attentats du 11 septembre 2001. Un choc qui mène le gouvernement à investir davantage dans la sécurité et à s'engager dans deux guerres coûteuses : l'Afghanistan (2001) et l'Irak (2003). C'est le retour aux déficits budgétaires. La dette gonfle de nouveau.

« « Malgré la rhétorique de l'administration conservatrice de George W. Bush, ç'a été un gouvernement assez dépensier, qui ne s'inquiétait pas trop des déficits. » » — Francis Généreux, économiste chez Desjardins

Mais l'économie américaine n'est pas au bout de ses peines. Le pire est même à venir avec la crise financière de 2008 qui a fait trembler l'ensemble de la planète.

Un camp de sans-abri à Sacramento en Californie en 2009. Des milliers d'Américains ont perdu leur emploi à la suite de la crise économique de 2008. Certains se sont même retrouvés à la rue. Sur la photo, un camp de sans-abri à Sacramento en Californie en 2009.  Photo :  GI/Justin Sullivan

George W. Bush répond à la crise en octroyant de nouvelles baisses d'impôts à la fin de son mandat. Son successeur, Barack Obama, ira pour sa part de l'avant avec un important plan de relance de l'économie et volera au secours des banques.

Or, ces baisses de revenus et ces hausses des dépenses coincent davantage les États-Unis dans l'engrenage de la dette. Washington voit aussi ses revenus fondre en raison du ralentissement de l'activité économique.

L'économie américaine reste robuste

Malgré l'importance de la dette et des déficits, la locomotive américaine ne risque pas de dérailler, estime Francis Généreux. « À court terme, étrangement, il n'y a pas beaucoup d'impacts », note l'économiste de Desjardins.

Contrairement à certains pays européens, la situation budgétaire américaine n'inquiète pas trop et les marchés financiers sont toujours prêts à financer le gouvernement. Les obligations des États-Unis sont encore très demandées.

« « Malgré un endettement et un déficit très élevé, les États-Unis parviennent à se financer facilement à des taux d'intérêt très bas, même historiques. » » — Francis Généreux, économiste chez Desjardins

La Grèce, le Portugal et l'Italie doivent payer une « prime de risque considérable », ajoute-t-il, ce qui n'est pas le cas pour les États-Unis.

Le pays est davantage confronté à un problème à long terme. « Si on ne fait rien, la situation budgétaire va encore se détériorer au cours des prochaines années », prévoit M. Généreux. Et d'ici les 10 prochaines années, les programmes sociaux vont coûter de plus en plus cher, ce qui pourrait devenir problématique si le pays ne se sort pas du cercle vicieux de l'endettement.

Audio : Francis Généreux explique les risques encourus par les Américains.
Le président américain Barack Obama Le président Barack Obama a la lourde tâche de relancer l'économie américaine tout en réduisant la dette du pays.  Photo :  PC/AP/Carolyn Kaster

Qui détient la dette américaine?

  • Le gouvernement fédéral : 1/3

  • Le public : 2/3


  • Près de la moitié de la dette détenue par le public est aux mains des étrangers. En tête de liste, on retrouve les Chinois, les Japonais, les Britanniques et les pays producteurs de pétrole.

    Total : près de 16 000 milliards de dollars américains (2012)

Pour me joindre :

gaetan.pouliot@radio-canada.ca

Texte publié en août 2011
Revu en septembre 2012

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