Congrès biennal du Parti libéral fédéral

Congrès biennal du Parti libéral du Canada : un parti qui cherche à se réinventer

Bob Rae Bob Rae  ©PC/Patrick Doyle

Après avoir essuyé la plus importante défaite de leur histoire, les libéraux fédéraux (PLC) ont tenu un grand congrès biennal, du 13 au 15 janvier 2012 à Ottawa, afin de se pencher sur l'avenir du parti, décimé lors du scrutin fédéral du 2 mai 2011.

Le PLC a en effet fait élire 34 députés aux dernières élections et se retrouve maintenant comme deuxième parti d'opposition à la Chambre des communes.

Le congrès de la mi-janvier a eu lieu dans un contexte de morosité et de profonde remise en question du parti, tandis que Bob Rae assure l'intérim comme chef d'une formation dont l'avenir est incertain. Cependant, il a été l'occasion de galvaniser les troupes, et le grand nombre de participants a semblé encourageant pour les dirigeants.

Michael Crawley est le nouveau président du PLC

Bob Rae et Michael Crawley Bob Rae et Michael Crawley  ©PC/Sean Kilpatrick

Le congrès a vu l'élection d'un nouveau président. Les quelque 3000 participants ont élu l'Ontarien Michael Crawley au terme d'une course très serrée avec l'ancienne ministre libérale Sheila Copps.

M. Crawley, un libéral de longue date qui a présidé l'aile ontarienne du PLC, incarne pour ceux qui l'ont choisi un vent de changement au parti, alors que certains militants semblaient voir en Mme Copps l'incarnation d'une époque révolue.

Déçue de sa défaite, Mme Copps aurait préféré un autre résultat, mais souligne que la démocratie a parlé. Elle estime que M. Crawley sera un président extraordinaire.

Même si le président a un rôle de coulisse, il n'en est pas moins important au sein de la formation fédérale, puisque son titulaire contribue à définir les règles du parti, y compris celles qui entourent la course à la direction.

Tout comme son prédécesseur, Alfred Apps, Michael Crawley a déjà indiqué qu'il est ouvert à l'idée de revoir les règles internes du parti pour permettre à un chef intérimaire de participer à la course à la direction.

Parmi les autres élus aux instances exécutives du parti, notons Chris MacInnes, au poste de vice-président (anglophone), Imran Ahmad, au poste de vice-président (francophone), Maryanne Kampouris, comme présidente de la politique nationale, et Matthew Certosimo, comme secrétaire aux adhésions nationales. Samuel Lavoie a été réélu à la présidence des Jeunes libéraux du Canada.

Repartir sur de nouvelles bases

Un homme fume de la marijuana devant le Parlement à Ottawa  ©PC/Pawel Dwulit

Les nombreux débats et les discussions enflammées durant le congrès ont permis aux membres libéraux de faire avancer certaines idées. « On n'est pas divisé, on est en train de discuter sur le travail que nous devons faire et d'insister sur l'importance de l'avenir du parti », a affirmé le chef par intérim.

Les libéraux ont notamment adopté à 77 % une résolution en faveur de la légalisation de la marijuana. Celle-ci ne sera pas nécessairement dans le programme de la prochaine campagne électorale, car le chef du PLC a un droit de veto sur la plateforme électorale.

À ce sujet, Bob Rae a été très prudent, affirmant que le statu quo n'est pas acceptable, « que la guerre contre les drogues ne marche pas et qu'il faut trouver le moyen de régler le problème de façon plus positive. »

Les militants ont par ailleurs rejeté à 67 % une résolution visant l'abolition des liens entre le Canada et la monarchie britannique.

Deux autres propositions ont reçu l'aval des militants, soit celles de mettre en place un mode de scrutin préférentiel à l'échelle nationale et de réinstaurer les Bourses du millénaire.

Les non-membres participeront à l'élection du prochain chef

Lors du congrès, les militants ont également approuvé une résolution qui permettra aux partisans libéraux, qui ne sont pas membres du parti, de participer à l'élection du prochain chef, en 2013.

Le chef par intérim du parti souhaitait que cette résolution soit approuvée. À son avis, il s'agit d'un changement « historique » et d'une « opportunité extraordinaire » qui permettra de briser la cloison entre le PLC et les citoyens.

La résolution a reçu l'aval de 75 % des 1936 membres qui ont pris part au vote. Ceux qui ont voté contre ont notamment dit que des personnes mal intentionnées pourraient utiliser leur droit de vote pour affaiblir le parti de l'intérieur.

De la parole aux actes

Bob Rae Bob Rae  ©PC/Sean Kilpatrick

Le chef intérimaire du Parti libéral du Canada, Bob Rae, a conclu le congrès de son parti en soulignant l'importance de mettre en oeuvre les changements exprimés par les résolutions adoptées depuis deux jours.

« Ce congrès a ouvert la voie aux changements et il reste maintenant à traduire les paroles en action », a déclaré le chef par intérim du PLC, Bob Rae, lors de son discours de clôture.

Une chose est claire. Le Parti libéral est le parti de l'ouverture, de la transparence et s'intègre dans un mouvement. Nous avons besoin des idées et de l'énergie de tous les Canadiens et de toutes les Canadiennes. Nous devons continuer à nous battre pour parvenir à être encore plus ouverts au cours des prochaines années.

— Bob Rae

Le chef par intérim a également lancé un message aux Québécois. Il leur demande de garder l'esprit ouvert le temps que le parti se reconstruise. « Nous ne devons plus jamais laisser les Canadiens avoir des hésitations ou des doutes sur ce que nous défendons et ce que nous sommes. Pour nous, l'identité spécifique du Québec est précieuse. »

Quelque 300 représentants québécois ont pris part au congrès, soit 10 % des délégués présents. Les libéraux semblent conscients qu'il y a une pente à remonter au Québec. Aux dernières élections, sept députés se sont fait élire sous la bannière libérale, soit deux fois moins qu'au scrutin de 2008.

Selon les analyses, les libéraux traînent encore au Québec le boulet du scandale des commandites. Bob Rae pourra constater si les Québécois croient ou non au renouveau et à l'ouverture de son parti, car il entreprend une visite dans la province dans les prochaines semaines.

Et le prochain chef?

Ce n'est pas avant 2013 que la question du choix d'un nouveau chef se réglera au PLC. Et pour l'heure, les candidats ne se bousculent pas au portillon.

Le député libéral de Westmount-Ville-Marie, Marc Garneau, le député de Beauséjour, Dominic LeBlanc, le député d'Ottawa-Sud, David McGuinty, ainsi que Martin Cauchon, ancien ministre libéral sous Jean Chrétien, sont parmi les candidats qui laissent la porte ouverte quant à leur candidature éventuelle pour la course à la chefferie.

Entre-temps, les analystes relèvent la bonne performance en Chambre du chef intérimaire Bob Rae, un politicien parfaitement bilingue et aguerri, surtout en comparaison avec une jeune opposition néo-démocrate, privée jusqu'en mars de son chef et manquant globalement d'expérience.

Bien que les règles du PLC ne permettent pas en théorie au chef intérimaire de briguer la direction, ces règles peuvent être modifiées par le nouveau président du PLC.