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Le député québécois Thomas Mulcair a remporté la course à la direction du Nouveau Parti démocratique, le 24 mars, avec 57,2 % des voix devant son principal adversaire, l'ancien président du parti Brian Topp.
Il aura fallu plus de douze heures et quatre tours de scrutin pour que les membres du parti arrêtent leur choix.
Pour être déclaré vainqueur, le futur chef devait rassembler 50 % des suffrages, plus une voix. Quelque 4000 membres du NPD étaient réunis à Toronto pour le congrès à la direction du parti, mais 128 000 membres du parti devaient choisir entre Thomas Mulcair, Brian Topp, Nathan Cullen, Niki Ashton, Peggy Nash, Paul Dewar et Martin Singh.
Voici un bref portrait des neuf candidats qui briguaient la direction du NPD. Deux d'entre eux, Robert Chisholm et Roméo Saganash, se sont toutefois retirés de la course avant le congrès.
Députée néo-démocrate de Churchill, au Manitoba, Niki Ashton a annoncé sa candidature le 7 novembre. La jeune femme de 29 ans parle quatre langues, l'anglais, le français, l'espagnol et le grec, et mise sur son jeune âge pour faire campagne. En soulignant les 36 ans de Robert Bourassa lorsqu'il est devenu premier ministre du Québec, Mme Ashton soutient appartenir à la « génération Jack Layton » et estime que cette jeunesse lui confère un avantage. Elle croit par ailleurs que les Canadiens ont besoin de nouvelles idées.
Elle reproche notamment au premier ministre de diviser les électeurs et de faire semblant de s'intéresser à l'environnement à des fins politiques, plutôt que de vouloir changer les mentalités. Elle dénonce par ailleurs les conditions « comparables à celles du tiers monde » dans lesquelles vivent les Autochtones et la population du Nord, et s'engage à lutter pour conserver des emplois à valeur ajoutée créés grâce aux ressources du Nord.
Mme Ashton demande aussi au gouvernement fédéral de prendre des mesures pour améliorer les soins de santé, le logement, les infrastructures et le transport, l'éducation, le développement économique et le soutien aux survivants des pensionnats autochtones dans le Grand Nord canadien.
Élue pour la première fois en 2008, Niki Ashton s'est fait connaître en s'opposant à l'abolition de la Commission canadienne du blé et à l'abolition du registre des armes d'épaule. Elle est la fille du ministre des Infrastructures et du Transport du Manitoba, le néo-démocrate Steve Ashton.
Robert Chisholm (retiré de la course)
Robert Chisholm, député de Dartmouth-Cole Harbour, en Nouvelle-Écosse, et porte-parole du parti en matière de commerce international, a annoncé sa candidature le 30 octobre. Il s'est retiré de la course le 21 décembre, en raison de son incapacité à parler français. En 1998, il avait mené le NPD au statut d'opposition officielle en Nouvelle-Écosse. Il voulait miser sur cette expérience de chef du NPD provincial, de 1996 à 1999, pour faire progresser le parti et le préparer en vue de former le prochain gouvernement du Canada. Il avait d'ailleurs reçu l'appui du premier ministre Darrell Dexter et de plusieurs députés néo-démocrates de la Nouvelle-Écosse.
Unilingue anglais, il avait affirmé avoir commencé à apprendre le français, mais ne s'était exprimé qu'en anglais lors du premier débat.
Il appuie maintenant la candidature de Thomas Mulcair.
Député britanno-colombien de Skeena-Bulkley Valley depuis 2004, il a été depuis le porte-parole pour les ressources naturelles de l'Ouest. Il s'est opposé au prolongement d'un oléoduc de la pétrolière Enbridge dans sa circonscription.
Lors qu'il a annoncé sa candidature, fin septembre, il a soutenu que son parti devait travailler avec les Québécois afin d'unifier le pays, affirmant que l'ensemble des Canadiens avait des intérêts similaires, que ce soit en matière d'économie ou d'environnement. « C'est incroyable, les Québécois ont ouvert une nouvelle porte pour nous, on doit continuer cette conversation avec les Québécois », avait-il déclaré.
Il avait par ailleurs évoqué, quelques semaines plus tard, la possibilité d'une union de la gauche, avec les libéraux et les verts, afin de battre les conservateurs aux prochaines élections. Il dit ne pas vouloir une fusion des partis, mais qu'il est temps de passer par-dessus les lignes partisanes et de trouver de nouvelles approches afin de vaincre Stephen Harper et « sa manière de faire la politique ».
Dans sa politique énergétique, M. Cullen dénonce la dépendance de l'économie canadienne aux combustibles fossiles. Il souhaite libérer le Canada d'un avenir où la production d'énergie est de plus en plus coûteuse et risquée, donnant l'exemple des sables bitumineux, du gaz de schiste et du forage en eau profonde. Il propose aussi de réduire la consommation d'énergie par le biais d'une stratégie nationale de transport en commun pour améliorer la circulation routière, de la création d'un plan nord-américain sur le rendement du carburant des véhicules basé sur le modèle californien et du développement d'un réseau ferroviaire de grande vitesse dans les principaux corridors.
Concrètement, en tant que premier ministre, il nommerait un ministre pour la sécurité énergétique ayant le mandat de calculer l'ampleur de toutes les ressources d'énergie renouvelable du pays, et il tiendrait, dans l'espace d'un an, une première réunion nationale au Canada qui abordera les exigences pour créer un avenir propre.
Paul Dewar
Cet ancien enseignant de 48 ans, député d'Ottawa-Centre et porte-parole en matière d'affaires étrangères dans le cabinet fantôme de Jack Layton, est membre actif du NPD depuis plusieurs années. Il est le fils de l'ancienne mairesse d'Ottawa et députée néo-démocrate fédérale Marion Dewar.
Sept députés néo-démocrates provinciaux du Manitoba se sont rangés derrière lui lorsqu'il a annoncé sa candidature à la direction du NPD, début octobre, dont la ministre sortante de la Santé, Theresa Oswald. Elle a notamment dit voir en Paul Dewar un homme qui saura reproduire la capacité qu'avait Jack Layton à établir un lien avec les électeurs.
Parmi les enjeux de Paul Dewar se trouvent l'amélioration du système de santé, une production accrue d'énergies vertes et un meilleur accès à l'éducation pour les membres de populations autochtones. Il s'est notamment prononcé sur la mise à exécution d'initiatives urgentes pour régler la crise à Attawapiskat, qui devraient être appuyées à son avis par une stratégie nationale en matière de logement.
En matière de santé, M. Dewar demande la mise en place d'un programme national d'infrastructures permanent afin de créer des emplois et d'améliorer les collectivités, dont les « besoins critiques en santé doivent être comblés ».
« M. Harper a exclu les investissements destinés aux soins de santé dans le plan d'action économique et a mis fin à l'appui fédéral pour l'équipement médical. Il est temps que le gouvernement fédéral investisse dans la mise à niveau de nos hôpitaux, de nos cliniques communautaires et de notre équipement médical », a-t-il déclaré.
M. Dewar souligne aussi que plus de 1,3 million de Canadiens sont sans emplois, soit 228 000 de plus qu'en 2006 lorsque Stephen Harper a été élu pour la première fois. Il soutient qu'au lieu d'accorder des allègements fiscaux aux banques et aux grandes pétrolières et de protéger les paradis fiscaux internationaux, le gouvernement devrait entre autres mesures fournir des incitatifs pour permettre aux petites et moyennes entreprises de croître, promouvoir les emplois dans le secteur de l'énergie renouvelable et rendre la fonction publique plus efficace.
M. Dewar n'est pas parfaitement bilingue, mais il affirme suivre des cours de français intensifs. Il s'est d'ailleurs exprimé en français lors du premier débat.
Après avoir longuement réfléchi, le député d'Outremont, à Montréal, chef adjoint du NPD et leader parlementaire de l'opposition à la Chambre des communes s'est lancé dans la course le 13 octobre.
Celui qui a été ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs du Québec de 2003 à 2006 a obtenu l'appui d'une trentaine de députés, dont plusieurs du Québec, de la figure de proue du parti Lorne Nystrom, du chef du NPD du Nouveau-Brunswick Dominic Cardy et de l'avocat Julius Grey. Certains avaient annoncé leur appui à l'ancien lieutenant du NPD au Québec avant même qu'il ait officiellement annoncé sa candidature.
Lors du premier débat entre les candidats à la direction, M. Mulcair a notamment réaffirmé la nécessité d'appliquer le principe du pollueur-payeur en matière d'environnement et de couper les réductions d'impôts accordées aux grandes entreprises.
Avant la première victoire de M. Mulcair en 2007, le parti n'avait fait élire qu'un seul député au Québec, Phil Edmonston en 1990.
Députée de Parkdale-High Park, à Toronto, porte-parole en matière de finances et ex-présidente du parti d'août 2009 à juin 2011, Peggy Nash est entrée dans la course à la direction du parti le 24 octobre. Elle a été la septième candidate et la première femme à poser sa candidature. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'espagnol.
Mme Nash a travaillé pour le syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA) et lutté pour l'égalité et la justice sociale à l'étranger à titre d'observatrice des élections en Ukraine et en Afrique du Sud. Elle a aussi cofondé l'organisme À voix égales, un groupe d'action qui milite pour l'élection des femmes en politique. Son apport aux mouvements des femmes et de l'environnement, ainsi que dans le secteur du travail, lui ont valu plusieurs distinctions de la part du YWCA, de la ville de Toronto et du Sierra Club du Canada.
En plus de l'appui d'Alexa McDonough, ex-chef du NPD, et d'une députée de son parti, Anne Minh-Thu Quach, Mme Nash a obtenu le soutien de l'ancien conseiller spécial pour le Québec de Jack Layton, Pierre Ducasse, qui avait été candidat à la direction du parti en 2003. L'actuel président des TCA, Ken Lewenza, lui a aussi accordé son appui.
Dans un communiqué où elle expose ses priorités en matière d'économie, Mme Nash critique la gestion économique du gouvernement conservateur de Stephen Harper. Elle propose une croissance économique interventionniste qui réduirait les inégalités en orientant et en stimulant les marchés plutôt qu'en les déréglementant. Rappelant son expérience dans le monde économique, elle défend la réputation des néo-démocrates qui ont à plusieurs reprises été accusés de ne pas comprendre l'économie.
Elle recommande notamment :
Les pays qui ont connu le plus de succès sur les marchés internationaux modernes ne sont pas ceux qui ont simplement remis tout le pouvoir décisionnel entre les mains des multinationales. Ce sont plutôt ceux qui ont reconnu que le développement fructueux nécessite que toutes les parties impliquées travaillent de façon concertée : gouvernement, entreprises, syndicats et universités.
— Peggy Nash
Roméo Saganash (retiré de la course)
Le Cri Roméo Saganash, député d'Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou et porte-parole en matière de ressources naturelles, s'est retiré début février de la course pour des raisons de santé et de manque d'appui financier à sa candidature. En politique depuis 30 ans, M. Saganash a fondé le Conseil national cri de la jeunesse en plus d'avoir été vice-grand chef du Grand conseil des Cris. Cet avocat de formation a aussi été l'un des principaux auteurs de la convention historique entre les Cris de la baie James et le gouvernement du Québec et un négociateur clé de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
Il a notamment dénoncé la nomination d'un vérificateur général unilingue anglophone par le gouvernement conservateur, qui a suivi celle d'un juge à la Cour suprême du Canada lui aussi unilingue anglophone, la qualifiant d'affront pour les francophones. M. Saganash a aussi demandé au gouvernement fédéral d'augmenter l'aide financière destinée aux organismes qui viennent en aide aux sans-abri, rappelant que contrairement au coût de la vie et au nombre de personnes itinérantes, tous deux en hausse, le montant du programme fédéral SPLI n'a pas augmenté depuis 10 ans. « Le phénomène de l'itinérance prend de plus en plus d'importance partout au pays. Dans ma circonscription, j'ai d'ailleurs observé que jour après jour, le nombre de personnes errant dans la rue augmente », a-t-il souligné.
Le député a aussi insisté lors du premier débat sur la nécessité d'innover en matière de technologie et de créer des emplois durables, notamment dans le secteur manufacturier.
Il appuie maintenant la candidature de Thomas Mulcair.
Martin Singh est un pharmacien et homme d'affaires de Musquodoboit Harbour, en Nouvelle-Écosse. Non élu, il est président de la Commission de la Foi et de la Justice sociale au sein du NPD, à laquelle il participe depuis 15 ans.
Il a suscité la surprise lors d'un conseil général de la section québécoise du parti, en octobre dernier, lorsqu'il a proposé de mettre sur pied un plan national d'assurance médicaments basé sur le modèle québécois. Selon lui, les Canadiens économiseraient 5,5 milliards de dollars grâce à la mise en oeuvre d'un tel programme, alors que les entreprises qui fournissent la couverture du régime privé de leurs employés économiseraient 560 millions de dollars.
Il soutient par ailleurs que l'industrie pharmaceutique a la responsabilité de participer à la recherche d'un plan où les coûts des médicaments sont favorablement contrôlés pour permettre à tous les Canadiens d'y avoir un accès égal, indépendamment de la province ou du territoire où ils vivent. Il souhaite aussi réduire le coût des médicaments de marque pour qu'ils se rapprochent de la moyenne de l'OCDE.
En plus de s'intéresser au domaine de la santé, M. Singh se prononce aussi en matière d'entrepreneuriat et d'affaires. Il propose une stratégie nationale qui promeut notamment les « entrepreneurs sociaux qui créent le capital social », inclut un réseau national de programmes de mentorat des entrepreneurs et s'intègre au système scolaire. « Si nous pouvons générer des joueurs de classe mondiale de hockey à l'âge de 20 ans, nous devrions être capables de faire de même pour les hommes et les femmes d'affaires au moment où ils atteignent 25 ans », soutient-il.
Le président du parti, Brian Topp, a été le premier à manifester son intérêt pour la direction du NPD. Il a reçu l'appui de l'ancien chef du NPD Ed Broadbent, de l'ancien premier ministre de la Saskatchewan Roy Romanow, du syndicat des Métallos ainsi que de plusieurs députés dont Françoise Boivin, Yvon Godin et Alexandre Boulerice.
Né au Québec, M. Topp a été chef de cabinet adjoint de Roy Romanow de 1995 à 1999. Il a aussi été directeur de la campagne nationale lors des élections fédérales de 2006 et 2008 et travaille depuis 2001 comme directeur général de l'ACTRA Toronto, le syndicat des travailleurs de l'industrie du film et du cinéma. Soulignant que le Canada est aux prises avec un niveau d'inégalités sans précédent depuis les années 1920, M. Topp veut retourner aux principes fondateurs du NPD qui comprennent la promotion d'une plus grande égalité et le retour à l'équilibre entre le bien public et les marchés privés.
La part des revenus du 1 % des Canadiens et des Canadiennes les plus riches a presque doublé entre 1982 et 2007. Près d'un tiers de la croissance des revenus au Canada au cours de cette période est allé à cette tranche infime de la population. Cela contraste vivement avec la situation des familles canadiennes qui se trouvent dans la tranche de 50 % inférieure, qui n'ont pas connu d'augmentation importante de leurs revenus au cours des 30 dernières années.
M. Topp avance trois propositions pour remédier à cette inégalité croissante des revenus :
— Extrait du rapport Principes du NPD : pour un Canada social-démocrate et plus égalitaire