Droits de scolarité au Québec : un débat de société

Grève étudiante et communications à l'ère d'Internet

La présidente de la FEUQ, Martine Desjardins. La présidente de la FEUQ, Martine Desjardins.

Internet et les médias sociaux sont au coeur de la stratégie de communication des étudiants en grève.

Ils servent bien sûr de courroie de transmission de l'information entre les associations et leurs membres, mais sont surtout d'extraordinaires plateformes pour faire passer le message étudiant dans la population et contrecarrer le discours du gouvernement.

« Les communications, c'est non seulement important, mais c'est crucial dans cette campagne-là », expose Martine Desjardins, présidente de la Fédération universitaire du Québec (FEUQ).

Beaucoup de choses ont changé depuis le dernier grand mouvement étudiant, en 2005. La présidente de la FEUQ estime qu'en 2012, être présents sur les médias sociaux comme Facebook est désormais indispensable.

« Ce n'est pas juste un site Internet que cela prend maintenant, ça prend un compte Twitter, ça prend un compte Facebook », estime-t-elle.

Martine Desjardins ajoute qu'un « événement » Facebook doit être créé pour chaque action menée par les étudiants, sans quoi ces actions n'existent tout simplement pas.

La page Facebook de 1625 $ de hausse : ça ne passe pas (FEUQ et FECQ). La page Facebook de 1625 $ de hausse : ça ne passe pas (FEUQ et FECQ).

Relayer de l'information et influencer l'opinion publique

Chaque réseau social est utilisé par les étudiants en fonction des caractéristiques qui lui sont propres. Par exemple, Twitter est davantage utilisé par la FEUQ pour ce qui est des communications médiatiques, soit transmettre des communiqués aux médias ou encore pour tout ce qui touche aux affaires publiques.

« Mais pour rejoindre nos membres, c'est vraiment Facebook ou encore le site Internet », précise Martine Desjardins.

Ainsi, dès que des articles, des entrevues ou des reportages touchant à la hausse des droits de scolarité et au mouvement de contestation des étudiants sont mis en ligne par de grands médias, les associations les relaient sur leur page Facebook.

Même son de cloche du côté de la Coalition large de l'ASSÉ (CLASSE), où l'on considère que les médias sociaux constituent de bons moyens de rendre les initiatives étudiantes publiques. Selon Julien Royal, délégué responsable des médias sociaux à la CLASSE, les réseaux sociaux permettent aussi aux associations étudiantes de partout dans la province de coordonner elles-mêmes leurs actions sans toujours avoir recours à l'exécutif national.

« Cela permet aussi de faire passer le discours des étudiants directement auprès de la population, sans avoir recours à un porte-parole », ajoute Julien Royal.

Ces moyens de communication forts prisés par les associations et les fédérations étudiantes ont l'avantage, en plus de leur efficacité, de ne pas engager de frais importants pour les étudiants.

Le fil Twitter de la CLASSE Le fil Twitter de la CLASSE

« Vraiment, ça ne coûte pas cher. D'ailleurs, les personnes qui le font sont principalement des exécutants, donc c'est à même leur travail comme exécutant national qu'ils ont à faire cela », explique la présidente de la FEUQ.

Lors de grands événements nationaux qui nécessitent la présence de la permanence de la FEUQ sur le terrain, comme la manifestation du 22 mars, la fédération étudiante passe le relais à des bénévoles qui s'affairent à publier les informations pertinentes sur Twitter et Facebook.

« Parce qu'on s'est rendu compte, notamment le 10 novembre, que cela prenait beaucoup plus que l'exécutif en place pour être capables de fournir », constate Martine Desjardins.

À la CLASSE, les élus sur l'exécutif s'occupent des comptes officiels sur Facebook et Twitter, mais on compte beaucoup sur les membres pour alimenter les médias sociaux, par exemple en publiant des photos lors de manifestations ou encore en réalisant des vidéos partagées sur Internet.

De son côté, la FEUQ dit aussi se servir des médias sociaux pour tenter d'influencer l'opinion publique. Si, par exemple, un média sonde ses lecteurs en ligne sur une question touchant les étudiants, les fédérations et associations se servent des médias sociaux pour inviter leurs membres à aller voter afin d'influencer le résultat du sondage.

« Ce ne sont pas juste les manifestations dans la rue qui font leur effet, les médias sociaux ont un grand rôle à jouer, parce qu'il y en a beaucoup qui vont aller s'informer via les réseaux sociaux. Donc souvent, aussi, c'est une façon d'aller - je n'aime pas utiliser le terme - mais un peu contrôler l'opinion publique, du moins, de l'influencer », affirme Martine Desjardins.

Selon Julien Royal, de la CLASSE, sans qu'il y ait de consigne précise au niveau national, les étudiants vont par eux-mêmes ajouter leurs commentaires dans des articles relayés sur les pages consacrées à la grève dans les réseaux sociaux. « C'est sûr que si on met le lien vers un article sur Facebook, où nous avons de nombreux membres, et qu'il y a 500 « J'aime », il risque d'y avoir un bon nombre de personnes qui choisissent d'ajouter un commentaire dans l'article », précise-t-il.

Le site web 1625 $ de hausse, ça ne passe pas de la FEUQ et la FECQ. Le site web 1625 $ de hausse, ça ne passe pas de la FEUQ et la FECQ.

Le web pour faciliter la communication

Le web a également un grand côté pratique pour l'organisation d'une campagne de l'ampleur de celle qu'on connaît actuellement au Québec. Par exemple, la FEUQ et la FECQ, qui ont lancé une campagne commune contre la hausse des droits de scolarité, mettent leurs affiches promotionnelles en ligne sur leur site Internet.

Les associations membres peuvent ainsi télécharger le matériel publicitaire et le produire elles-mêmes dans leurs établissements. « On a fait plusieurs journaux qu'on appelle La Voix étudiante et on peut aller directement les télécharger sur Internet, on n'a plus besoin de les imprimer. Ça coûte moins cher et cela permet une plus grande distribution, rapidement », ajoute Martine Desjardins.

À voir aussi

Suivez ce lien pour voir quelques-unes des vidéos les plus relayées sur la toile dans le cadre du mouvement de contestation de la hausse des droits de scolarité.

Des exemples concrets : une manifestation Twitter!

La présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, cite quelques exemples concrets pour démontrer la force du mouvement étudiant sur le web. Elle souligne que, l'automne dernier, il y a eu « pour la première fois de l'histoire du mouvement étudiant » une manifestation sur Twitter.

« L'Université de Montréal avait acheté des publicités dans le cadre de l'émission Tout le monde en parle, à grands frais, et donc les étudiants ont voulu démontrer qu'avec zéro coût on était capable de faire la même chose », relate Martine Desjardins. À l'initiative de la Fédération des associations étudiantes du campus de l'UdeM (FAECUM), des étudiants ont donc entrepris d'envoyer de nombreux messages sur Twitter pendant l'émission, suivie et commentée chaque semaine en direct par de nombreux utilisateurs du réseau social en utilisant le mot-clé #tlmep.

« C'est une machine d'influence, et cela nous permet de faire passer notre message, notre argumentaire. » — Martine Desjardins

Site contre site

La FEUQ attire aussi l'attention sur la réplique du mouvement étudiant à la mise en ligne, en novembre dernier, du site web droitsdescolarite.com par Québec, au lendemain d'une manifestation ayant réuni plusieurs milliers d'étudiants à Montréal. Le gouvernement avait investi 50 000 $ pour la création, la mise à jour et la promotion de ce site web qui exposait ses arguments pour la hausse des droits de scolarité.

« Les étudiants, en l'espace de 48 heures, ont créé à la fois un site Internet francophone, mais aussi anglophone : une copie conforme du site du gouvernement, avec des chiffres différents et un argumentaire différent aussi. C'est une réponse tout à fait adaptée à ce qui avait été lancé par le gouvernement, et on trouve que c'est une belle façon de leur répondre », analyse Matine Desjardins.

À gauche, le site fait par des étudiants reproduisant le même modèle que celui lancé par le gouvernement en novembre 2011. À gauche, le site fait par des étudiants reproduisant le même modèle que celui lancé par le gouvernement en novembre 2011.

Si la FEUQ juge que le gouvernement a « a investi des sommes incroyables » dans le cadre de cette campagne, la fédération étudiante n'a eu qu'à débourser quelques dollars pour l'achat du nom de domaine de son site web.

« Les étudiants qui travaillent là-dessus sont bénévoles. Ils le font parce qu'ils croient en la cause, ils le font parce qu'ils ont le talent pour le faire, et en même temps, cela les amuse d'aller créer des sites Internet », explique la dirigeante de la FEUQ.

Quant à ses bons coups en ligne, la CLASSE cite l'exemple de la vidéo « Ce printemps, ensemble, bloquons la hausse », où de nombreux artistes québécois se prononcent contre la hausse des droits de scolarité. La vidéo, qui a été vue plus de 95 000 fois sur YouTube, a été réalisée par des étudiants de l'UQAM. Ces derniers ont offert à la CLASSE de mettre leur logo à la fin de l'extrait vidéo.

Julien Royal souligne aussi d'autres initiatives, comme des films réalisés lors de l'HAUSSEtie d'show, spectacle organisé par la CLASSE, des banderoles invitant à manifester le 22 mars sur Facebook et les discussions lancées sur Twitter lors du passage de Gabriel Nadeau-Dubois à l'émission Tout le monde en parle.

Finalement, la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins, estime que tous ces exemples montrent bien la débrouillardise des étudiants. « Les étudiants sont imbattables en ce qui a trait aux médias sociaux et Internet », conclut-elle.

D'après des entrevues réalisées par Benoît Giasson et Johanne Lapierre