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Entrevue
Québec a son équipage
 

22 avril 2003 – Un stylo! Un stylo! Katia Delorme et Christine Chouinard étaient très heureuses de constater à quel point les enfants marocains ont à coeur l'éducation. Mais l'école, les deux enseignantes de la région de la Vieille Capitale ont vite réalisé que les jeunes Berbères rencontrés au hasard des dunes et des plaines de cailloux n'en ont rien à cirer. Ils n'ont même pas d'école! Les stylos demandés, comme les bonbons et les dirhams, les enfants les demandent aux touristes par habitude. Et c'est le genre de choc culturel qui bouleverse.

La pilote de l'équipe Delorme/Chouinard, elle, verse chaque fois des larmes. «C'est triste de penser qu'on leur crée un bonheur qui va durer 30 secondes parce qu'ils ne savent même pas écrire. Je pense beaucoup à des situations que vivent mes ti-pouts (ses élèves) et ça me vire le coeur à l'envers.»

Côtoyer la misère du désert, les deux coéquipières, qui ne se connaissaient pas il y a à peine 18 mois, le vivent pratiquement chaque jour dans le cadre du Rallye des Gazelles. Une certaine sérénité se dégage malgré tout de cette grande étendue de sable.

«On réalise à quel point on n'est jamais seuls dans le désert. Si ce n'est pas une autre équipe, ce sont les enfants qui courent autour de la voiture», confie Katia, qui rêvait depuis quelques années d'accomplir quelque chose d'important. Une amie commune, avec qui Christine souhaitait partir, les a présentées. Ce n'était pas le bon moment pour cette amie entremetteuse: elle était enceinte.

Vivre l'expérience à fond

Avant de mieux se découvrir dans le désert, les filles ont fait connaissance en mer. «Nous sommes parties en kayak dans l'archipel de Mingan. Nous étions destinées pour des conditions de voyage extrêmes. Il a plu pendant cinq jours», a indiqué la navigatrice dont les caps assurés alliés à la conduite automobile de sa collègue les ont menées parmi les équipes de tête, malgré leur titre de «recrues».

Surprise par ce succès? «En tout cas, on travaille fort. On sort les pelles et les plaques quand le camion est ensablé. On se lève tôt. On ne mange pas beaucoup. On apprend à évaluer le danger avant de se lancer. Mais les dunes de Merzouga, je ne pense pas les refaire, explique Katia qui ensigne les arts plastiques dans une école de Portneuf. On a trouvé la première étape marathon (Merzouga) pas mal difficile. Mais c'est rassurant de savoir que les habituées l'ont aussi trouvé tough», ajoute-t-elle.

Quant à Christine, elle ne peut s'empêcher de révéler son secret. «J'ai trois sortes de freins dans mon camion. La pédale de freins, le frein à main et le frein Katia. Chaque fois que je fais une manoeuvre risquée, Katia, en panique, fait le mouvement de freiner avec son bras», lance-t-elle ironiquement. «C'est ce qui explique que j'ai marché toutes les épreuves de dunes. Il n'était pas question pour moi de rester dans la voiture», a répliqué la Katia en question.

Le vrai secret, en fait, serait de croire en ses capacités selon les Québécoises. «Quand on a un rêve, il faut travailler fort pour le réaliser. Je pense que l'avant-course a été plus difficile. C'était beaucoup de stress pour financer le projet pendant un an et demi. Maintenant qu'on est ici, on veut vivre l'expérience à fond, alors on donne tout ce qu'on a», conclut Christine.

Or, si on revoit ce duo l'an prochain, ce serait peut-être en quad plutôt qu'en camion. «Parce que ça permet d'aller partout», selon Christine. À la condition que Katia marche à côté du véhicule!


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