MONTRÉAL,
14 avril 2003 - Il y a encore deux semaines, je menais une
existence paisible où le point fort de mes journées
était de décider du contenu de mon lunch et
de l'endroit où faire le plein d'essence à
bon prix. Depuis, beaucoup d'encre a coulé, les fusils
se sont presque tus au loin, la campagne électorale
québécoise est chose du passé et me
voilà maintenant à 24 heures du départ
pour le Rallye des gazelles.
Après
avoir questionné des participantes, lu les témoignages
d'anciennes navigatrices et de reporters qui ont déjà
couvert l'événement, étudié
le rebondissant, long et chaleureux parcours - on s'attend
à une moyenne de 40 degrés Celcius - et visionné
des éditions passées de cette course complètement
folle, je me demande vraiment dans quelle galère
je me suis - encore - embarqué.
Avec
le conflit en Irak, j'ai la même impression que vous:
celle de tout connaître du désert. J'avais
eu le même sentiment à la veille de partir
pour les Jeux paralympiques. Qu'allais-je bien pouvoir vous
raconter de neuf sur Salt Lake City, alors que le monde
entier venait d'y passer deux semaines pour le rendez-vous
olympique? On entend souvent parler de l'appel du désert
Connaît-il seulement l'indicatif régional de
mon téléphone satellite?
J'ai
senti des regards envieux lorsque mes collègues ont
appris que j'allais couvrir l'aventure des gazelles. En
apprenant sa réalité au quotidien, c'est-à-dire
neuf jours de camping sous la tente, dix heures de route
par jour, cinq heures de sommeil par nuit, l'eau froide
des douches et les rations d'armée à titre
de repas, l'envie a fait place au soulagement d'avoir été
affecté à autre chose. «Bon voyage»,
ont-ils lancé pour la plupart. Pour le voyage, je
ne m'inquiète pas trop. Pour le reste, "inchallah".