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Hockey sur glace - Dossier - Violence au hockey Arbitrer est un sport dangereux Jean-Patrick Balleux
MONTRÉAL, 6 décembre 2000 (Radio-Canada) - Éric va se souvenir longtemps de ses débuts comme arbitre. À l'occasion d'un de ses tous premiers matchs comme officiel, il s'est retrouvé au poste de police pour expliquer dans quelles circonstances son collègue arbitre en chef s'était fait frapper par un spectateur - lui-même ancien arbitre - à la fin d'une rencontre.
Éric n'avait que 16 ans. Il en a maintenant 25 ans. À l'époque, c'est la violence sur la glace qui lui a fait troquer le bâton pour le sifflet. À sa dernière année comme joueur (catégorie Bantam CC), des bagarres générales ont éclaté durant trois des 24 matchs de sa saison. Belle statistique, n'est-ce pas? «En neuf ans d'arbitrage aux niveaux mineurs, compétition (CC-BB), développement (AA) et hockey senior, j'ai constaté que la violence faisait partie intégrante de chaque match de hockey. Les comportements agressifs et le langage abusif des spectateurs et des entraîneurs envers les officiels font réagir les joueurs dans le même sens. Après un certain nombre d’années, tu t’y fais, mais tu crains toujours», a confié Éric, qui agit maintenant à titre d'appointeur et de superviseur dans sa région. Pour les néophytes, un appointeur s'assure de fournir en arbitres tous les matchs joués dans sa zone. Le superviseur lui, contrôle la qualité du travail des officiels. Un genre d'ISO-9000, version hockey. Une dure réalité Dans son coin, Éric doit composer avec 38 arbitres qui gagnent entre 9 et 22$ par match. «Il est très difficile de fournir quatre arénas en arbitres surtout quand nous avons des fins de semaine de 45 rencontres dont la majorité demandent trois arbitres par match. Il n’est pas rare de voir des arbitres faire 4 à 5 matchs dans une journée. Il n’est pas rare non plus de faire venir des arbitres d’autres zones pour nous aider, mais encore là, ces zones ont le même problème que nous. Elles souffrent d'un manque d’officiels important», explique Éric. «Les jeunes officiels sont rares et ceux que nous réussissons à recruter abandonnent après une ou deux saisons parce qu’ils en ont ras-le-bol de se faire crier constamment des bêtises ou de se faire menacer. Les plus expérimentés n’en reviennent pas de voir à quel point les parents et les entraîneurs peuvent être exigeants envers leurs jeunes. Le hockey est un sport d’équipe dont la première raison d’être est de s’amuser. Mais, à mon humble avis, il y a longtemps qu’on ne s’amuse plus sur les patinoires...», croit Éric. Il semble qu'il n'y ait plus de limites pour les joueurs à se faire justice sur la glace. «Il m’est arrivé d’être molesté à quatre reprises. Tout dernièrement, comme juge de lignes, j’ai eu droit à une morsure de la part d’un joueur. Deux semaines avec un hématome sévère et lui, trois matches de suspension. À la fin de la saison dernière, un gardien de but frustré qui venait de se faire marquer un but controversé, accordé par l’arbitre en chef, s’est jeté sur moi pour me lancer deux coups de bloqueur au visage. Résultat: 11 matches de suspension pour ce gardien de but. Pensez-vous que ces sentences sont suffisantes?», demande le superviseur de plus en plus désabusé par le manque de volonté démontrée par Hockey Québec pour enrayer le problème. Éric, vous l'aurez deviné, est un nom d'emprunt. Par craintes de représailles sur la glace ou à l'extérieur des patinoires, Éric m'a demandé de ne pas révéler sa véritable identité. Vous nous direz après que ce sport n'est pas malade... À lire aussi: - Phénomène de société? - Une dope... - Hockey Québec met le doigt sur le bobo - Les parents pointés du doigt - Les politiciens partent en guerre contre la violence - Des arbitres en voie de disparition
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