Manon Gilbert
MONTRÉAL, 10 juillet 2000 (Radio-Canada) – Trois fois championne du monde de cross-country, trois fois première du classement final de la Coupe du monde. Avec une feuille de route si éloquente, on s'attendrait à rencontrer une athlète au physique impressionnant, aux mollets sculptés à vous faire saliver d'envie, mais rien de tout ça. En fait, Alison Sydor ressemble beaucoup plus à la «fille d'à côté», ricaneuse, «cool», qu'à une cycliste chevronnée.
Mais attention, sous ces apparences trompeuses se cache une athlète avec une force de caractère impressionnante, une athlète réglée au quart de tour. «J'ai la faculté de pouvoir me conditionner mentalement et faire en sorte que ma meilleure journée de la semaine soit celle de la course», déclare la spécialiste du cross-country. Et jusqu’à maintenant, ses résultats le confirment. À 33 ans, Alison ne démontre aucun signe de fatigue et elle domine un sport pourtant exigeant physiquement. «Ma plus grande difficulté est de rester motivée pour essayer de faire encore mieux que ce que j'ai déjà accompli», affirme la biochimiste de profession. «J'ai encore du plaisir, tant que je pourrai encore m'améliorer et gagner des courses, je ne vois aucune raison d'arrêter», ajoute cette perfectionniste qui considère que sa force est de n'avoir aucune faiblesse majeure! Et elle ne s'arrêtera certes pas avant les Jeux olympiques de Sydney. Médaillée d'argent à Atlanta en 1996, Alison entend bien, cette fois, monter sur la plus haute marche du podium, d'autant plus que l'an dernier, elle a remporté l'étape de la Coupe du monde tenue sur le futur parcours olympique. «J'ai encore le parcours en mémoire et j'ai eu le temps d'y penser au cours des 15 derniers mois», lance-t-elle d'un air confiant en enlevant ses verres fumées. Prédestinée au vélo Déjà à cinq ans, Alison se distinguait des autres enfants à vélo. Pas question pour la petite bonne femme de rouler en tricycle ou pis encore avec des roues d’appoint. Hop! Dès qu’elle a enfourché sa première bicyclette, elle a filé, à la grande surprise de ses parents. Mais ce n'est qu'à 20 ans qu'elle a décidé de se consacrer sérieusement au cyclisme, pendant sa première année d'études en biochimie à l'Université de Victoria, en 1987. «J'ai commencé par faire du triathlon, mais les trois sports demandaient trop de temps, alors j'ai décidé de concentrer mes énergies sur le cyclisme»,
raconte la jeune femme qui, l'hiver pour se tenir en forme, troque le vélo pour les patins et le bâton de hockey, comme son frère Darryl des Stars de Dallas.
Sa progression est remarquable. Après seulement un an, elle se joint à l'équipe nationale en cyclisme sur route. En 1991, elle devient la première Canadienne à remporter une médaille, le bronze, lors des Championnats du monde sur route, alors qu'elle avait pris le dernier rang l'année précédente. En 1992, Alison apprend que les Championnats du monde de vélo de montagne auront lieu à Bromont et elle décide de s'essayer. «En tant que cycliste sur route, je n'avais pas l'occasion de courir au Canada, alors je me suis dit que le vélo de montagne serait ma seule chance», relate la résidante de Vancouver qui a pris la deuxième place à ces Championnats! Cette passionnée du vélo s'aperçoit donc vite que si elle veut gagner sa vie à faire ce dont elle raffole le plus, elle n'a pas le choix: elle doit faire le saut en vélo de montagne. «Je rêvais de gagner ma vie à pédaler et le vélo de montagne, avec ses nombreux commanditaires, offrait des opportunités inouïes aux femmes», souligne la coureuse de l'équipe Volvo-Cannondale. Depuis, elle allie les deux disciplines, la route et le cross-country, avec presque autant de succès. Par contre, pas question de jouer les cosaques en descente et en dual. De toute façon, l'expérience n'a pas été très concluante: «La première fois que j'ai essayé, je me suis plantée dans les deux cas, alors j'ai dit au gérant de l'équipe: "c'est fini".» C'est sûrement mieux ainsi, parce qu'avec tout ce temps passé à pédaler aux quatre coins du monde, il ne lui en reste déjà plus beaucoup pour se consacrer à sa deuxième passion: cuisiner!
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