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Jude Berthault, de l'ETS à la Coupe Sprint

Mise à jour le lundi 1 février 2010 à 14 h 48

Un texte de Philippe Crépeau

Jude Berthault

Jude Berthault

L'ingénieur montréalais Jude Berthault avait choisi de s'exiler en France, à l'automne 2009, pour faire une maîtrise en ingénierie automobile reliée au monde de l'endurance, avec possibilité de travailler comme stagiaire pour une équipe inscrite aux 24 heures du Mans en 2010.

Le diplômé de l'École de technologie supérieure (ETS) de Montréal y est resté jusqu'en décembre, s'adaptant du mieux possible à la France.

Après avoir participé pendant 6 ans à l'effort d'équipe de la formule SAE de l'ETS, M. Berthault a vite compris qu'il devrait s'armer de patience, sachant que les possibilités de trouver un poste rémunéré en France dans une équipe de course étaient faibles à court terme.

Mais un courriel a tout changé.

« Grâce à un de mes contacts dans la formule SAE, qui se cherchait un emploi durant l'été avant de décider d'aller en maîtrise, j'avais postulé pour un emploi avec Joe Gibbs Racing. Ils m'avaient dit qu'il y avait un intérêt, mais pas de poste disponible. »

« J'avais presque oublié. Mais la deuxième semaine de décembre, j'étais en France, j'ai reçu un e-mail : "Hé Jude, on a une position qui serait bien pour toi, appelle-nous si tu es encore intéressé." En quatre jours, on a arrangé tous les détails. Le choix s'est fait assez vite, car j'aurais eu besoin d'au moins cinq ans d'expérience en course pour avoir le même genre de poste en France. »

L'entrée de l'usine de Joe Gibbs Racing

Photo: JGR

L'usine de Gibbs Racing en Caroline du Nord

Jude Berthault a obtenu un poste d'ingénieur design chez Joe Gibbs Racing, et il travaille sur le programme de la Cup Series, le championnat vedette. Il a donc déménagé en Caroline du Nord, à Charlotte, dans les bureaux de l'équipe qui regroupent 435 personnes, dont 35 ingénieurs.

« Les meilleures équipes de NASCAR ont un niveau d'ingénierie vraiment élevé par rapport à ce que les gens pensent en général. JGR est une des meilleures équipes, et c'est un choix que je ne pouvais pas manquer. Plus les règles sont sévères, plus les ingénieurs sont nécessaires pour être compétitif.

« Je commence avec le top du top, dit-il en riant. J'avais déjà eu beaucoup de contact avec cette équipe, parce que les gens qui sont responsables du département d'ingénierie sont aussi des juges dans la compétition de formule SAE. Depuis les 10 dernières années, notre équipe de formule SAE à l'ETS termine vraiment bien côté ingénierie. On a eu la chance de les voir plusieurs fois. On avait discuté de l'opportunité, mais il n'y avait pas de poste disponible. Ils m'ont offert la chance, et je l'ai prise. »

Tout appris à l'ETS

Jude Berthault insiste, à juste titre, sur l'expérience qu'il a pu acquérir au sein des équipes de l'équipe SAE de l'ETS.

« Je me compte vraiment chanceux, explique-t-il, car l'ETS a toujours appuyé le programme de la formule SAE, en nous donnant tous les moyens nécessaires. »

L'équipe Joe Gibbs Racing

Photo: JGR

« Si je n'avais pas fait 6 ans avec l'équipe, je n'aurais pas eu cette offre. Mes moyennes à l'école n'étaient pas super élevées, mais ce n'est pas ça qui intéressait cette compagnie. La formation que j'ai eue en formule SAE à l'ETS m'a permis de tout avoir. De voir tout le côté fabrication, analyse, validation, assemblage, être sur la piste, voyager, trouver les commanditaires, gérer l'équipe. C'est un extra qu'ici, la plupart des étudiants ne peuvent jamais avoir. Je suis très content de mes choix. »

Berthault est aussi conscient qu'il devra mériter la confiance de ses patrons pour faire partie, un jour, des ingénieurs qui se déplacent sur les circuits.

La NASCAR pour les nuls

« J'ai vraiment beaucoup à apprendre. Je lis en ce moment NASCAR for dummies (NASCAR pour les nuls). Ce n'est pas possible de connaître toutes les règles sans être dans une équipe de NASCAR. Je ne connaissais pas tous les petits détails. Je ne suis pas habitué à toutes les possibilités, et c'est une des raisons pour lesquelles j'ai accepté le poste. J'ai tellement à apprendre. Ça va être un défi pour longtemps.

« J'aurai la chance de faire tout, côté ingénierie, car ils fabriquent tout in house (NDLR : à l'usine). C'est comme la formule SAE, mais avec 400 personnes. Sur les 35 ingénieurs, 25 travaillent au bureau, et les autres vont aux courses. Je vais aller aux courses proches de Charlotte. Les possibilités sont immenses. Ils ont les moyens de donner des formations nécessaires, s'ils n'ont pas les connaissances dans la place. »

Et n'allez pas croire qu'il lit son NASCAR pour les nuls en cachette...

L'usine de Joe Gibbs Racing

Photo: JGR

La préparation des voitures de Joe Gibbs Racing

« Je le laisse traîner sur mon bureau, dit-il en riant. Il faut rester humble. Ça fait rire les autres. Quand tu es nouveau, tu ne dois pas trop te prendre la tête et essayer de montrer que tu connais tout. Il faut montrer que tu peux rire de toi-même. »

Quand Radio-Canada Sports a suivi les derniers pas de Jude Berthault à l'ETS à l'été 2009, il se donnait 5 ans pour aller en F1. Il a depuis changé deux fois de trajectoire.

« Mon rêve, c'était de travailler dans une équipe de course, peu importe la série. Aujourd'hui, c'est NASCAR. Ce que je veux, c'est apprendre, d'avoir beaucoup de défis, et d'avoir la chance de travailler dans ma passion. »

« Ça m'a pris beaucoup de temps à réaliser ce que j'ai fait. Ma vie a beaucoup changé depuis trois mois. Et quand j'ai vu l'équipe Joe Gibbs Racing dans un reportage à la télé sur Daytona, j'ai dit : "Wow! je suis dans cette équipe-là." C'est bizarre, ça m'a pris un bout avant de réaliser que c'était vrai », conclut-il.