David Testo affirme son homosexualité

David Testo dévoile son homosexualité (en anglais)

Exclusif - David Testo fait ce que peu d'athlètes, professionnels ou amateurs, ont fait avant lui : déclarer publiquement son homosexualité.

« Je suis homosexuel, je suis gai, a-t-il confié à Radio-Canada Sports. Je ne l'ai pas choisi. Ça fait seulement partie de ce que je suis. Et ça n'a rien à voir avec le talent d'un joueur de soccer. Tu peux être à la fois un excellent joueur de soccer et être gai. »

Pour Testo, cette sortie publique a quelque chose de libérateur. C'est un combat lourd à porter qui se termine.

« Je regrette vraiment de ne pas l'avoir dit publiquement plus tôt. Je me suis battu avec ça toute ma vie, toute ma carrière. Vivre la vie d'un athlète professionnel et être gai est incroyablement difficile. C'est comme porter un secret dans ses valises sans jamais être toi-même. Ça te sape toute ton énergie, en plus de devoir performer, de devoir jouer. »

Testo ne vivait pas entièrement dans le secret. Sa famille et ses amis connaissaient son orientation sexuelle. Idem pour ses coéquipiers de l'Impact et pour la direction de l'équipe. Mais le fait que la chose ne soit pas connue du public le rendait mal à l'aise.

« Mes coéquipiers et mes entraîneurs le savaient. Le public ne le savait pas et je le regrette. Ce n'est pas mon travail de dire à chaque personne que je suis gai. Tu ne veux pas qu'on l'apprenne des autres. Ça reste toujours dans ta tête. Tu te demandes si les autres le savent. »

En 2009, Testo est passé par toute la gamme d'émotions. Au championnat qu'il a gagné avec l'Impact s'est ajouté le titre de joueur le plus utile de l'équipe, la récompense pour une année exceptionnelle. Ce moment s'annonçait euphorique, mais il a toutefois été source de grande tristesse parce que Testo ne se sentait pas à l'aise de remercier son conjoint de l'époque.

« Je me souviens qu'à ce moment-là, la personne que je voulais remercier le plus, je ne pouvais pas la remercier. Pas que je sentais que je ne pouvais pas le faire. Je ne me sentais pas assez à l'aise pour le faire à l'époque. Et c'est ok. »

Le joueur de la Caroline du Nord a même pensé tout abandonner à un certain moment, à accrocher ses crampons pour faire carrière ailleurs que dans le sport.

« Je me disais que la vie que j'ai choisie et le chemin que j'ai emprunté sont incroyablement difficiles. J'ai un baccalauréat en commerce et j'ai aussi d'autres cordes à mon arc. Ça aurait été tellement plus facile de choisir une voie où c'est accepté. Je me souviens avoir raconté à un de mes amis homosexuels qui est designer que je l'avais dit à mon entraîneur. Il a ri et il ne comprenait pas que je fasse tout un plat avec ça. Il venait d'un milieu ouvert où c'est accepté. »

Servir d'exemple

Testo sort du placard à 30 ans. Pourquoi maintenant? Parce qu'il sentait le besoin de le faire et, surtout, qu'il est en paix avec lui-même. Ainsi, il pense pouvoir inspirer d'autres joueurs. Il aurait aimé le faire dans l'uniforme de l'Impact en MLS.

« C'est plus important pour moi de parler de ça maintenant que de gagner ou de perdre, dit-il. C'est plus important que le soccer. Il y a d'autres jeunes hommes qui ont de la difficulté, qui ont besoin que quelqu'un fasse ce que je fais. J'aurais aimé faire le saut en MLS avec l'Impact et montrer que c'est possible d'être gai et d'être un athlète professionnel. Tout ce que je peux faire maintenant, c'est d'être la personne que je suis. C'est important d'être soi-même. »

David Testo (à gauche), avec l'Impact en 2009 David Testo (à gauche), avec l'Impact en 2009  Photo :  PC/Darryl Dyck

À une autre époque, les préjugés et les blagues que pouvait entendre Testo le dérangeaient. Plus maintenant. Il se sent plus serein.

« Je suis plus vieux, plus mature. Si on parle de mon homosexualité derrière mon dos, qu'on en rit, ça ne me dérange plus. Je laisse ça passer. Avant, ça me mettait en colère. Je laisse maintenant passer les choses parce qu'il faut se concentrer sur ce qui est important. »

N'empêche. Testo baigne dans une culture, celle du sport, où les préjugés envers l'homosexualité sont nombreux. Ils sont même partie intégrante du langage.

« J'étais avec mon équipe d'école secondaire récemment, se souvient Testo. J'entendais les mots fag et gai, mais je n'en faisais pas une affaire personnelle. C'est intéressant de voir cette dynamique de boys club, de testostérone dans le sport.

« Il y a 20 ans, c'était une autre réalité. Et dans 20 ans, ce sera autre chose. Le sport est l'un des derniers endroits dans la société qui s'adaptent à l'homosexualité. Ce n'est pas fait consciemment, par manque de respect. C'est en raison de la peur et de l'ignorance. »

« Si plus d'athlètes sortent du placard, ne cachent plus leur homosexualité, ça deviendra de plus en plus normal. Les stéréotypes vont tomber et d'autres athlètes pourront sortir à leur tour du placard. »

Être soi-même

Testo a fait ses débuts avec l'Impact en 2007 et y est resté jusqu'à la fin de la saison 2011, écarté des plans de l'équipe pour la MLS.

S'il s'est senti chez lui à Montréal, c'est que ses coéquipiers l'acceptaient tel qu'il était. Plusieurs d'entre eux avaient joué avec lui avec les Whitecaps de Vancouver, ce qui lui a facilité la vie.

« Ça a commencé à Vancouver, explique Testo. J'ai développé une relation de confiance avec plusieurs joueurs. J'étais rendu au point où je ne pouvais pas ne pas leur parler de mon homosexualité. Les gars à qui j'en ai parlé m'ont accepté complètement. Ça a commencé avec deux coéquipiers, qui sont devenus quatre et ainsi de suite. »

« Ces coéquipiers sont devenus mes meilleurs amis. Je pouvais enfin leur parler de ma vie amoureuse, de mes sorties, de mon avenir. La majorité de ces coéquipiers sont venus à jouer à Montréal ensuite. »

Avec l'Impact, Testo retrouvait ainsi le même environnement qu'à Vancouver. Il sentait l'appui de ses coéquipiers et ses performances sur le terrain l'ont reflété.

« Si tu es à l'aise avec toi-même, les autres se nourrissent de cette énergie. En 2009, j'étais à mon meilleur parce que je connectais vraiment avec les autres joueurs. Quand les autres nous connaissent en dehors du terrain, et qu'on les connaît aussi, leurs femmes et leurs enfants, c'est l'idéal. »

Difficile

La fin de séjour de Testo à Montréal a cependant été plus difficile, surtout la dernière année. Non pas qu'il a vécu l'exclusion, mais avec les nombreux changements de joueurs, l'équipe n'était plus la même.

« La plupart des joueurs que j'ai connus à Vancouver sont partis, explique-t-il. C'était difficile pour moi ces dernières années, surtout la dernière. Il y a eu une rotation de joueurs et je ne sentais plus la même solidarité sur le terrain. »

« Mais je n'ai jamais eu de problèmes avec des coéquipiers, j'ai été chanceux. Je ne dis pas que chaque personne dans l'équipe m'acceptait, mais je n'ai jamais senti que j'étais jugé, que je ne faisais pas partie du groupe. »

« Je ne voulais quand même pas rendre les gens mal à l'aise. Notre sport est un sport d'équipe, on vit en groupe et je ne voulais pas marcher sur les pieds des autres. Être gai est une autre caractéristique d'une personne, comme avoir des yeux bleus. Ça n'a rien à voir avec qui je suis comme personne. Mais je ne sais pas ce que les autres en pensaient, et c'était difficile. »

Ne pas savoir ce que les autres pensaient de lui : voilà qui était pour Testo un combat quotidien à Montréal. Pour garder sa carapace, le joueur soupesait ses gestes, ses paroles, de peur d'être mal interprété.

« Tous les jours, j'étais soucieux de ce que je disais, à qui je le disais, avec qui je marchais, avec qui je parlais. Et je crois que les joueurs faisaient la même chose à mon endroit. Je le sentais. C'est invivable pour un être humain. »

David Testo David Testo  Photo :  Impact de Montréal/Pépé