La surprise japonaise, le courage américain

Les quarts de finale de ce Mondial ont prouvé que le soccer féminin a grandement progressé. Trois des quatre matchs se sont rendus en prolongation, un signe évident de parité. Tout le monde est battable, même l'Allemagne.

Le Japon s'est payé l'Allemagne, ce qui le place comme équipe de l'heure. On prévoyait pourtant la victoire allemande, pour des raisons physiques. Les Japonaises n'étaient en effet pas aussi costaudes, mais elles ont pris le dessus mentalement.

On les a vues en maîtrise du jeu. Et quand elles ont perdu ce contrôle, elles se sont conservées pour ensuite trouver de l'énergie et marquer. Leur style est beau à voir et ressemble un peu à celui du FC Barcelone : de courtes passes suivies, beaucoup de mouvement. Et ce style est très efficace.

On ne verra donc pas de dynastie allemande. Pour Birgit Prinz, le Mondial aura été un gros échec personnel. Elle est une icône du soccer féminin, comme Marta, mais n'a pas marqué et a même terminé le tournoi sur le banc. Peut-être que ça montre des problèmes internes. Peut-être même que ça ne tournait pas rond dans la tête de la joueuse, comme on l'a rapporté.

Abby Wambach (à droite) et les Américaines en extase Abby Wambach (à droite) et les Américaines en extase   © AFP/Odd Andersen

C'est d'autant plus dommage pour Prinz qu'elle jouait à domicile. Elle voyait une porte de sortie idéale, mais n'a pas eu d'impact. L'Allemagne était déjà passée à autre chose en faisant confiance aux plus jeunes.

Les États-Unis à l'usure

Dans le quart de finale le plus couru, l'équipe qui a gagné est celle qui le voulait le plus, celle qui avait une plus grande volonté : les États-Unis.

Les Américaines ont été meilleures à 10 que les Brésiliennes à 11. On dit parfois qu'il est difficile de battre une équipe de 10 joueuses parce qu'elle en donne plus pour compenser la perte de la joueuse manquante. C'était le cas des Américaines.

Le Brésil, lui, a montré ses grandes qualités offensives, mais n'a pas présenté un jeu d'équipe. On comptait sur l'apport individuel de Marta et de Cristiane. Mentalement, le Brésil ne formait plus la même équipe aux tirs au but, après l'égalisation tardive d'Abby Wambach en prolongation.

Certains ont dit que Marta avait fait preuve d'arrogance. Quand on est aussi connu qu'elle, c'est le genre de critiques qui sont formulées. Il faut de la confiance quand on est au plus haut niveau, et Marta n'en manque pas. Je ne pense pas qu'elle a été arrogante.

La foule l'a huée parce qu'elle n'a pas aimé que le tir de pénalité brésilien soit rappelé en deuxième demie. On a senti une petite controverse autour de ce tir de pénalité. À mon avis, on l'a rappelé parce qu'une joueuse américaine était entrée trop tôt dans la surface. Ce n'est pas la gardienne Hope Solo qui est en cause.

La volonté française, la puissance suédoise

La France, c'est mon équipe préférée depuis le début du tournoi. Elle a de grandes qualités techniques, de la vivacité, du mouvement, un style collectif. Les Bleues sont comme les Japonaises, la puissance et la vitesse en plus. Leur style est beau à voir : tout le monde devrait jouer comme ça.

Gaëtane Thiney et Louisa Nécib Gaëtane Thiney et Louisa Nécib   © AFP/Patrik Stollarz

Contre l'Angleterre, les Françaises ont montré plus de volonté, ce qui saute aux yeux avec leur statistique de tirs au but (33 contre 7 pour les Anglaises). Elles ont surtout montré du caractère en comblant un retard pour forcer la prolongation.

La Suède, de son côté, a logiquement battu l'Australie, de qui on pouvait difficilement s'attendre à une surprise. La Suède monte en puissance. Et cette nouvelle victoire lui donnera encore plus de confiance.

Les demi-finales

Difficile de prédire les gagnantes de demi-finales, encore plus les pointages. J'espère un Japon-France, mais les choses ne se dérouleront sûrement pas ainsi. Il est difficile de placer une équipe au-dessus d'une autre dans le tournoi, tellement il y a de la parité.

La France, c'est mon équipe, mais elle n'a pas ce que les États-Unis ont : du vécu dans les grands matchs. Année après année, les États-Unis sont l'équipe à battre, même si elle n'est pas la plus impressionnante esthétiquement. Elle a la force mentale.

Dans l'autre match, le Japon offrira un jeu léché, plaisant à voir. Les Nippones tenteront de s'imposer en possession. La Suède représente cependant un défi gigantesque : c'est la seule équipe qui n'a pas encore perdu. C'est aussi une équipe impressionnante physiquement.

À bientôt et bonnes demi-finales!