Début d'une très longue saison

C'est avec beaucoup de fébrilité que j'ai suivi la rencontre du samedi 19 mars opposant les Whitecaps de Vancouver au Toronto FC, premier match entre deux formations canadiennes en Ligue majeure de soccer (MLS).

Comme beaucoup de Vancouverois, je me suis tapé sur la cuisse à plus d'une occasion en voyant les nouveaux venus infliger une sévère correction aux Rouges, de quatre ans leurs aînés.

J'aime le club de Vancouver, ses dirigeants, sa philosophie et une certaine humilité que je perçois quand j'ai l'occasion de croiser Bobby Lenarduzzi, Teitur Thordarsson ou même Nathan Vanstone, directeur des communications du club.

Ce sont comme des cousins qu'on aime revoir une fois ou deux par année et avec qui on s'entend toujours (sauf quand ils viennent battre l'Impact).

J'aimerais en dire autant de nos voisins ontariens, mais je n'y arrive pas. Peut-être en raison de l'esprit de rivalité qui anime les habitants des deux plus grandes villes d'une province, d'un État ou d'un pays. Montréal et Toronto, ou Montréal et Québec, mais aussi Los Angeles et New York, Paris et Marseille, bref vous comprenez?

Tout cela pour dire que, malgré mon plaisir à voir le club torontois souffrir contre les Whitecaps, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à Jean-Christophe Plante, un ami d'enfance qui habite Toronto et qui est un « fan fini » du TFC, un détenteur d'abonnement qui ne rate aucun match et fait même quelques déplacements aux États-Unis pour suivre l'équipe depuis son entrée dans le circuit.

Jean-Christophe écrivait sur Twitter après la dégelée de 4-2 des siens en lever de rideau de la saison 2011 qu'il avait mal à l'âme. C'est certainement ce que ressentent les milliers de partisans très loquaces et très engagés qui peuplent l'estrade sud au BMO Field, et qui ont permis à cette équipe aux résultats moribonds d'avoir une réputation du tonnerre aux quatre coins de l'Amérique.

Bob Lenarduzzi Bob Lenarduzzi   © PC/Daryl Dick

Pour en revenir au match, c'était difficile pour un observateur non initié de dire laquelle des deux équipes était le club d'expansion, tellement Toronto en a arraché. À sa défense, le groupe est pratiquement nouveau avec un entraîneur qui débarque en Amérique du Nord porteur d'une nouvelle approche du jeu.

Au grand dam des partisans, la saison doit être abordée comme un énième recommencement et il est peu probable que cette cinquième mouture se conclue par une première participation aux séries éliminatoires.

Cette équipe est rongée de l'intérieur par des problèmes contractuels qui n'ont pas été réglés. Le cas de Dwayne DeRosario est une bombe à retardement, si on ne lui accorde pas une augmentation salariale. Et celui qui a été désigné joueur par excellence du club l'an dernier, Adrian Cann, a abruptement mis fin à une grève pendant le camp d'entraînement, insatisfait de ses conditions. On parle ici de ce qui est connu du public...

Dans le cas des Whitecaps, la victoire au premier match ne fait pas une saison, loin de là, surtout quand celle-ci dure 34 matchs et qu'il y aura des adversaires plus coriaces que les inodores, incolores et sans saveur de Toronto.

J'espère que ces Bicolores de l'Ouest me feront mentir et qu'à l'instar des Sounders de Seattle, ils se trouveront dans le portrait du tournoi de fin de saison. Mais malgré l'élargissement du groupe des qualifiés à 10 formations cette année, je vois mal Vancouver devancer 10 autres équipes établies.

Champion du calendrier, le Galaxy de Los Angeles est encore très fort, les Red Bulls de New York aussi. Real Salt Lake dominera encore à domicile et sera difficile à battre sur la route. Finalistes en 2010, le Colorado et Dallas seront à nouveau parmi les équipes de tête, tandis que Philadelphie, Houston, DC United, Chivas USA et Kansas City seront plus forts que l'an dernier.

Honnêtement, je ne vois donc qu'une seule place disponible en séries pour nos deux lascars au nord du 45e parallèle, mais pour l'obtenir, Toronto et Vancouver devront être meilleurs que Seattle, Columbus et San José, qui étaient du groupe l'an dernier.

Il reste Chicago, la Nouvelle-Angleterre et l'autre équipe d'expansion à Portland qui, à moins d'une surprise, croupiront dans les bas-fonds du classement général, fort possiblement avec Toronto et Vancouver.

L'embauche du Français Éric Hassli fait passer l'organisation des Whitecaps pour des génies en raison de ses deux buts. Voyons comment il s'en sortira contre l'Union de Philadelphie à son deuxième match face au Français par excellence de la Ligue majeure, Sébastien Le Toux.

J'ai bien l'impression que le réveil risque d'être brutal pour ceux qui croient les Whitecaps partis pour la gloire. Quant aux Reds, souhaitons-leur une résurrection à quelques semaines de Pâques à l'occasion de leur match d'ouverture locale contre des Timbers de Portland qui ont aussi frappé un mur au Colorado à leur premier match.

Quand on voit tout cela, on se dit aussi qu'à Montréal la saison va être longue... jusqu'à l'an prochain.

À bientôt!

Philippe Germain