Le virage jeunesse anglais

  |  Guillaume Boucher   |  Radio-Canada

Bonjour à tous,

Le Championnat anglais prend les grands moyens pour se rajeunir. À partir de cette saison, chaque équipe a l'obligation de compter sur 8 joueurs formés au pays, pas nécessairement à leur académie, dans leur effectif de 25.

Les têtes dirigeantes du pays se sont rendu compte qu'on ne formait pas beaucoup de jeunes joueurs au pays. On l'a vu au Mondial sud-africain, où les Three Lions misaient sur la génération vieillissante des Lampard et Gerrard. Et on ne gagne pas à l'international.

L'idée derrière la réforme est simple : offrir aux jeunes joueurs, surtout anglais, l'occasion de progresser dans leur championnat (NDLR : l'exigence des huit joueurs formés au pays ne concerne pas que les Anglais, elle s'étend à tous les joueurs disponibles en académie). Or, ces dernières années, les équipes penchaient davantage vers l'embauche de joueurs étrangers pour l'atteinte de résultats immédiats, ce qui laissait peu de places aux jeunes.

Cette mesure est-elle la voie à adopter pour le virage jeunesse? Difficile à dire. Il y a deux façons différentes de voir les choses.

  • 1. Avec l'embauche de joueurs étrangers, on rehausse le niveau global de jeu, ce qui profite aux jeunes, qui doivent suivre la cadence. De toute façon, les meilleurs jeunes arrivent toujours à faire leur place.
  • 2. Si on facilite la vie des jeunes en leur ouvrant davantage la porte des équipes premières, on n'aide pas forcément leur progression.

Un rééquilibrage

Frank Lampard Frank Lampard   © AFP/Carl De Souza

La règle des 8/25 s'attaque aussi au problème des masses salariales, qui a pris des proportions gigantesques en Angleterre. Les équipes ont des dettes importantes, certaines même n'ont pu éviter la faillite.

À titre d'exemple, la masse salariale de Portsmouth représentait environ 60 % de son budget lors de ses récents ennuis financiers. Elle était pourtant de l'ordre de 20 ou 30 % au début des années 1990.

Le mode de fonctionnement des plus petites équipes demeurera cependant le même : former des jeunes pour les revendre aux grandes. Elles vivent de ça, comme West Ham, qui a formé Rio Ferdinand, Joe Cole et Frank Lampard. On ne vit pas pour le titre, mais bien pour le maintien.

Et les grands continueront de piocher dans les académies des autres, même si les prêts entre deux équipes anglaises coûtent très cher.

Que faire en Amérique du Nord?

La règle du 8/25 est-elle exportable dans la MLS, avec des variations? Difficilement, parce que les équipes ont un nombre maximal de joueurs étrangers. Toutes les équipes n'ont pas non plus un système de réserve, avec des académies.

Au Canada, Toronto, Vancouver et Montréal sont cependant déjà engagés dans cette voie. À Toronto, quelques joueurs de l'académie ont même déjà trouvé leur place dans la première équipe.

Pour faire progresser le sport au pays, il faut trouver l'équilibre entre l'embauche de joueurs étrangers et la formation en club. C'est comme ça que les équipes pourront vivre à long terme. Dans les prochaines années, l'Impact ne pourra pas avoir de 8 à 10 joueurs formés près de chez lui, il en aura peut-être 3 ou 4, qu'il faudra entourer de joueurs de qualité.

Mais les joueurs locaux demeurent toujours importants, pour le sentiment d'attachement des partisans, qui peuvent s'identifier à leur progression. À Barcelone, les Catalans envient sûrement autant Xavi et Andres Iniesta et Gerard Piqué, formé au club, que Lionel Messi ou Zlatan Ibrahimovic.

Et ce qui est le plus important dans le cheminement des jeunes, c'est la préparation pour devenir professionnel, qui ne vient pas du jour au lendemain.

Pour ma part, j'ai eu des expériences en équipe nationale de jeunes, dans les collèges américains et avec l'Impact. Arrivé en Europe, j'étais prêt physiquement et mentalement à me battre pour un poste.

Ce cheminement est tracé au hockey, avec le midget AAA, le junior majeur, la Ligue américaine et, ultimement, la LNH. Il faut tenter de le reproduire au soccer chez les 16-18 ans, ce qui profiterait à la fois aux équipes canadiennes et à la sélection nationale.

Ailleurs dans le monde, on voit des joueurs qui sont mûrs pour les ligues professionnelles à partir de 16 ans. Quand j'ai disputé le U-17, je sortais du secondaire et je jouais contre des Brésiliens de Flamenco. Le décalage était total.

À bientôt.

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