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Soccer | Chronique de Patrice Bernier
(propos recueillis par Guillaume Boucher )

D'Haïti en Afrique du Sud

Considéré comme le meilleur joueur de soccer de l’histoire du Québec, Patrice Bernier roule sa bosse de part et d’autre de l’Atlantique depuis près d’une décennie. Après un passage de trois ans avec l’Impact de Montréal, il a joué en Norvège, en deuxième division allemande et aujourd’hui au Danemark. Voyez le soccer international, et d’ici, à travers les yeux d’un pro.

Bonjour à tous,

J'ai appris un peu en retard les événements tragiques d'Haïti. Mon père m'a mis au fait le lendemain du séisme et j'ai rapidement constaté l'ampleur des dégâts.

Dans les jours qui ont suivi, je m'informais fréquemment des développements auprès de mes parents. Les membres de ma famille immédiate sont installés au Québec et aux États-Unis, mais des oncles, des cousins et des amis de la famille sont là-bas. De ce que j'ai entendu, les miens se portent bien, mais c'est loin d'être le cas pour tout le monde, évidemment.

On savait déjà qu'Haïti était frappé par la pauvreté, mais les images qui ont circulé rendent compte de son ampleur. C'est difficile de voir et d'entendre ce qui nous est présenté. On voit des gens qui dorment dans les rues parce qu'ils craignent que les fondations de leur maison soient trop fragiles...

Mon père m'a souvent dit qu'Haïti a longtemps été un eldorado pour les vacanciers, d'où son surnom de Perle des Antilles. Ça va prendre un certain temps avant que les choses se replacent, mais j'espère qu'un plan va émerger de la tragédie, surtout pour les infrastructures.

Il faut se préparer dans l'éventualité d'une autre catastrophe du genre. Port-au-Prince a été lourdement touchée et le pays ne peut vivre sans sa capitale, parce qu'une personne sur trois y habite.

Les Haïtiens sont reconnus pour leur bonne humeur, mais le choc est très dur à encaisser. On sent cependant que tout le monde pousse vers l'avant.

Je n'ai encore jamais mis les pieds dans le pays, mais ce qui se passe en ce moment me fait réfléchir. J'aimerais y aller plus tard. D'ici là, je vais essayer d'aider, notamment par l'entremise du soccer. J'ai pris contact avec la fédération haïtienne et je vais voir s'il est possible d'amasser du matériel (comme des ballons) pour lui envoyer éventuellement.

L'Angola et l'Afrique du Sud, deux réalités

Toujours au chapitre des tragédies, l'attaque sur l'autocar du Togo en Coupe d'Afrique des nations (CAN) est une première. On a déjà vu des partisans trop passionnés s'en prendre à des joueurs, comme ça a été le cas dans les matchs Égypte-Algérie récemment, mais jamais des tentatives pour éliminer des joueurs.

On s'attend toujours à ce que les athlètes soient intouchables et la tragédie met en lumière leur vulnérabilité. La décision du Togo de se retirer du tournoi ne me surprend pas. Comment peut-on penser à jouer dans ces circonstances? La vie passe avant le sport.

Ce qui s'est passé en Angola a déplacé l'attention vers l'Afrique du Sud, où se tiendra le prochain Mondial. À mon avis, les craintes sur la sécurité de l'événement sont injustifiées. Des gens ont tendance à décrire l'Afrique comme un seul pays, ce qui est réducteur.

Le Stade Soccer City, à Johannesburg

Photo: AFP/Yasuyoshi Chiba

Le Stade Soccer City, à Johannesburg

Les incidents à la CAN se sont déroulés en Angola, sur un territoire reconnu pour ses tensions et son historique de guerre civile. L'Afrique du Sud est un pays bien gouverné, une force émergente, et ne fait pas autant de vagues.

Des critiques trouvent facilement des excuses pour discréditer l'attribution du Mondial à un pays africain. On entendait les mêmes choses avant la Coupe des confédérations, mais l'événement s'est révélé une réussite.

Une chance à saisir

Au-delà des inquiétudes sur la sécurité, l'Afrique du Sud fait quand même l'objet d'une grosse pression. Le pays doit se montrer sous son meilleur jour pour prouver qu'il peut se comparer au reste du monde. Il essaye aussi de se vendre comme destination touristique, de se créer une nouvelle économie.

La FIFA lui donne les moyens de ses ambitions. Les tournois majeurs amènent des infrastructures et ne peuvent être que bénéfiques. On se rappellera que l'Euro 2004 a amené la construction d'une autoroute transnationale au Portugal.

Et l'Afrique du Sud met toutes les chances de son côté pour que le Mondial soit une réussite. Charlize Theron a été nommée porte-parole et Nelson Mandela a toujours milité pour le succès de l'événement.

Je pense qu'on se mettra rapidement à parler de football au lieu de tout ce qui se passe autour des terrains.

À bientôt.