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Soccer | Chronique de Patrice Bernier
(propos recueillis par Guillaume Boucher )

On est encore le Canada

Considéré comme le meilleur joueur de soccer de l’histoire du Québec, Patrice Bernier roule sa bosse de part et d’autre de l’Atlantique depuis près d’une décennie. Après un passage de trois ans avec l’Impact de Montréal, il a joué en Norvège, en deuxième division allemande et aujourd’hui au Danemark. Voyez le soccer international, et d’ici, à travers les yeux d’un pro.

Bonjour à tous,

Les attentes étaient très élevées pour le Canada à l'aube du Mondial 2010 et l'échec des qualifications a marqué un dur retour à la réalité. La volonté des joueurs n'a pas ouvert la voie aux résultats positifs et des questions de fond demeurent.

Les insuccès répétés sur la scène internationale empêchent l'équipe de prétendre à une mentalité de gagnant, contrairement au hockey. Le doute s'installe facilement dans la tête des joueurs après un accrochage, ce qui entretient la fragilité.

La situation est d'autant plus délicate que nous avons très peu d'occasions pour consolider notre confiance. Nous disputons en moyenne 4 ou 5 matchs hors-concours par année, contrairement à 10 ou 15 pour les autres sélections nationales. En ce sens, le Canada n'a pas les moyens de ses ambitions et fait figure d'amateur par rapport au reste du monde, et même au sein de la CONCACAF.

Le pays manque de ressources pour se préparer et ne se présente pas à tous les rendez-vous internationaux auxquels il peut prétendre. À sa décharge, il est cependant très difficile d'attirer des équipes pour des matchs amicaux avec une « marque soccer » affaiblie.

L'expérience internationale ne vient pas d'elle-même, elle s'acquiert en situation de match. Depuis mes débuts en sélection nationale, il y a cinq ans, je n'ai pris part qu'à une trentaine de matchs internationaux. À titre de comparaison, un joueur européen peut atteindre ce plateau en deux ou trois ans.

Julian de Guzman contre la Jamaïque

Photo: La Presse Canadienne /Frank Gunn

Julian de Guzman contre la Jamaïque

Il ne faut pas se surprendre si le Canada connaît des hauts et des bas incessants dans son cheminement au classement de la FIFA (il occupe le 89e échelon actuellement).

Avec peu de matchs à son calendrier, les possibilités de progression sont limitées et l'équipe est souvent condamnée à la victoire pour maintenir ses acquis.

La source de l'espoir

Notre performance à la Gold Cup de la CONCACAF en 2007 a faussé les attentes en vue du Mondial. Après notre élimination en demi-finales, plusieurs observateurs voyaient en nous le meilleur groupe canadien depuis 1986, le seul qui ait pris part à une Coupe du monde.

Les joueurs clés, comme Julian de Guzman et Dwayne De Rosario, ont été à la hauteur de la situation pour mener l'équipe vers des sommets. Le Canada est passé du rôle de dominé à celui de dominant et ne se contentait plus de subir défensivement, une première depuis des années.

Les joueurs ont peut-être été emportés par l'enthousiasme. Dans les qualifications de la CONCACAF pour le Mondial, nous avons hérité du « groupe de la mort » et l'espoir s'est rapidement transformé en cauchemar.

Nous espérions récolter au moins quatre points à domicile avant une série aller-retour contre le Mexique, mais la Jamaïque nous a soutiré une nulle et le Honduras nous a volé une victoire. À court de repères pour regagner la surface, l'équipe n'a pu retrouver le terrain de la confiance.

La suite est connue de tous et le constat était frappant: on était encore le Canada.

À bientôt.