Patrice Bernier avec Tromso
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AFP/Frederick Florin
Patrice Bernier est de nature affable, d'approche facile, pas compliqué pour deux sous. Il faudrait être devin pour savoir que le Brossardois est l'un des meilleurs joueurs de soccer de l'histoire canadienne.
Savoir qu'il reviendrait pratiquer son métier à temps plein, ce serait plus facile pour Patrice Bernier de revenir à Montréal. Voilà qui donne des munitions de plus au projet de soccer 12 mois par année de Richard Legendre.
Un adolescent l'a reconnu, lui, au match de l'Impact de Montréal, mercredi. Les yeux brillants, il pouvait à peine croire qu'il parlait à son héros. C'est le genre de réactions que Bernier pourrait susciter fréquemment à Montréal.
Pour vous donner une idée de l'individu, il est le footballeur québécois le mieux payé de l'histoire. Et avant d'accepter son lucratif contrat du club allemand FC Kaiserslautern, il a refusé au moins cinq offres en Europe, notamment en Ligue 1 de France.
Remarquez qu'il ne se plaint pas en Allemagne, où il s'est exilé. Son club de D2 rêve à la Bundesliga et il joue tous les jours devant 35 000 personnes. « Nous, un seul gradin, c'est le total de ce qu'il y a à l'Impact. Tu vois qu'on est dans un monde où le soccer, c'est tout. »
12 mois par année
Cela dit, Bernier n'a pas quitté Montréal pour être adulé. C'était simplement pour vivre son métier à l'année, un exercice difficile avec l'Impact, avec lequel il a joué de 2000 à 2002. Mais avec les bonnes conditions, il songerait à revenir ici.
Et par « bonnes conditions », il parle à mots couverts de la MLS...
« La MLS donnerait une saison complète, des joueurs payés toute l'année. Ce serait le meilleur pas pour le soccer au Canada. Je suis parti parce qu'après 6 mois, quand tu te sens en forme, tu dois attendre un autre 6 mois. Je voulais aussi voir comment je pouvais me comparer aux joueurs en Europe, mais je voulais surtout faire mon métier tous les jours. »
L'équation se précise davantage lorsqu''il confie à Radio-Canada Sports: « Mon objectif est de finir où j'ai commencé. Savoir que je reviendrais faire mon métier à temps plein, ce serait plus facile de revenir à la maison. »
À écouter l'étoile, Richard Legendre parle en visionnaire lorsqu'il fait du soccer 12 mois par année son cheval de bataille... Le raisonnement est simple: et si les autres grands joueurs canadiens en Europe n'attendaient que ça?
Le développement en Amérique
Même s'il est Européen de visa, Bernier reste Canadien de coeur. Il fait partie de la sélection canadienne et remarque les progrès du soccer au pays, surtout depuis la récente Gold Cup (où le Canada a perdu en demi-finales dans la controverse).
Malgré les déboires de la sélection U-20 au mondial, il reste optimiste. « Si une génération n'a pas un bon tournoi, ça ne veut rien dire. Ils doivent continuer à travailler et à jouer plusieurs matchs. Mais c'est vrai qu'on est en retard. »
Bernier, qui voit une autre réalité en Europe, cite en exemple la France, où pullulent les centres de formation, absents au Canada. Selon lui, le nerf de la guerre est de ne pas forcer les jeunes à s'expatrier de l'autre côté de l'Atlantique.
« Quand on aura une majorité de jeunes dans la MLS ou dans des académies de soccer jusqu'à 18 ans, là au moins, l'équipe canadienne va fonctionner avec des joueurs à domicile qui n'ont pas toujours besoin de voyager. Il faut vraiment travailler sur les joueurs de ces âges-là. »
En attendant, les grands talents du pays vont faire tourner les têtes des milliers de kilomètres plus à l'est. À quand notre tour?