PAETEC Park de Rochester
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Raging Rhinos de Rochester
ROCHESTER - L'Impact de Montréal déménagera la saison prochaine dans un nouveau stade consacré uniquement au soccer. L'idée vaut le détour, certes, mais le danger guette l'organisation. Parlez-en aux Raging Rhinos de Rochester...
Quel est le risque qu'un nouveau stade fasse fuir les partisans? Qu'est-ce qui peut expliquer le phénomène? Espérons que Joey Saputo et Richard Legendre ont tiré des leçons du cas de Rochester...
Ils étaient 10 000 en moyenne à chaque match lors de leur première année d'existence. Ils se sont entassés jusqu'à 12 000 et des poussières lors des années glorieuses, entre 1998 et 2001.
Devant la demande, en juin 2006, les Rhinos ont inauguré le PAETEC Park, un stade de 13 768 places (avec un objectif de 20 000). Et puis, plus rien. Le calme plat. Dans l'un des marchés les plus énergiques de la USL, l'amateur déserte... et le propriétaire s'arrache les cheveux.
Le 13 juin, pour un match de Coupe des États-Unis, ils étaient 3712 malheureux à regarder les Rhinos. C'était la plus petite foule de l'histoire de l'équipe. Pour les matchs de la USL, la moyenne a plongé sous les 9000, tandis que les ventes des abonnements ont dégringolé de 5000 à 3500.
Le désert
Plusieurs raisons ont été invoquées pour expliquer le désastre, mais la première est cruciale (et difficilement réversible): l'emplacement du nouveau stade.
« Il est situé dans ce que les gens perçoivent comme un quartier douteux, explique Jeff DiVeronica, du journal Democrat and Chronicle. Les banlieusards ont peur d'assister aux matchs même si le PAETEC Park est situé à un petit kilomètre de l'ancien Frontier Field. »
Si la volonté déplace les montagnes, elle ne peut en revanche rien pour les stades. Le mal est fait. Le journaliste regrette toutefois que les propriétaires de l'équipe n'aient pas les poches assez profondes pour électriser l'endroit, franchement lugubre. Un petit bar par-ci, un peu plus d'espaces de stationnement par là, et on y serait, selon DiVeronica.
Il questionne aussi les récentes décisions de marketing, avec pour preuve les journées à un dollar pour les enfants... dont tout le monde ignore l'existence la veille au soir!
La coupure avec le passé
La venue du vice-président Matthew Ford a aussi pesé lourd. Fraîchement débarqué de Hershey, où il a fait un tabac, le spécialiste pour remplir les stades n'a jamais fait honneur à son titre, surtout avec le départ du vénéré DG Chris Economides.
En fait, il s'y est pris de la mauvaise manière, explique l'analyste Philippe Germain. Dans ses efforts de restructuration, il a coupé les ponts avec l'ancienne garde. La petite communauté de soccer de Rochester n'a jamais digéré l'affront. Imaginez seulement le tollé si du jour au lendemain Jean Béliveau devait payer pour assister aux matchs du Canadien de Montréal.
« Les Rhinos ont décidé de réparer quelque chose qui n'était pas brisé, explique James Weise, collaborateur de Soccer Sam, une figure folklorique du soccer à Rochester. Ça revient à la base du marketing des Rhinos: tout commence avec les joueurs. Il faut les vendre mieux et les mettre en contact avec les partisans. »
De son côté, Soccer Sam lui-même accuse l'ambiance du nouveau stade, qu'il considère moins chaleureuse. Sam a même personnellement averti le président de l'Impact Joey Saputo du danger qu'un nouveau stade manque d'« âme ».
On voit bien que la ligne est toujours mince entre succès et échec. Avec leurs projets d'expansion pour l'Impact, espérons que Joey Saputo et Richard Legendre ont pris des notes. À Rochester, il est peut-être déjà trop tard...