Une c'est bien, mais deux c'est mieux

Le reportage d'Olivier Lemieux

STONEHAM - Scénario rêvé aux Championnats du monde de surf des neiges, samedi, à Stoneham. Maëlle Ricker et Dominique Maltais ont monopolisé les deux premières marches du podium au grand plaisir des nombreux spectateurs.

Un texte de Manon Gilbert

Pour une fois à Stoneham, les deux Canadiennes ne coursaient pas dans l'anonymat observé généralement en Coupe du monde, alors que le snowboard cross se déroule normalement le jeudi.

Sous les encouragements de la foule, Ricker et Maltais ont poussé la machine à fond pour dominer leurs vagues de quart et de demi-finale. Ne restait plus qu'à en découdre en finale, les deux planchistes pourchassant leur premier titre mondial.

« C'est cool d'être 1 et 2, c'est toujours le but. En même temps, ça me fait un peu de peine pour Dominique, tu veux toujours performer à la maison, c'est comme moi à Vancouver. Mais j'étais là pour gagner », a déclaré la championne du jour qui prenait part à ses huitièmes mondiaux.

Du coup, la Britanno-Colombienne de 34 ans a décroché son billet pour défendre son titre aux Jeux olympiques de Sotchi, ce que les journalistes lui ont appris après la compétition.

« C'est un poids de moins sur les épaules. Il faut se concentrer sur le processus et non sur les résultats, mais ce sont les résultats qui comptent », a indiqué la gagnante de 14 Coupes du monde. Elle a aussi tenu à souligner la qualité du travail de l'équipe canadienne, l'une des meilleures du circuit, pour ses succès.

Comme lors de ses courses précédentes, Ricker, 1re des qualifications jeudi, a mis à profit son point fort pour sortir du portillon de départ comme une fusée et ainsi mieux contrôler la course. Un dépassement n'a jamais été à la portée de Maltais qui, bien plantée dans la même ligne de course, la plus rapide, attendait l'erreur.

Maëlle Ricker et Dominique Maltais Maëlle Ricker devant Dominique Maltais  Photo :  PC/Clément Allard

Mais la témérité n'avait guère sa place non plus, puisque deux Italiennes suivaient derrière. Maltais, médaillée de bronze aux mondiaux de 2011, a donc assuré sa médaille d'argent en terminant devant la Norvégienne Helene Olafsen, championne du monde de 2009 et 3e deux ans plus tôt.

D'ailleurs, Olafsen, gagnante à Stoneham en 2007, affichait même une certaine surprise après sa médaille de bronze. Nouvelle adepte du slopestyle, la Norvégienne de 22 ans n'avait pas couru en snowboard cross depuis décembre 2010.

En s'imposant dans la petite station québécoise, Ricker, 3e aux mondiaux de 2005 chez elle à Whistler, a réussi son tour du chapeau. À ses deux dernières présences à Stoneham, pour les Coupes du monde de 2010 et de 2012, la championne olympique était montée sur la première marche du podium. Cette fois, le sentiment du devoir accompli est encore plus grand.

« J'aime ça quand il fait -40, a lancé la ricaneuse brunette. J'aime le parcours ici, les sauts, les virages techniques. Puis, il n'y a pas beaucoup de glisse, et c'est ma faiblesse. Je n'étais pas contente avec la façon dont je coursais lors des premières Coupes du monde de la saison. Je voulais venir ici et mettre en place tout l'entraînement que j'avais fait durant l'été. Je voulais ce titre mondial, le seul que je n'avais pas. »

Maltais encore plus motivée

Dominique Maltais le voulait aussi ce titre mondial, tout autant que les spectateurs présents en grande majorité pour elle. Une pression pas toujours facile à porter pour celle qui ne s'habitue pas encore aux projecteurs.

« J'arrivais avec deux victoires en Coupes du monde, ce n'est pas ce que j'envisageais. Ce n'est peut-être pas le résultat que je voulais, que tout le monde voulait. Ce n'est pas évident quand tu connais tout le monde. Je ressentais cette pression. Je savais que si je ne gagnais pas, ce n'était pas bon », a dit la planchiste de Petite-Rivière-Saint-François, 2e des qualifications.

Mais n'allez pas croire que Maltais, auréolée du statut de favorite, est déçue de sa médaille d'argent. Au contraire, l'athlète aux 27 podiums en Coupe du monde ne pouvait demander meilleure motivation.

Maëlle Ricker et Dominique Maltais Maëlle Ricker et Dominique Maltais  Photo :  PC/Jacques Boissinot

« Aujourd'hui, j'avais une pression additionnelle. Mais j'ai atteint mes objectifs de course, je suis contente de ce que j'ai réalisé aujourd'hui et de la manière dont j'ai coursé. Je pense que j'ai fait un pas en avant pour les Jeux olympiques, même si je suis restée sur mon appétit. Ça prouve qu'il reste du travail à faire et je vais y mettre quatre fois plus d'énergie », a déclaré la perfectionniste de 32 ans.

La détentrice des petits globes de cristal de la spécialité au cours des deux dernières saisons a reconnu qu'un léger sursaut d'impatience l'a poussée à l'erreur dans la longue traverse à mi-parcours. En cherchant des lignes différentes pour dépasser Ricker, elle s'est retrouvée sur des tracés plus lents.

« J'ai essayé de faire de petits gestes trop vite. Au lieu de garder ma vitesse, ça m'a coûté cher. J'attendais que l'erreur se fasse, mais ça ne s'est pas fait. Ce n'est pas que je n'ai pas essayé. Je dois travailler les dépassements, garder les mêmes lignes et attendre à la dernière minute pour dépasser », a expliqué la Québécoise.

Plus tôt en demi-finale, Maltais avait frôlé la catastrophe quand une fixation a pris du mou dès le départ. Heureusement, la pièce a tenu le coup et Maltais a pu reprendre la tête après avoir vu deux rivales la doubler.

L'autre Canadienne en lice, Jade Critchlow, a fini 6e et dernière de sa vague quart de finale pour prendre le 21e rang. Carle Brenneman, de Whistler, a dû déclarer forfait avant le départ en raison d'une blessure à une cheville subie à l'entraînement.

Pullin trop fort

Chez les hommes, Alex Pullin a poursuivi son outrageuse domination. À l'instar de Ricker, l'Australien de 25 ans a mené des qualifications à la finale pour mettre la main sur son deuxième titre mondial de suite.

Pullin, Schairer et Sivertzen Pullin devant Schairer et Sivertzen  Photo :  PC/Jacques Boissinot

En finale, Pullin a eu le dessus sur l'Autrichien Markus Schairer, champion mondial en 2009, et sur le Norvégien Stian Sivertzen. Ironiquement, le même podium qu'aux Championnats du monde juniors de Bad Gastein en 2007, avec Sivertzen et Pullin sur les marches inverses.

« C'est le meilleur parcours de snowboard cross que j'ai vu de toute ma carrière. Dès les quarts de finale, la bataille était aussi féroce qu'en finale. Si j'avais quitté Stoneham sans le titre, ça aurait été une catastrophe. Je savoure ce titre autant que le premier », a dit le natif de Mansfield.

Aucun Canadien ne participait à la finale. Rob Fagan et Christopher Robanske ont été éliminés au tour précédent pour se classer respectivement 8e et 12e au terme de la petite finale.

Fagan a pêché en voulant dépasser Pierre Vaultier pour lui ravir la 2e place. Mal lui en prit, il a été déporté vers l'extérieur et a perdu sa vitesse.

Robanske, lui, s'est accroché sur le Russe Andrey Boldykov et a failli se retrouver la planche en l'air. Une grande déception pour le planchiste de North Vancouver, dont la famille est originaire de Valcartier.

L'Ontarien Jake Holden, 23e, a été disqualifié en quarts de finale après avoir raté une porte. Quant au Britanno-Colombien Kevin Hill, une chute en huitièmes de finale l'a relégué au 33e échelon.

Les mondiaux se concluent dimanche avec le slalom en parallèle.

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