Lake Placid en entrée

Avant chaque course, un travail de reconnaissance s'impose. Il est d'autant plus vital sur cette piste aux caprices variables. Réaction d'Alexandre Bilodeau.

LAKE PLACID - Ce sera journée de premières jeudi pour les skieurs acrobatiques à Lake Placid. Première Coupe du monde de l'année, première course en simple, première épreuve avec six coureurs en super finale et première sélection olympique.

Un texte de Manon Gilbert

De quoi pimenter la journée. D'autant plus que, malgré son apparence facile, la piste risque de faire la vie dure aux skieurs. Les organisateurs ont façonné les bosses durant le week-end pendant que la pluie s'abattait sur la station des Adirondacks qui a accueilli les Jeux olympiques d'hiver en 1980.

Quand le mercure a glissé sous le point de congélation, les bosses sont devenues dures comme de la roche. Les organisateurs ont tenté de rectifier le tir avec les canons. Mais trop de neige, c'est comme pas assez.

Résultat : une piste irrégulière qui a causé bien des maux de tête aux athlètes, mercredi, à l'entraînement.

« On n'a pas pu pousser autant qu'on le voulait ce matin à l'entraînement. C'était difficile de trouver le bon rythme. On n'a pas pu mettre en pratique toutes les choses sur lesquelles on a travaillé », a expliqué Michel Hamelin, l'entraîneur d'Alexandre Bilodeau.

Gagnant des grand et petit globes de cristal, Mikaël Kingsbury, lui, respirait l'assurance tranquille d'un vétéran... ou d'un champion.

« Je n'arrêtais pas de changer de ligne. Mais à la fin, j'ai trouvé ma ligne au milieu, j'ai fait trois descentes de haut en bas, sans erreur, et ça m'a mis en confiance. Là, il n'y a plus rien qui peut m'arrêter, je comprends la piste. Il n'y a pas de stress. Quand l'entraînement finit comme ça, je peux me coucher la tête tranquille », assure le bosseur de 20 ans.

Kingsbury ne stresse pas plus avec la nouvelle formule de la super finale qui passe de quatre à six compétiteurs. Rien pour le faire changer de stratégie.

À la fin de la dernière saison, la Fédération internationale de ski (FIS) a reçu son lot de critiques, appuyées d'une pétition de plusieurs noms, pour avoir imposé aux bosseurs cette course supplémentaire sans les consulter. Mais comme la FIS recule rarement, elle a accepté de faire une légère concession. Les super finalistes n'auront maintenant que 50 % de chances de monter sur le podium au lieu de 75 %.

« J'ai hâte d'essayer ça demain. Je pense que ça va relever le calibre. Avec quatre personnes, s'il y en a une qui fait une mauvaise descente, les trois autres vont peut-être lever la pédale un peu pour s'assurer d'être sur le podium. À six, il va y avoir plus de marge de manoeuvre et je pense que les six en finale vont descendre la pédale dans le fond », a déclaré Marc-Antoine Gagnon qui a terminé trois fois entre les positions 5 et 6 la saison passée.

La saison avant les JO pour Bilodeau

Alexandre Bilodeau Alexandre Bilodeau  Photo :  PC/Mike Ridewood

Bilodeau, lui, se retrouve un peu devant l'inconnu. En 2011-2012, il avait fait l'impasse sur presque toute la saison pour soigner son corps et pour travailler sa technique. Le format de compétition, il le connaît puisqu'il a disputé une super finale à Deer Valley, où il a fini 2e. Sauf qu'à l'époque, c'était seulement pour mesurer les fruits de son travail.

« Ça va être une nouvelle stratégie. C'est la première fois que je compétitionne en simple avec des attentes en haut de la piste, et dans un tel format de trois descentes, affirme le Québécois de 25 ans. Il faut calculer les risques. Est-ce que ça vaut la peine de faire de gros sauts si les autres font des erreurs? La stratégie est différente, mais c'est difficile de dire laquelle on va utiliser tant qu'on n'est pas en compétition. »

En tout cas, Bilodeau semblait plus inquiet par le format de compétition que par la sélection olympique. Tellement que c'est la représentante de Radio-Canada Sports qui lui a confirmé que Lake Placid comptait bel et bien comme première course de qualification.

« Je ne me suis jamais arrêté à regarder les sélections, à analyser tout ça. C'est un long processus, il ne faut pas penser au processus en général, mais prendre ça course par course et les choses devraient se placer toutes seules pour Sotchi. Ce n'est pas la sélection qui est primordiale pour moi en ce moment, mais la saison en général. »

Une saison qui s'annonce comme une lutte féroce entre le champion olympique et le champion de la Coupe du monde qui sont présentement nez à nez avec 180 points. Sauf que Kingsbury détient un léger avantage et le dossard jaune de meneur, puisqu'il mise sur une victoire.