La joie du père, la chance d'un fils

Que de compliments pour Alex! Reportage de Marc Durand.

QUÉBEC - Pierre Harvey envie son fils. Pendant toute sa carrière de cycliste et de skieur, le meilleur fondeur canadien avant l'émergence d'Alex a dû s'exiler en Europe pour exercer son art. Vendredi et samedi, Alex, lui, aura l'occasion de faire la démonstration de tout son talent dans sa cour, devant les siens.

Un texte de Manon Gilbert

« Enfin, on y est presque. Depuis que la Coupe du monde a été annoncée que j'y pense. J'ai vraiment hâte. J'ai déjà compétitionné à Canmore et aux Jeux olympiques, mais dans ma propre ville c'est différent », a déclaré Harvey fils, mercredi, lors d'une conférence de presse au mont Sainte-Anne.

Le paternel, lui, n'a vécu que deux grandes compétitions en sol canadien : aux Jeux olympiques de Montréal en 1976, en cyclisme, et à ceux de Calgary, 12 ans plus tard, en ski de fond.

« Je me souviens de m'être réveillé durant la nuit avant ma course aux JO de Montréal et d'avoir réalisé que quelques heures plus tard, je courrais devant ma famille et mes amis. C'était incroyable. Pendant la course, j'étais transporté. Malgré l'effort, j'avais les jambes moins lourdes dans les ascensions. Ça faisait 15 ans que je m'entraînais et je n'avais jamais ressenti une telle sensation auparavant. »

Alex s'attend aussi à recevoir une petite double pensée pour le sprint par équipe, son objectif principal, vendredi et pour le sprint individuel le lendemain. Cependant, le principal intéressé tient à modérer les attentes. En ce début de saison, Québec représente la troisième épreuve du circuit de la Coupe du monde, la forme n'est pas encore optimale.

Devon Kershaw et Alex Harvey triomphant devant leurs adversaires, qui ont la mine basse Devon Kershaw et Alex Harvey triomphant devant leurs adversaires, qui ont la mine basse.  Photo :  AFP/SCANPIX/Håkon Mosvold Larsen

C'est en février que Harvey veut être au sommet de sa forme pour défendre son titre aux Championnats du monde de Val di Fiemme. Sauf que Québec représente une excellente répétition.

« Je pense que Devon (Kershaw) et moi, on a une belle chance de podium. Au sprint individuel, ça va être plus difficile. J'espère bien performer, mais je sais que je ne suis pas encore à 100 %. De plus, dans le sprint, il y a une part de chance qui est assez importante. La stratégie compte aussi dans l'équation, ce n'est pas juste la forme physique. »

Le fondeur de 24 ans, seulement 46e du premier sprint à Kuusamo (Finlande) le week-end dernier, ne s'inquiète pas trop. Son début de saison ressemble sensiblement à celui de 2010, mais deux mois plus tard c'était la consécration.

Pierre, lui, se désole un peu de ne pas pouvoir jouer le simple rôle de spectateur. L'auteur de trois victoires en Coupe du monde devra plutôt analyser les performances de fiston à la télévision.

« Je ne voulais pas le faire. Je n'aime pas ça. C'est difficile de commenter quand ton fils participe à l'épreuve. En fait, il y a juste aux Jeux olympiques que j'accepte de le faire parce que ça me permet de voir les courses sur place », affirme l'un des instigateurs de cette première Coupe du monde en sol québécois.

L'effet Harvey

Tant le père que le fils souhaitent d'ailleurs que l'événement soit récurrent. Pour l'instant, il n'y a pas d'ouverture avant 2 ou 3 ans. D'abord, Québec doit faire ses preuves, puis plusieurs villes sont sur la liste d'attente.

Ce qui joue en faveur de la Vieille Capitale, c'est que la Fédération internationale (FIS) veut sortir du cercle européen qui détient le monopole des courses. Un net avantage pour la relève européenne.

harvey_falun Alex Harvey en route vers la victoire à Falun  Photo :  AFP/JONATHAN NACKSTRAND

« Ce serait bon pour moi, mais pour les jeunes aussi. Quand j'avais 8 ans, j'aurais aimé ça voir Bjorn Daehlie [8 fois champion olympique] compétitionner de mes propres yeux », soutient Harvey.

Depuis sa réussite sur le circuit international, le club nordique du mont Sainte-Anne connaît un second souffle. Par conséquent, plus de jeunes frappent à la porte du Centre national d'entraînement Pierre-Harvey, suite logique du club du mont Sainte-Anne.

« Je m'entraîne avec eux tous les jours durant l'été. Ça leur montre que ce n'est pas si sorcier que ça, ça leur montre qu'il faut juste bien faire les choses et croire en soi. »

Harvey ne croit pas que son influence a joué un si grand rôle. Un avis que ne partage pas du tout son entraîneur de longue date, Louis Bouchard.

« C'est vraiment l'impact Alex. Il est trop humble. Il n'y a pas de secret. Dans le milieu de la compétition, ce qui attire les jeunes, ce sont des stars, des modèles. Moi, j'ai eu une idole plus jeune et c'était son père. J'y crois beaucoup, et c'est de cette façon que ça fonctionne », prétend Bouchard.

D'ailleurs, l'entraîneur de l'équipe canadienne a remarqué que les jeunes amélioraient leur technique plus rapidement par la seule présence de Harvey dans la région. Plus visuels, ils reproduisent ce que le champion du monde exécute plutôt que d'écouter les conseils de Bouchard!

Pierre et Alex Harvey Pierre et Alex Harvey avant les JO de Vancouver  Photo :  PC/Jacques Boissinot

Et il n'y a personne pour s'en plaindre!