C'est avec une certaine nostalgie que je tire un trait sur ma carrière. Qui dit retraite dit aussi dernière chronique.
Pendant quelques années, dans cette page, je vous ai entretenus de ma vie sur le circuit, je vous ai raconté mes voyages, je vous ai parlé de ma passion pour le ski, je vous ai fait partager les hauts et les bas de ma rééducation. Mais c'est maintenant le temps des nouveaux défis.
Pour cette dernière occasion, l'heure est aux remerciements. Et plus particulièrement aux médias québécois qui sont formidables avec le sport amateur. Je crois que cette large couverture contribue à l'excellence dans le sport. C'est très palpable dans cette province.
J'ai grandi en Alberta, ce qui me permet de comparer la popularité et la couverture du sport amateur au Québec et dans l'Ouest.
Ce n'est pas un hasard si la majorité de l'équipe de bosses est québécoise, c'est une bonne indication de ce que font les médias pour le sport. Les jeunes qui regardent la télévision peuvent se rapprocher de leur sport et de leur rêve.
D'ailleurs, Justine (Dufour-Lapointe) me l'a confirmé, dimanche, lors de ma dernière course en Norvège. Justine m'a dit tout l'impact que le fait de me voir à la télé avait eu sur elle et que ce n'était pas la même chose que de regarder des compétiteurs étrangers.
Jennifer Heil
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PC/AP Photo/Mark J. Terrill
Je la comprends parce que c'est le même effet que Jean-Luc Brassard a eu sur moi. Quand il a gagné en 1994, je me suis dit que c'était possible.
À l'époque, j'habitais en Alberta. Jean-Luc, c'était aux Jeux olympiques, donc l'ampleur de la couverture était normale. Mais entre les JO, il y a des Coupes du monde. Chaque fois que j'ai participé à des Coupes du monde ou à des Championnats canadiens au Québec, j'ai été impressionnée par la couverture médiatique.
Le soutien que les médias ont accordé à notre sport m'a apporté beaucoup d'occasions uniques. Je me suis toujours sentie très choyée et appréciée pendant ma carrière.
Je tiens à préciser que j'ai également eu un soutien extraordinaire en Alberta. Mais ici, la couverture médiatique est tellement présente et constante que ça permet aux amateurs de bien suivre et de bien connaître les athlètes. Et c'est justement le plus grand défi des sports amateurs, de faire parler d'eux entre les Jeux olympiques.
Je tourne la page en sachant que le ski acrobatique est entre bonnes mains, qu'il y a une nouvelle génération qui pousse derrière et j'ai très hâte de suivre leur carrière. C'est plus facile pour moi de partir dans pareilles conditions.
Mon seul regret, c'est de n'avoir jamais fait partie d'un podium tout canadien comme les gars l'ont réussi à deux reprises en 2008-2009.
Mes larmes voilent les bosses
Ce n'est pas évident de dire adieu à une partie si importante de ma vie. Le sport a façonné ma personnalité. Heureusement, je peux transposer tout ce que le sport m'a appris dans ma nouvelle vie. J'ai hâte de découvrir le monde sous un autre jour, ce sera sûrement très excitant.
L'émotion a été au rendez-vous durant toute la saison. La veille de la course en Norvège, j'ai remercié Dominick (Gauthier) pour tout ce qu'il avait fait pour moi. Il n'en fallait pas plus pour que je fonde en larmes.
Jennifer Heil
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PC/Sean Kilpatrick
Dimanche, j'essayais seulement de savourer le moment en prenant de grandes respirations. À ma dernière respiration avant de m'élancer sur la piste, je pouvais encore bien sentir l'air glacial de la montagne.
À mon premier duel des bosses en parallèle, j'étais au départ et j'entendais toute l'équipe canadienne m'encourager. Je refoulais mes larmes parce que sinon, je n'aurais pas vu les bosses.
Ironiquement, le souvenir le plus marquant de ma carrière, je l'ai aussi vécu dans un portillon de départ. C'était aux Jeux olympiques de Vancouver. Turin suit de très près au second rang parce que cette fois, je savais que j'étais prête, j'avais fait tout ce qu'il fallait.
À Vancouver, j'ai relevé de nouveaux défis pour m'y rendre, des défis passablement exigeants, et il fallait que j'arrive aux JO dans le bon état d'esprit.
Quand ils ont annoncé mon nom, le bruit qui a émergé de la montagne l'a fait vibrer. J'ai eu la chance de vivre cela. Ç'a été le moment le plus enrichissant de ma carrière, puisque je sentais tout le soutien des Canadiens pour moi et mon sport.
On m'a posé comme question quel héritage je laissais à mon sport? Celui légué par les Jeux de Vancouver, on ne le connaît pas encore. J'ai reçu plein de messages et de photos de jeunes. C'est aussi comme ça que mon rêve a commencé.
Nos succès sportifs à Vancouver ou dans d'autres compétitions permettent aux jeunes de croire en leurs rêves, pas seulement sportifs. Le message, c'est que quand vous y mettez votre coeur et que vous vous attelez à la tâche, vous pouvez réussir.
Sincèrement, un gros merci pour votre soutien.
Jennifer Heil