Samedi matin, je ne croyais jamais que mon retour au pays s'amorcerait avec une tournée des médias. Le plan initial, c'était de rentrer à Calgary dimanche. Disons qu'un titre mondial, ça ne change pas le monde, mais l'agenda.
Des obligations avec les commanditaires et les médias européens, et quelques fêtes m'ont retenu sur le Vieux Continent jusqu'à mardi. Mercredi, tournée médiatique à Montréal, puis jeudi même scénario à Toronto. Et enfin, vendredi, je retrouve ma femme et ma fille à Calgary.
Ce changement de plan a été un peu dur sur le moral de Karen. Depuis des semaines, elle était conditionnée à ce que je revienne dimanche. Cinq jours plus tard, quand ça fait plus d'un mois qu'on ne s'est pas vus, c'est long. Quelques heures encore et on n'en reparlera plus.
Difficile de dire lequel de mon globe de cristal ou de ma médaille d'or me rend le plus fier.
Normalement, je dirais le globe de cristal parce que ça dénote qu'il faut avoir bien skié durant toute la saison. Mais une médaille d'or en descente, ce n'est pas rien non plus. La descente, c'est la discipline reine. Je pense que ce qui pourrait battre les deux, c'est le globe de cristal en descente.
Ça tombe bien parce que l'an passé, j'ai aménagé un espace au-dessus du foyer, hors de la portée de ma fille, pour ranger et exposer mon globe de cristal... mais j'en ai fait deux, juste au cas où! Donc, la médaille va se retrouver, bien en vue, tout à côté. Et il reste encore de la place pour une autre médaille... olympique celle-là.
Erik Guay
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AFP/Christof Stache
D'ailleurs, parlant de JO, j'appuie la candidature olympique de Munich et je me croise les doigts. C'est sûr que si Munich organise les Jeux, je continue jusqu'en 2018... si mon corps me le permet bien sûr. Parce que les épreuves alpines vont se dérouler à Garmisch-Partenkirchen, un endroit qui me sourit (5 podiums en 4 ans, dont 3 victoires)
Cuche le plus menaçant
En franchissant la ligne d'arrivée, j'ai été envahi par plein d'émotions. D'abord, la première chose que j'ai essayé de faire, c'est de rester debout sur mes skis. J'avais les jambes tellement molles que je ne voulais pas me planter devant les gens.
Quand je suis arrivé en bas, je n'étais pas certain de ma performance. Je trouvais que ça allait tellement bien en ski. Souvent quand c'est le cas, on est lent parce qu'on ne pousse pas à la limite, on est juste en contrôle et sur la bonne ligne. Je n'ai pas commis vraiment d'erreurs en descendant, alors je doutais du résultat.
Je me disais que ça ne serait pas si mal. Mais quand j'ai vu la réaction de la foule, je savais que j'avais eu une bonne descente. Je me suis retourné et j'ai vu le feu vert (qui veut dire premier).
Christof Innerhofer était 2e, ça allait être sa troisième médaille aux mondiaux, il skiait très bien, j'ai alors cru en mes chances de médaille... pas l'or, juste une médaille.
Quand je voyais les gars descendre et qu'ils étaient à deux secondes de mon temps, surtout Aksel Lund Svindal, la victoire est devenue palpable.
Mais il restait encore Didier Cuche. En haut du parcours, il détenait 32 centièmes d'avance. J'ai dit : "Ah! non, il va me battre encore. Bon, je ne peux rien faire." Mais il s'est mis à ralentir. Et quand il a franchi la ligne, j'ai crié : "Yé." Et j'ai levé les bras et les poings dans les airs, tellement que j'ai renversé mon Red Bull partout.
Didier Cuche
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PC/AP/Alessandro Trovati
C'était vraiment Cuche que je craignais le plus. Une fois Cuche passé, je pensais que ça commençait à être dans la poche. Il restait encore Bode Miller, considéré un peu comme un négligé pour cette course-là. Mais avec lui, on ne sait jamais. Il est capable de briller dans les grands moments, on l'a vu aux JO l'an dernier.
Mais en ski, on ne sait jamais ce qui peut arriver. Je me gardais donc une petite réserve au cas où un gars arriverait de nulle part et me devancerait.
Alors, tant que le dernier compétiteur n'a pas fini sa course, je suis resté tendu et nerveux. Mais en même temps, je ne comprends pas pourquoi on est nerveux dans pareille situation. Que peut-on faire? Sauf attendre que les gars descendent.
Relaxer avant le départ
En tout cas, c'est la meilleure sensation au monde, quand tu arrives en bas, que tu as eu une bonne manche, sur une piste difficile, et que tu te retrouves dans le siège du meneur.
Une fois ma médaille assurée, j'ai commencé à accorder une série d'entrevues. J'ai pris un petit 10 secondes entre deux entretiens pour téléphoner à ma femme Karen pour lui dire que je l'aimais, que je pensais à elle et que je ne pourrais peut-être pas la rappeler avant un petit moment à cause des entrevues.
Ensuite, en route pour l'antidopage, j'ai eu deux petites minutes pour téléphoner à mes parents. Mon père m'a bien fait rire. Déjà, il analysait ma course. Il me disait que j'avais très bien skié, que ça avait l'air fluide. Il m'a également félicité, bien sûr.
Malgré un dos souffrant, je skiais bien depuis quelques courses, même à Hinterstoder (Coupe du monde) juste avant les mondiaux. Mon ski était là, mon moral un peu moins parce que l'équipe est décimée par les blessures.
Ça n'a pas bien fonctionné dans le super-G à Garmisch parce que j'ai voulu compenser une erreur. Si je ne le faisais pas, j'aurais fini peut-être 4e, 5e ou 6e, et ça ne m'intéressait pas. J'ai joué à tout ou rien, et j'ai perdu.
Dès le lendemain du super-G, je me sentais d'attaque et relaxe pour les descentes d'entraînement. Jeudi, j'ai fini 9e, puis 4e le lendemain. Je savais que j'étais dans le coup, que j'avais de bonnes chances, mais je me considérais quand même comme un négligé, ce qui m'enlevait de la pression comparativement à des gars comme Cuche, Svindal ou (Michael) Walchhofer.
Erik Guay
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AFP/Fabrice Coffrini
Depuis quelques semaines, je travaille à relaxer au départ, à me changer les idées. Et c'est exactement ce que j'ai fait avant la descente. J'ai jasé avec Innerhofer, je n'ai pas pensé au ski et ça m'a beaucoup aidé.
Auparavant, je passais la descente dans ma tête 600 fois. De quelle façon vais-je attaquer, vais-je skier, vais-je amorcer tel virage, vais-je gérer ma précision? Quand j'agis de la sorte, ça me tend parce que je veux trop. Je prends le départ super raide et il ne faut pas skier de cette façon. Surtout que ma force, c'est quand je skie détendu et souple, comme un chat. D'ailleurs, mon entraîneur me dit toujours : « Trouve le chat. »
Il faut que je croie assez en moi, à mon instinct, pour savoir que je suis capable de skier de la sorte quand je prends le départ. Le travail avec un psychologue durant l'été m'a aidé dans cet aspect de la course.
Je suis encore un peu sur mon nuage. Ce sont de belles sensations, de belles émotions. La seule différence, c'est que l'an dernier, quand j'ai gagné le globe, ma saison était terminée. Là, il me reste encore quatre courses. J'aimerais quand même bien finir ma saison, cette année, ça n'a pas toujours été facile avec mes problèmes de dos.
Je repars pour l'Europe le 1er mars. D'ici là, je vais soigner mon dos à Calgary tout en m'entraînant avec mon père et mon frère Stefan qui viendront me rejoindre.
À bientôt.