Indignation dans le dossier Mathieu Giroux

Mathieu Giroux Mathieu Giroux

Les réactions ont été nombreuses, mardi, dans le conflit qui oppose le médaillé d'or olympique Mathieu Giroux à Patinage de vitesse Canada.

Un texte de Jean-Patrick Balleux

On sait que le patineur de vitesse longue piste souhaiterait poursuivre ses études en pharmacie jusqu'au printemps prochain à Montréal, alors que sa fédération veut le voir dès maintenant soit à Calgary, soit à Québec, où se trouvent des centres nationaux d'entraînement.

En conséquence, Patinage de vitesse Canada l'a exclu de l'équipe nationale.

L'histoire essentiellement sportive s'est déplacée sur le terrain de jeu politique. Mardi après-midi, le ministre canadien des Sports, Bal Gosal, s'est fait apostropher lors de la période des questions à la Chambre des communes par le Bloc québécois. Essentiellement, le député André Bellavance a demandé au gouvernement d'intervenir.

« Nous voulons que nos athlètes soient couronnés de succès sur la scène internationale, a répondu Gosal. Ces décisions relèvent des organisations sportives qui sont responsables de la préparation des athlètes pour les compétitions. »

À sa sortie de la Chambre, le chef du BQ, Daniel Paillé, en a ajouté : « On a demandé au gouvernement. Il refuse de mettre ses culottes. Nous demandons à Marcel Abut, président du Comité olympique canadien (COC), de se lever debout, de faire preuve d'autorité et de faire en sorte que Mathieu (Giroux) soit à la fois intégré dans l'équipe canadienne et qu'il puisse finir ses études en pharmacie à Montréal. »

Au COC, le directeur des communications, Dimitri Soudas, s'en remet à la fédération en disant dans un communiqué que « nous estimons que cette affaire concerne uniquement l'athlète et sa fédération nationale de sport ».

Pendant ce temps, François-Olivier Roberge, un ancien collègue de Mathieu Giroux, se demande si les gens n'ont tout simplement pas oublié la vraie question. Patinage de vitesse Canada a-t-elle le droit d'exiger que son patineur s'entraîne sous la supervision de son personnel, s'il reçoit des subventions de 1500 $ par mois par l'entremise de son brevet d'athlète?

Denny Morrison, Lucas Makowsky et Mathieu Giroux Denny Morrison, Lucas Makowsky et Mathieu Giroux  Photo :  AFP/AFP PHOTO/DIMITAR DILKOFF

Rappelons qu'après la médaille d'or en poursuite de l'équipe canadienne aux Jeux de Vancouver, Giroux avait eu la permission de s'entraîner seul dans le sous-sol de la maison de ses parents à Montréal. Pour vivre les sensations sur la glace, il patinait quelques fois par semaine à l'aréna Maurice-Richard avec certains membres de l'équipe nationale de courte piste.

Roberge, ancien membre de l'équipe canadienne de longue piste pendant cinq ans, comprend cependant la fédération de vouloir garder un certain contrôle sur son athlète, classé 2e au Canada au 1500 m.

« Mathieu a prouvé qu'il se connaît très bien et de quoi il a besoin pour gagner. En ce moment, il juge que le mieux pour lui est de rester à Montréal et de poursuivre ses études, ce qui est très noble, lance Roberge. C'est triste que ça se passe en ce moment avec le patin. Je ne comprends pas le timing. On lui a permis de s'entraîner à Montréal pendant deux ans et maintenant, on le retire de l'équipe. J'ai de la misère à comprendre. »

Réactions du milieu scolaire

Denny Morrison, Lucas Makowsky et Mathieu Giroux Denny Morrison, Lucas Makowsky et Mathieu Giroux  Photo :  PC/AP Photo/Chris Carlson

Le milieu scolaire a aussi réagi à l'expulsion de Mathieu Giroux de l'équipe canadienne. À la faculté de pharmacie de l'Université de Montréal, Mme France Pérusse, conseillère en gestion des études, rappelle que Giroux est un élève modèle depuis son entrée dans le programme en 2005 et que tout a été fait pour lui permettre de concilier sa carrière sportive et ses études de doctorat de premier cycle (programme de quatre ans). Si tout va bien, et aucune raison ne laisse croire le contraire, le patineur doit obtenir son diplôme à l'automne 2014.

À la Fondation de l'athlète d'excellence du Québec, qui fait la promotion du sport et des études de haut niveau, le vice-président Jean-Marc Chouinard s'est dit choqué de la situation, d'autant plus que Mathieu Giroux est un ancien boursier de la Fondation.

« C'est un très mauvais message [lancé aux athlètes tentés de poursuivre des études]. On sait que la persévérance scolaire est un objectif que poursuivent plusieurs athlètes. C'est la raison pour laquelle il faut tenter de trouver une solution pour qu'ils réussissent à atteindre ces deux objectifs que sont le sport et les études.

« Nous croyons que c'est possible, la preuve est que plusieurs y arrivent. C'est dommage que l'on mette des obstacles dans les roues de certains athlètes comme dans le cas de Mathieu Giroux », a dit Chouinard, lui-même un ancien étudiant-athlète.

« Didacture cachée »

Les réactions sont aussi nombreuses de la part d'athlètes sur les médias sociaux. L'ancien skieur acrobatique Pierre-Alexandre Rousseau parle de « dictature cachée du sport au Canada ».

Giroux a aussi obtenu l'appui de collègues de l'équipe nationale de courte piste, Olivier Jean et Guillaume Bastille notamment, qui ont remporté l'or du relais aux Jeux de Vancouver.

Rappelons que Mathieu Giroux entend réintégrer l'équipe canadienne lors des essais nationaux de janvier.

Aux Championnats du monde en mars, le même trio qui avait remporté l'or aux Jeux de 2010, Denny Morrison, Lucas Makowsky et Giroux, a gagné l'or à Heerenveen, aux Pays-Bas. Sans le Montréalais, l'équipe a été incapable de monter sur le podium lors des Coupes du monde qui se sont déroulées depuis les mondiaux.