
Guy D'Aoust couvre les sports et les Jeux olympiques depuis plusieurs années à l'antenne de Radio-Canada. Il collabore souvent à Au-dessus de la mêlée lorsqu'il est question de hockey.
Carnet de voyage
20 mars 2006 - Jessica Dubé et Bryce Davison ont causé une surprise en se qualifiant pour les Jeux olympiques lors des derniers championnats canadiens. On les voyait quatrièmes, peut-être troisièmes. Ils ont pris la deuxième place et sont partis pour Turin. On leur souhaitait de s'amuser aux jeux, rien de plus. C'était d'ailleurs leur objectif. À Turin, ils ont patiné sans pression et surpris tout le monde avec un top 10.
![]() Photo: AFP/Yuri Cadobnov Les Canadiens, Jessica Dubé et Bryce Davison, 10es aux Jeux de Turin |
Les voilà aux championnats du monde, à Calgary. Devant leur public, ils ont patiné peu de temps après les Russes Petrova et Tikhonov. La pression? Connaissent pas. Ils ont encore une fois très bien patiné. Ils ont réalisé la meilleure performance de leur carrière au programme court.
Mieux encore qu'à Turin. On a encore été surpris par un tel aplomb. Mais ça s'achève. La surprise s'effrite à mesure qu'ils relèvent la barre. Et ils le font chaque fois qu'ils sautent sur la patinoire. Chaque fois plus haut, chaque fois meilleurs, Jessica et Bryce nous font les plus belles des promesses.
Comme Marcoux et Buntin
Valérie Marcoux et Craig Buntin étaient contents aussi. Plus contents que soulagés. Ils ne voulaient pas commettre les mêmes erreurs qu'aux championnats canadiens ou aux Jeux olympiques.
Ils ont présenté un programme court sans faille et récolté une note technique remarquable. Malgré des notes de composition moyenne (sur lesquelles ils auraient pu rechigner s'ils n'étaient pas si bien élevés), ils vont entreprendre le programme libre, mercredi, en excellente position... Ils ont patiné comme ils en sont capables. Comme Valérie Marcoux et Craig Buntin, quoi.
Ailleurs, Emanuel?
Emanuel Sandhu a encore trébuché. Deux, trois, quatre, cinq erreurs... On regardait ailleurs à la fin. On ne comptait plus. C'était triste à périr. À force de parler de son talent exceptionnel et de ses contre-performances répétitives, on finit par se demander ce qu'il reste à espérer de l'un des deux patineurs actifs à avoir déjà battu Plushenko à la loyale. C'était lors de la finale des grands prix de l'Union internationale, en 2003.
Son entraîneuse, Joanne McLeod, a été harcelée de questions. Elle est fatiguée, elle aussi, d'entendre les mêmes questions, les mêmes histoires. Elle a prononcé une phrase lourde de sens: « On a conseillé à Emanuel d'aller ailleurs. » Hum...
![]() Photo: Agence France Presse/Mladen Antonov Emanuel Sandhu |
La moitié des journalistes présents a compris que Sandhu devrait s'éloigner du patinage, pour un temps du moins. L'autre moitié a plutôt compris qu'on lui conseillait de changer d'entraîneuse... Qui a raison? Mais que ce soit les uns ou les autres, pas d'importance. Quel que soit cet « ailleurs », de grâce, Emanuel, vas-y!
Cranston à la rescousse
Shawn Sawyer, du Nouveau-Brunswick, qui s'entraîne maintenant à Montréal, n'a pas très bien patiné lui aussi. De l'aveu de son entraîneuse, Annie Barabé, ça ne plaît guère à Shawn, pas plus qu'aux autres d'ailleurs, de devoir offrir son programme long deux fois plutôt qu'une.
Seuls les mondiaux et les championnats canadiens exigent une qualification au cours de laquelle les patineurs doivent exécuter leur programme libre une première fois, pour une note comptant pour 25 % du total. Puis, vient le programme court et à nouveau le libre...
Shawn a dû s'entraîner à 6 h 30 lundi matin. Ça augurait déjà mal puisqu'il a connu un entraînement cousu d'erreurs et d'imprécisions. Et ça ne s'est pas amélioré en compétition.
Il est ressorti de la patinoire furieux, déçu et un peu démoralisé. Quand il s'est approché de la zone d'entrevues, il regardait par terre, l'air meurtri.
Et tout à coup, voilà Toller Cranston qui s'amène. Le grand patineur canadien, membre du temple de la renommée de l'Union internationale et médaillé de bronze aux Jeux d'Innsbruck en 1976, s'est interposé entre Shawn et les journalistes. Il a serré la main de Sawyer, lui a parlé doucement, en souriant. Il lui a notamment dit de ne jamais baisser la tête.
Ce n'était pas prévu. Pas du tout. L'entretien a duré moins de deux minutes. Mais c'est un Shawn Sawyer plus détendu qui s'est ensuite adressé aux médias. Maintenant, si Toller pouvait passer un ou deux mois avec Sandhu...
Dubreuil Lauzon à 85 %
En danse, Patrice Lauzon et Marie-France Dubreuil patineront parmi les premiers lors des imposés, mardi. Marie France se dit rétablie à 85 % de la blessure qu'elle a subie lors de sa désormais célèbre chute à Turin.
Ils offriront ici le même programme original qu'aux Jeux olympiques. Tenteront-ils encore cette manoeuvre de haute voltige qui les a sortis de la compétition? Non. Deux fois non. Le reste de la prestation sera identique. Mais ils ne veulent pas l'exécuter en pensant constamment à cette manoeuvre, la dernière de leur programme.
Ils vont donc puiser dans leur « vaste » répertoire et la remplacer par une autre figure qu'ils maîtrisent bien et qui vaut presque autant de points. Sage décision.
Monteront-ils sur le podium? Ils espèrent bien! Quant à la retraite dont ils parlent depuis quelques mois, ils ne prendront pas de décision avant l'été. Alors, à moins d'une surprise, ce n'est pas ici qu'on leur fera nos adieux.
À demain!