Congédié, mais reconnu

Terry Murray Terry Murray  Photo :  Phantoms des Adirondack/Andy Camp

Samedi après-midi, dans une ambiance festive à Los Angeles, joueurs et dirigeants des Kings recevaient le plus beau cadeau de leur vie, le couronnement de mois, voire d'années de travail acharné : une bague de la Coupe Stanley.

Terry Murray, lui, n'était pas à Hollywood, mais plutôt à Worcester, une localité de 100 000 habitants située en plein milieu du Massachusetts. Le vétéran entraîneur-chef n'y est pas arrivé par avion, mais en autobus. Et ce jour-là, il était bel et bien derrière le banc d'une équipe, mais devant 6959 spectateurs plutôt que 18 545.

Bienvenue dans la nouvelle vie de Terry Murray, un entraîneur-chef avec 1012 matchs d'expérience dans la Ligue nationale, dont les équipes ont raté les séries seulement 2 fois en 15 ans dans la LNH.

Murray a été congédié en décembre 2011 par les Kings de Los Angeles qui, quelques mois plus tard, allaient remporter la Coupe Stanley.

Murray a pris cette saison cette drôle de voie qu'est la Ligue américaine, à la tête des Phantoms des Adirondacks, la filiale des Flyers de Philadelphie. L'équipe se produit au Civic Center de Glens Falls, un amphithéâtre un peu rustique de 5000 places, vieux de 35 ans, situé dans le plus petit marché de la Ligue américaine. Pas exactement le Staples Center...

Il s'agit pour lui d'un retour aux sources, après avoir dirigé les Flyers de 1995 à 1997, en plus d'avoir occupé un rôle d'adjoint de 2003 à 2008. Il a aussi porté l'orangé en tant que joueur, sporadiquement, entre 1975 et 1981.

Des séjours à Washington (1990-1994) et en Floride (1998-2000) ont également ponctué sa carrière.

« J'avais d'autres options pour rester dans la Ligue nationale, raconte le natif de Shawville, au Québec, dans un entretien avec Radio-Canada Sports plus tôt cette saison. Mais j'ai reçu un appel de Paul Holmgren. En tant qu'ancien joueur et entraîneur des Flyers, je connais beaucoup de monde dans l'organisation. Je me sentais à l'aise en venant dans la Ligue américaine. Je sais comment bâtir une équipe, je peux aider avec l'expérience des matchs. C'est excitant comme défi. »

Des joueurs fraîchement sortis des rangs juniors se retrouvent donc avec un vieux routier pour les diriger. Et même si les résultats sont peu probants (fiche de 17-19-2, avant-derniers dans l'Est), son expérience est valorisée.

« L'organisation s'était assurée de bien nous encadrer en cas de lock-out, croit l'attaquant des Flyers Sean Couturier, employé durant 31 matchs par les Phantoms cette saison. C'est bien d'avoir un gars d'expérience, il est un bon professeur pour enseigner aux jeunes. »

On ne passe pas de la LNH à la LAH sans changer un tant soit peu son style. « Je dois être plus patient », reconnaît Murray. Et surtout, il doit se mettre en mode enseignement.

« Ici, on joue le samedi, et ensuite, on peut seulement rejouer le vendredi. C'est une ligue de développement, on a le temps d'amener les joueurs sur la glace et de les faire répéter. Tu dois rester plus longtemps sur la patinoire et leur faire comprendre qu'ils doivent garder un rythme élevé sur une longue période. »

La fameuse bague

Même s'il défend maintenant les couleurs d'une organisation ennemie, Murray a donc eu droit à sa bague de la Coupe Stanley. Il faut d'abord comprendre qu'à son congédiement des Kings, il est demeuré à l'emploi de l'équipe.

« J'aidais Ron Hextall (le DG adjoint). Je regardais jouer Manchester (la filiale des Kings), il voulait mon opinion. Et j'ai suivi les séries dans l'Est, j'assistais aux matchs des Devils (finalistes face aux Kings). »

Et il avait modelé, dans un certain sens, cette jeune équipe championne pendant ses trois saisons et demie passées derrière le banc des Kings. Des 20 joueurs en uniforme le 11 juin, soir de la grande conquête, 8 étaient âgés de 25 ans ou moins.

« Terry a montré à plusieurs de nos joueurs la vraie façon de jouer, a commenté Hextall. Il a joué un rôle central dans la fondation de notre équipe qui a ensuite gagné la Coupe Stanley. Il a pleinement mérité sa bague et notre organisation croyait qu'on la lui devait. »

La direction des Kings souhaitait même inscrire son nom sur la Coupe Stanley, mais la LNH demande traditionnellement aux équipes de limiter la liste d'heureux élus à 52.

Pour Murray, la bague suffit amplement.

« J'ai eu vent qu'on voulait y inscrire mon nom. Mais quand tu gagnes la Coupe, il y a tellement de gens liés à l'équipe depuis des années, tu ne les connais même pas tous! Tu es limité dans le nombre de gens et cette liste se remplit rapidement. Tu as des recruteurs, beaucoup de gens en coulisse. On comprend que ce n'est pas tout le monde qui peut inscrire son nom. C'est la vie. Tu passes à autre chose. »