Le lock-out vu de l'Est

Deux continents, deux réalités

Michal Neuvirth Michal Neuvirth  Photo :  HC Sparta / Jan Benes

Radio-Canada Sports présente cette semaine, en provenance de Moscou et de Prague, une série de textes sur l'impact de l'exode des joueurs de la LNH vers l'Europe. Aujourd'hui : deux continents, deux réalités.

PRAGUE - Pas de doute, la vie de hockeyeur en Europe est bien différente de celle dans la Ligue nationale.

Un texte de David Gagné-Côté

À la fin de chaque match du HC Slavia de Prague, les joueurs remercient leurs partisans d'une manière bien particulière, qui n'a rien à voir avec ce qui se fait en Amérique du Nord.

Après la traditionnelle poignée de main entre les deux équipes, les joueurs du HC Slavia se dirigent vers leur ligne bleue. Ils s'y assoient côte à côte, jambes étendues devant eux, face aux partisans qui se sont déplacés pour les encourager et qui, lors des matchs disputés dans d'autres villes du circuit, sont réunis dans une section des gradins bien spécifique derrière l'un des filets.

« Qu'il y ait 20 ou 500 partisans, à la maison ou sur la route, la routine est la même, confie un représentant de l'équipe. Les joueurs remercient leurs fans. »

Un habitué du hockey nord-américain ne pourrait alors prédire ce qui est sur le point de se produire.

Durant environ 45 secondes, le fan-club de l'équipe chante trois ou quatre refrains, après quoi les joueurs se lèvent, brandissent leurs bâtons dans les airs deux ou trois fois avant de s'élancer pour la grande finale.

Quelques coups de patin et hop, tous les joueurs se lancent sur la glace. Pendant que certains glissent, d'autres plongent pour retomber sur le ventre.

Il arrive souvent que le gardien, Miroslav Kopriva ou Dominik Furch, revienne faire un deuxième plongeon, au grand plaisir des amateurs patients restés sur place.

Rien à voir avec les quelques salutations lancées parfois après les matchs de la LNH.

Foules et repas d'avant-match

Les différences se vivent sur plusieurs plans pour les joueurs qui ont choisi l'Europe, plus particulièrement la République tchèque, comme terre d'accueil pendant le lock-out dans le circuit Bettman.

« On transporte notre équipement et nos bâtons. Ici, en Europe, il y a peu de personnel pour s'occuper de nous. Alors, on doit le faire nous-mêmes, explique Vladimir Sobotka, des Blues de St. Louis, qui porte temporairement l'uniforme du HC Slavia. C'est sûrement la plus grosse différence entre l'Amérique du Nord et l'Europe.

« Je vois mes parents beaucoup plus souvent, mon frère, mes amis, ajoute l'athlète originaire de Trebic, à une heure et demie de voiture de Prague. C'est probablement le plus gros avantage présentement, mais je m'ennuie beaucoup du hockey américain et de la LNH. »

Sobotka affirme quand même trouver excitant le fait d'affronter les meilleurs joueurs de sa nationalité.

De son côté, le gardien de but des Capitals de Washington Michal Neuvirth, maintenant avec le HC Sparta, lance avec le sourire que « les foules et les repas d'avant match » sont ce qui lui manque le plus.

Comme les autres joueurs d'origine tchèque, Neuvirth dit aimer jouer dans son pays d'origine, mais il s'ennuie de la LNH. « Washington est une organisation de haut niveau, dit-il. Tout ce dont nous avons besoin est mis à notre disposition. C'est un peu différent ici. »

Sans qu'il fournisse de détails, on peut facilement s'imaginer ce à quoi il fait référence : les meilleurs médecins, physiothérapeutes, entraîneurs physiques, psychologues sportifs et nutritionnistes. C'est peut-être ce qui l'a mené à corroborer les propos de Roman Hamrlik cette semaine après que ce dernier eut critiqué le directeur de l'Association des joueurs de la LNH, Donald Fehr, pour son attitude dans les négociations.

Comme il a l'expérience de la LNH, Neuvirth sait que les attentes ici, à Prague, sont élevées. « Tout le monde s'attend à ce que tu joues à ton mieux, dit-il. C'est loin d'être facile. »

Il ajoute que la taille de la patinoire, plus grande, force aussi les gardiens à s'adapter à l'angle des lancers.

Advenant la fin prochaine du conflit de travail, les nouvelles seraient bonnes pour l'organisation des Capitals, assure le gardien. « Je me sens bien maintenant. J'ai confiance en moi et je crois que je devrais avoir un avantage sur les gardiens qui n'ont pas joué avec des formations professionnelles. »

Ex-Sénateur d'Ottawa échangé aux Panthers de la Floride en juillet dernier, le défenseur Filip Kuba, qui porte l'uniforme du HC Vitkovice Steel d'Ostrava, la troisième ville tchèque, fait référence à l'autobus quand on l'interroge sur les principales différences entre sa vie en Europe et en Amérique du Nord.

« On voyage la même journée que les matchs, on prend toujours l'autobus, on s'occupe de notre équipement. Mais c'est comme ça. C'était la même chose quand j'étais plus jeune. »