Le lock-out vu de l'Est

L'effet Jagr à Kladno

Jaromir Jagr Jaromir Jagr  Photo :  iSport.cz

Radio-Canada Sports présente cette semaine, en provenance de Moscou et de Prague, une série de textes sur l'impact de l'exode des joueurs de la LNH vers l'Europe. Aujourd'hui : les répercussions en République tchèque.

PRAGUE - Quel est ton joueur de hockey préféré? « Jagr », « Jagr », « Jagr », « Plekanec », « Vokoun », « Jagr », « Kaberle », « Plekanec », « Jagr ».

Un texte de David Gagné-Côté

En République tchèque, Jaromir Jagr est l'équivalent de Wayne Gretzky ou de Sidney Crosby. Partout où il se déplace avec l'équipe dont il est joueur et propriétaire, le Rytíÿí Kladno (en français, rytíÿí signifie chevalier), il remplit les arénas.

Un représentant du HC Slavia, contre qui jouait le Rytiÿi mardi, affirme que sans Jagr et les autres joueurs de la LNH avec ces deux équipes (Tomas Kaberle, Jiri Tlusty et Marek Zidlicky avec Kladno, Vladimir Sobotka pour le HC Slavia), c'est tout au plus 3000 ou 4000 fans qui auraient assisté au match à l'O2 Arena de Prague.

Mais grâce au lock-out qui sévit dans la Ligue nationale, 15 000 personnes se sont déplacées pour voir la rencontre.

D'ailleurs, cette année, Kladno joue à guichets fermés à domicile. Pourtant, la saison dernière, l'équipe montrait la pire moyenne d'assistance de toute l'Extraliga, le meilleur circuit de hockey du pays.

Deux facteurs expliquent cette situation.

D'abord, à l'époque, Jaromir Jagr était en Amérique du Nord, avec les Flyers de Philadelphie, et non à Kladno.

Les 33 km qui séparent Kladno de Prague constituent l'autre explication. Étant donné la proximité de la capitale, les entreprises hésitent à investir en commandites dans la ville où Jagr, Plekanec et Kaberle brillent généralement par leur absence. Un faible nombre de commandites signifie de plus faibles revenus. Les propriétaires doivent donc se contenter de présenter moins de talent sur la patinoire. Et une équipe moins talentueuse, évidemment, n'attire que peu de partisans dans les estrades.

Le lock-out à saveur européenne

Pour les amateurs de hockey d'ici, la présence de joueurs de la LNH cette année, c'est du bonbon.

J'ai demandé à de nombreux partisans s'ils seraient contents de voir le lock-out durer toute la saison. La plupart d'entre eux, un peu gênés, répondaient simplement par un sourire. Souvent, le langage non verbal parle beaucoup plus fort que les mots...

Si la fin du lock-out signifie la perte de l'équivalent d'une équipe complète de joueurs de la LNH, qui sont actuellement répartis dans une ligue à 14 équipes, les amateurs soulignent qu'une entente entre l'Association des joueurs et la LNH ne serait pas non plus la fin du monde. Ils redirigeraient simplement leur attention vers la LNH, dont certains s'ennuient.

Par contre, étant donné le décalage horaire, regarder des matchs de la LNH en direct est difficile. Quand le Canadien joue à Montréal un samedi soir à 19 h, il est 1 h à Prague. Pour un partisan pragois des Canucks de Vancouver, c'est encore pire.

Des emplois perdus?

Qu'en est-il des joueurs rétrogradés en raison de l'arrivée des joueurs venant d'Amérique?

Les seuls qui soient touchés par cette réalité sont des joueurs de quatrième trio.

Les autres victimes de cette arrivée massive de joueurs vedettes sont certains employés administratifs des équipes tchèques. En effet, des directeurs marketing ou directeurs des communications ont possiblement vu leur charge de travail modifiée, voire alourdie.

Aussi cher à Prague

Au Centre Bell, tous les billets des niveaux 100 et 200 coûtent plus de 150 $. À Prague, le prix du billet varie entre 20 et 260 Kÿ, soit entre 1 $ et 13 $. Une aubaine? Pas si vite.

Dans la capitale tchèque, le salaire mensuel moyen brut est de 1600 $. Ailleurs au pays, il est de 1200 $. C'est environ 350 $ par semaine avant impôts. Le billet de hockey est soudainement plus cher, pas vrai?

À Prague comme à Montréal, le hockey est un sport dispendieux. À un endroit comme à l'autre, c'est un cercle vicieux qui débute par des entreprises et des amateurs prêts à débourser des sommes d'argent folles pour voir jouer leurs idoles qui, en retour, demandent des salaires faramineux aux propriétaires qui, eux, veulent faire plus d'argent. À ce chapitre, la différence entre la République tchèque et la LNH n'est peut-être pas si grande.

Car même si le hockey de ce calibre demeure un produit de luxe, ils sont quand même des milliers à mettre la main dans leur poche pour avoir la chance de voir Jaromir Jagr de leurs propres yeux.