Craig Anderson et la consécration du gardien moyen

craig-anderson Craig Anderson félicité par ses coéquipiers le 18 avril 2010  Photo :  AFP/Getty Images/DOUG PENSINGER

Confession : je ne connaissais pas vraiment Craig Anderson avant le 18 avril 2010.

Un texte de Antoine Deshaies

J'avais entendu son nom sans vraiment m'y attarder. Après tout, Anderson disputait une première saison comme premier gardien après près d'une décennie à partager son temps entre le devant du filet, le bout du banc et les glaces de la Ligue américaine.

Bref, le type de gardien pas nécessairement à la mode dans les pools de hockey.

Anderson, et ses coéquipiers de l'Avalanche, affrontaient les Sharks de San José. La série est égale 1 à 1 et Denver accueille un premier match.

Ce soir-là, Craig Anderson s'est transformé en Patrick Roy, si on veut le comparer à un gardien plutôt connu au Colorado.

Canardé de 51 tirs, « poivré » de tous bords tous côtés, Anderson n'a jamais cédé contre le banc de requins qui voulaient sa peau. Résultat : 51 arrêts sur 51 tirs et une victoire de 1 à 0 en prolongation, 21 arrêts en deuxième période, 21 en troisième, dont 15 en infériorité numérique seulement.

Ironiquement, le but vainqueur a été l'oeuvre de Dan Boyle, le défenseur des Sharks. Sa passe à l'aveuglette s'est frayé un chemin entre les jambières d'Evgeni Nabokov.

Comme quoi, le brio d'Anderson a peut-être tellement découragé les Sharks qu'ils se sont résignés à marquer contre leur camp. Cette hypothèse n'a toutefois jamais été confirmée.

Une ovation monstre

Au-delà des arrêts spectaculaires et des statistiques, c'est l'ovation de la foule après le match pour Anderson qui m'a donné des frissons. À 3000 kilomètres du Pepsi Center, en sirotant une autre boisson gazeuse de la même couleur, je trouvais la réaction des amateurs tellement belle.

Anderson a dû attendre une grosse minute avant de pouvoir répondre à une première question du reporter sur la glace tellement les amateurs étaient intarissables. Une ovation spontanée, méritée.

Disons qu'il fallait vraiment manquer de coeur ce soir-là pour courir à la sortie, pour éviter la congestion à la sortie de l'aréna, au lieu de rester à applaudir le héros du jour.

Les premiers commentaires d'Anderson? « Mes coéquipiers m'ont aidé ce soir. Ils ont bloqué beaucoup de tirs et m'ont laissé voir les autres venir... » Une réponse typique d'un héros pas habitué de l'être.

Ses commentaires dans le vestiaire sur l'ovation? : « C'est mieux que des huées... Je n'aurais pas été heureux d'être hué ce soir. » Très vrai.

Anderson est resté sur son nuage quelques jours de plus. Au match suivant, il a bloqué 43 des 45 tirs de l'adversaire, mais les Sharks l'ont emporté en prolongation.

Au cinquième, il a été retiré du match en troisième période après avoir accordé cinq buts.

L'année suivante, il est passé aux Sénateurs d'Ottawa à qui il rend de précieux services contre les Rangers.