Séries 2012

Dryden : l'improbable conquête

Ken Dryden Ken Dryden dans sa pause coutumière  Photo :  PC/FILE

J'avais 11 ans. J'étais pensionnaire dans un collège de Saint-Bruno. Les Bruins de Boston faisaient la loi et le Canadien peinait à tenir la cadence à l'approche des séries éliminatoires.

Un texte de Jean-François Chabot

On dirait que je vous parle de la saison 2010-2011, mais les images et les exploits auxquels je pense sont plus anciens de quatre décennies complètes. Le temps passe, mais dans mon esprit les prouesses de Ken Dryden restent.

Quand Dryden s'est amené à Montréal, l'entraîneur-chef Al McNeil avait perdu confiance en ses deux gardiens partants Rogatien Vachon et Philippe Myre.

Le grand gringalet de 1,93 m (6 pi 4 po), produit de l'Université Cornell, se voit confier le filet pour six des derniers matchs de la saison du Canadien.

Au cours de ce premier test, Dryden signera six victoires et n'accordera que neuf buts. Le Tricolore avait affornté les Bruins deux fois à la fin du calendrier, mais McNeil s'était bien garder de faire jouer Dryden. Résultat deux revers cuisants de 6 à 3 et 7 à 2 imputés aux fiches de Vachon et de Myre.

Le tout pour le tout

Qu'à cela ne tienne. C'est Dryden que McNeil envoie dans le feu de l'action quand s'ouvre la demi-finale de la Division est au Gardens de Boston. Dryden connaît bien cet édifice pour y avoir disputé des matchs dans les rangs universitaires. Mais on ne donne pas cher de la peau du Tricolore contre une équipe qui vient d'inscrire 399 buts en 78 rencontres...

Phil Esposito (76 buts et 76 passes), Bobby Orr (37 buts, 102 passes), Johnny Bucyk (51 buts et 65 passes) et Ken Hodge (44 buts et 62 passes) ont dominé la ligue et terminé dans cet ordre au classement des pointeurs. Pour faire bonne mesure, Wayne Cashman (21-58), John McKenzie (31-46) et Fred Stanfield (24-52) étaient aussi membres du top 10.

Contre toute attente et inspiré par la tenue de Dryden, le Canadien a renversé la puissante machine des Bruins. Le deuxième match de la série est passé à l'histoire. En retard 2-5 après 40 minutes, Montréal avait vaincu Boston 7 à 5. N'ayant plus droit à l'erreur, le Tricolore a mis la main sur les deux derniers matchs pour remporter la série en sept rencontres devant les partisans des Bruins médusés.

Ken Dryden en 1971 Ken Dryden en finale de 1971 contre Chicago  Photo :  PC/Archives

Ce triomphe a été la pierre angulaire de la 16e conquête de la Coupe Stanley du Canadien. Après Boston, Montréal a eu besoin de six matchs pour éliminer les North Stars du Minnesota avant de vaincre une autre puissance, les Blackhawks (Black Hawks à l'époque) de Chicago en sept matchs en finale.

C'était au tour de Bobby Hull et de son frère Dennis, de Stan Mikita, de Richard « Pit » Martin, de Jim Pappin, de Keith Magnuson et de Tony Esposito de mordre la poussière en se heurtant à Dryden. À 23 ans, ce dernier devenait une vedette instantanée en ramenant la Coupe à Montréal.

Gagnant du trophée Conn-Smythe à titre de meilleur joueur des séries, celui que l'on surnommait « la Pieuvre » en raison de ses longs membres demeure, à ce jour, le seul joueur de l'histoire à avoir obtenu cet honneur avant de recevoir le titre de recrue de l'année et le trophée Calder.

Malgré les acrobaties et les arrêts souvent miraculeux, l'image de Dryden, les bras et le menton appuyés sur son long bâton, calme et en contrôle, est celle qui persiste. Elle le représente à jamais pour tous ceux qui, comme moi, ont eu la chance d'assister à ses spectaculaires débuts dans la LNH.