Un match entre les Redmen de McGill et les Stingers de Concordia
Dans l'ombre du Canadien et de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, le hockey universitaire peine à faire sa place, à trouver sa niche.
Un texte d'Antoine Deshaies
Dans l'indifférence quasi générale, les universités McGill, Concordia et de Trois-Rivières jouent dans la Ligue de l'Ontario.
La ligue offre du jeu robuste, rapide, intelligent et dénué de bagarre.
Les joueurs sont dans la jeune vingtaine et ont presque tous joué dans la LHJMQ. Le capitaine des Stingers de Concordia, Éric Bégin, estime le calibre de jeu plus relevé.
« On est matures, on est plus vieux et je pense que de bonnes équipes universitaires vont battre une équipe de junior majeur. »
Son rival des Redmen de McGill Maxime Langelier-Parent abonde dans le même sens.
« Je serais partant pour que McGill affronte un club junior dans une série 4 de 7 n'importe quand. »
Malgré la qualité des athlètes et le faible coût des billets, une dizaine de dollars, les matchs à Concordia, McGill et à l'UQTR attirent tout au plus quelques centaines d'amateurs.
Des chiffres bien inférieurs à ceux des foules du junior majeur et du hockey universitaire américain.
Émile Bouchard, le petit-fils de « Butch » Bouchard, compare même les foules de la ligue à celles du hockey junior AAA.
« C'est même encore moins populaire. »
Il faut dire que peu de gens en parlent.
La couverture médiatique est pour le moins timide et l'appui des fédérations québécoise et canadienne de hockey est quasi inexistant, déplore l'entraîneur adjoint des Redmen de McGill, l'ancien joueur Daniel Jacob.
« Hockey Canada ne reconnaît pas vraiment la Ligue universitaire. Sur son site Internet, on trouve des informations sur le hockey junior, sur plusieurs tournois, mais rien sur l'universitaire. »
« Le fait qu'il n'y ait que trois équipes québécoises n'aide en rien le sentiment d'appartenance et les rivalités », ajoute Francis Verrault, qui termine sa carrière avec les Redmen après un séjour de quatre ans avec les Saguenéens de Chicoutimi.
À quand une ligue québécoise?
Les trois équipes québécoises font d'ailleurs partie de la ligue de l'Ontario par manque de rivaux.
Elles doivent cependant payer les frais de déplacement des équipes ontariennes lorsqu'elles viennent au Québec.
Des dépenses qui s'ajoutent aux coûts d'exploitation déjà très élevés pour une équipe de hockey. Les raisons financières sont souvent invoquées par les universités qui n'ont pas d'équipe.
L'Université Laval, à Québec, qui a une longue tradition sportive, a dissous la sienne en 1984.
Le fait que le hockey universitaire ne soit pas au sommet de la pyramide du développement freine l'intérêt, explique Gilles Lépine, le directeur du programme d'excellence du Rouge et Or.
« Quelqu'un qui veut aller à la Ligue canadienne de football, il vient jouer au football universitaire. Quelqu'un au basket qui veut aller plus haut va jouer universitaire. Ce n'est pas le cas au hockey. »
C'est pourquoi plusieurs militent en faveur d'une fusion des équipes universitaires et collégiales. C'est le cas de l'ancien entraîneur des Patriotes de l'UQTR et maintenant analyste à la radio, Dany Dubé.
Il prône le jumelage d'une université et d'un cégep pour créer une super ligue qui regrouperait des joueurs de 17 à 23 ans, une tranche d'âge comparable à ce qu'on observe dans la NCAA aux États-Unis.
« À partir de ce moment-là, tu peux développer ta ligue et aller jouer contre les universités américaines. C'est à ce moment que le réseau deviendrait extrêmement intéressant. »
Intéressant pour les recruteurs et attrayant pour les joueurs. Surtout, il offrirait une autre option que la LHJMQ aux jeunes joueurs d'ici.