David Desharnais et P.K. Subban
©
PC/AP/Geneviève Ross
Le Canadien a eu congé d'entraînement au lendemain de sa victoire initiale de 2-0 contre les Bruins de Boston. Afin de nourrir l'appétit des médias, la direction de l'équipe a tout de même rendu quelques joueurs disponibles en fin d'après-midi.
Sur le coup de 17 h, Jaroslav Spacek, Tomas Plekanec, James Wisniewski et David Desharnais ont fait leur entrée dans la salle de bal du Ritz-Carlton où loge l'équipe, à Boston.
Arborant une barbe qui travaille fort pour en devenir une, Desharnais a longé le mur, indécis. Sourire incertain, yeux ronds cherchant l'endroit où il serait le moins « pas à sa place », Desharnais a fini par se loger devant un rideau de tissus doré. Il n'a pas choisi. C'est là que je l'attendais.
À 24 ans, David a joué son premier match de séries éliminatoires dans la Ligue nationale moins de 24 heures plus tôt. Un bon match somme toute. Un peu moins de 10 minutes de temps d'utilisation, mais deux tirs au but, pas d'erreur, un bon contrôle de rondelle et du travail remarqué dans sa zone, où il s'est montré étonnamment efficace.
À 1,70 m (5 pi 7 po), il s'évertue depuis l'enfance à prouver qu'il peut jouer au hockey avec les grands. Il est devenu évident que sa taille ne l'empêche pas de protéger la rondelle quand il l'a en sa possession en zone adverse. En zone défensive, c'est plus difficile. Il faut alors soutirer le disque à l'adversaire, doser son effort, couper la ligne de passe sans être passif, prendre la bonne décision, ne pas créer une ouverture en faisant le mauvais geste.
C'est une tout autre approche. Et il s'en acquitte de mieux en mieux. Si bien qu'après les spécialistes Travis Moen, Brian Gionta et Plekanec, il a été l'attaquant le plus utilisé par Jacques Martin en désavantage numérique, hier.
Un autre pas
Ce premier match en séries s'inscrivait dans une liste de premières que Desharnais vit à son rythme depuis son arrivée dans le hockey professionnel.
À son premier camp d'évaluation avec le Canadien, en 2007, il venait de finir sa carrière junior avec Chicoutimi. Guy Carbonneau était alors avec le Canadien. Carbo ne s'en est jamais vanté, mais David croit qu'il était à l'origine de l'invitation qu'il a reçue.
Après trois jours d'exercices et d'évaluation physique, il a profité d'un court match intraéquipe pour marquer un but et retenir l'attention. Sans trop y croire, on l'a invité à tenter sa chance avec les Cyclones de Cincinnati, le club-école du club-école du Canadien. Plus loin que ça de la Ligue nationale, tu joues en division B en Croatie.
David est allé à Cincinnati. Et comment! Il a remporté le championnat des marqueurs et conduit son équipe au championnat des séries avec une fiche de 33 points en 22 rencontres éliminatoires.
C'était suffisant pour qu'on lui accorde un essai à Hamilton, où il a mis une saison à s'adapter. Mais à sa deuxième campagne, en 2009-2010, il a marqué 78 points en 60 matchs et a été rappelé par le Canadien pour un séjour de 6 rencontres.
Il n'a réussi qu'une passe en six matchs. Plusieurs l'ont cru arrivé au bout du chemin. Mais Desharnais connaît l'histoire des culs-de-sac mieux que quiconque. On la lui a suffisamment racontée. Chaque fois, il en réécrit la fin.
2010-2011 : 45 points en 35 matchs avec les Bulldogs et nouveau rappel avec le Canadien, cette fois pour rester. Et après quelques matchs d'acclimatation, il trouve sa place au sein de l'équipe, amasse 22 points en 43 rencontres et se voit confier du travail avec les unités spéciales.
Toujours discret, presque effacé, toujours petit et, surtout, toujours là.
Hier soir, Desharnais a joué son premier match des séries. On l'a envoyé se placer dans la ligne de tir de Zdeno Chara, enlever la rondelle à Milan Lucic et jouer au plus fin avec Mark Recchi.
Et aujourd'hui, sur le coup de 17 h, le petit homme de Laurier-Station est entré dans la grande salle de bal du Ritz-Carlton à petits pas, comme ceux qu'il enchaîne depuis quatre ans dans une chorégraphie dont il est le seul à connaître la musique et dont personne ne connaît la fin.