Un flou certain

Dix-sept ans, c'est trop au goût de la LNH.

Le dossier Ilya Kovalchuk expose au grand jour une zone grise de la convention collective. Pourquoi son contrat a-t-il été refusé, alors que ceux de Marian Hossa et de Chris Pronger ont été entérinés?

La ligue a refusé d'entériner le contrat d'Ilya Kovalchuk, mercredi. Elle pourrait par conséquent s'être engagée dans un périlleux litige, puisque la convention collective ne réglemente pas la durée des ententes.

L'agent Philippe Lecavalier comprend la décision de la ligue, mais constate le vide dans la convention.

« D'après moi, l'Association des joueurs va porter la cause en appel », a estimé le frère de Vincent Lecavalier en entrevue à Sports Extra (Sirius 96).

« Il va falloir que la ligue prouve que le joueur n'a pas l'intention de faire carrière jusqu'à la fin de son entente, a-t-il précisé. C'est ce qui sera complexe. Si elle n'est pas capable de le prouver, ça va être difficile pour l'arbitre de refuser ce contrat-là. »

Cette preuve sera d'autant plus difficile à faire que certains joueurs dans la quarantaine foulent toujours les patinoires de la LNH.

Mark Recchi détient un contrat avec les Bruins pour la prochaine saison au cours de laquelle il fêtera ses 43 ans. À 48 ans, Chris Chelios a disputé 7 matchs avec les Thrashers la saison dernière. Quant à lui, Kovalchuk aura 44 ans à la dernière année de son contrat avec les Devils.

Où est la limite?

« La ligue a refusé parce qu'elle ne veut pas créer de précédent », a ajouté Lecavalier.

Mais la question demeure entière : où se trouve la limite entre un contrat raisonnable et une entente trop longue?

D'une part, la convention collective stipule qu'un joueur qui signe une entente avant l'âge de 35 ans peut prendre sa retraite sans que son salaire continue à être comptabilisé sur la masse salariale de l'équipe. D'autre part, la ligue peut invalider un contrat si elle juge qu'il a été conclu avec l'intention de contourner les restrictions du plafond salarial.

La LNH a scruté les dossiers de Marc Savard, de Roberto Luongo, de Marian Hossa et de Chris Pronger en 2009-2010. Savard est lié aux Bruins jusqu'à presque 40 ans, Luongo sera un Canuck jusqu'à 41 ans, tandis que Pronger et Hossa termineront leurs ententes avec les Flyers et les Blackhawks à 42 ans. Aucun de ces contrats n'a été refusé.

La chute drastique du salaire annuel dans les dernières années de l'entente pour abaisser la moyenne comptabilisée sur le plafond salarial est flagrante dans le cas de Kovalchuk.

« Je ne vois pas de problème, c'est normal que le joueur soit moins payé dans les dernières saisons », a soutenu l'ancien gardien Éric Fichaud à Radio-Canada Sports.

« Sa valeur va baisser, car il ne sera pas aussi efficace qu'un joueur dans la vingtaine ou la trentaine, a-t-il précisé. J'ai de la difficulté à comprendre pourquoi la ligue agit ainsi. »

Frustrant pour les joueurs

Comment la LNH peut-elle s'opposer à une situation qui découle du plafond salarial qu'elle a tenu à instaurer?

« C'est frustrant pour les joueurs de voir que ce sont les dirigeants de la ligue qui voulaient un plafond et c'est du bord des propriétaires qu'ils essaient de trouver un moyen de passer à travers ce plafond, a lancé David Perron, des Blues, sur les ondes de Sports Extra. En tant que joueur, tu te demandes ce qui se passe. »

« Le joueur s'en fout de la longueur du contrat, il veut juste avoir son argent, a renchéri Lecavalier. C'est l'équipe qui veut contourner le plafond pour être capable d'engager le joueur tout en étant capable d'en signer d'autres. »

Toujours est-il que la zone grise que le dossier Kovalchuk a permis d'exposer ne restera pas ainsi longtemps.

« Quand ce dossier sera réglé, il y aura peut-être une modification à l'actuelle convention pour clarifier les choses, a avancé Lecavalier. C'est sûr que la prochaine convention va être annexée. »