Cent ans d'histoire, c'est beaucoup de Coupes Stanley, beaucoup de joueurs, beaucoup de gestes et de moments qui ont marqué l'imaginaire.
Mais c'est aussi des sons, et surtout, des grandes voix, passées et présentes, qu'on peut difficilement oublier.
Une voix unique, un français irréprochable... René Lecavalier a été le premier descripteur du Canadien à la télé. Il est encore aujourd'hui la référence.
« J'aimais travailler avec lui parce qu'il connaissait son hockey, a expliqué Gilles Tremblay, ancien joueur et analyste des matchs du Canadien de Montréal. Ses questions étaient bonnes, bien posées, mais il fallait que tu fasses attention. Si tu faisais une faute de français, tu le voyais réagir tout de suite.
« Une quinzaine d'années à côté de lui, ça fait plusieurs erreurs et des petites notes à côté. J'aurais dû les garder, j'aurais pu en faire un livre. Il m'a aidé grandement. C'était tout un homme. »
Gilles Tremblay est aussi un pionnier à titre de premier « joueurnaliste » francophone. Sa voix, souvent imitée, fait partie intégrante de l'histoire du club.
« Souvent, je suis dans des endroits, les gens ne me voient pas, et dès que j'ai à m'exprimer, oups, on se retourne. "Ah! Monsieur Tremblay ." Juste par la voix, ça les a marqués. »
D'une époque à l'autre
Dans les années 1970, le Canadien était l'équipe à battre. Une époque en or pour les descripteurs, sauf à Philadelphie.
« À Philadelphie, on était genre à la 4e ou à la 5e rangée, près de la patinoire, relate Richard Garneau, ancien descripteur. Ce n'était pas un cadeau parce qu'à l'époque, je parle des Broad street bullies, on était des ennemis quand on arrivait là.
C'était même épeurant à un certain moment, puisque tu étais dans la foule. Et puis, on s'est fait asperger de toutes sortes de choses, on se faisait engueuler. Il y avait des gens qui arrivaient avec leur casque nazi... des fous finalement! »
C'était l'époque d'Yvan Cournoyer, de Jacques Lemaire, mais surtout de Guy Lafleur.
« Lafleur était synonyme d'une très grande époque du Canadien de Montréal, a dit Michel Lacroix, annonceur maison depuis 1977. Du moment que j'annonçais la première syllabe, tout de suite les gens embarquaient, on avait l'impression qu'ils l'annonçaient avec moi en même temps. »
De toutes ses soirées au micro, Michel Lacroix n'oubliera jamais celle du 11 mars 1996.
« Parce que le pointage le permettait, j'ai dit: "Dernière minute de jeu dans l'histoire du Forum de Montréal." C'est là, je pense, qu'on a réalisé tout ce qu'on avait vécu comme émotion à l'intérieur de cet édifice et ce que ça représentait pour tout le monde. »
La fin d'une époque et le début d'une nouvelle... qui attend toujours sa première Coupe Stanley.