Henri Richard, l'homme de l'ombre

Le Canadien célèbre ses 100 ans et, malgré les difficultés de l'édition actuelle, la tradition continue de garder à la fête une certaine dignité. Il y a pas moins de 770 joueurs qui ont porté l'uniforme bleu, blanc et rouge au cours du dernier siècle, la plupart avec fierté, plusieurs, avec panache. Guy D'Aoust nous propose donc de partager cet anniversaire avec eux par l'entremise de celui qui, selon lui, les représente le mieux.

Le Rocket a été le plus grand. Il a soulevé tout un peuple, dans les gradins, dans les foyers et dans les rues.

Le grand Jean l'a suivi, fier, droit comme un chêne. La classe, avec une touche de génie. Puis « Flower » est venu, le flambeur. Il a brûlé comme une étoile d'un feu inoubliable.

Autour de ces quatre figures immenses, presque mythiques, 767 joueurs ont gravité. Un seul les a côtoyés tous les trois: Henri Richard, l'humble Henri, qui a joué ses 20 saisons dans leur ombre et qui y vit encore.

« Encore aujourd'hui, un monsieur va arriver avec son petit gars et dire: "Regarde, c'est le frère de Maurice." Il ne m'avait jamais vu jouer, mais il avait vu Maurice. »

Tout séparait les frères Richard. Même entre eux il y avait un grand et un petit.

« Maurice, j'ai joué cinq ans avec lui, je pense qu'il ne m'a jamais dit un mot. Il ne m'a jamais dit que j'avais fait un beau jeu, que j'avais marqué un beau but ou fait une belle passe. Il ne l'a jamais dit. »

Une légende

Henri a joué 1439 matchs avec le Canadien, plus que quiconque dans l'histoire de l'équipe. Deux fois il a marqué le but vainqueur du match décisif en finale de la Coupe Stanley, en 1971 notamment, sa 10e coupe et la 10e et dernière de Jean Béliveau...

« Quel habile patineur, manieur de bâton, très fort physiquement, une résistance énorme, a relaté Jean Béliveau. Il mérite ses coupes Stanley, car il a apporté beaucoup à l'équipe. »

Henri a succédé à Béliveau au poste de capitaine. Un capitaine aux cheveux gris... En 1973, quelqu'un quelque part s'est souvenu de son existence et on lui a remis le trophée Bill-Masterton, le seul honneur individuel de sa carrière.

« Je vais vous dire bien franchement, quand je l'ai reçu, je ne savais pas c'était pourquoi », a dit le Pocket Rocket en riant.

Henri Richard   © PC/Archives

La même année, Henri ajoutait une 11e coupe à sa collection. C'est une marque absolue. Un des records les plus inaccessibles du sport. Le capitaine fatigué l'a ramenée à Montréal, une dernière fois, un trophée d'équipe pour un joueur d'équipe.

Henri Richard a eu 73 ans cette année. Il est né le 29 février 1936. Le 29 février... même son anniversaire l'oublie trois fois sur quatre.

Alors, cette fois, pour toi et pour les 769 autres, bonne fête Henri! Bon anniversaire à toi, le plus grand parmi les humbles... et le plus humble, parmi les grands.