Une carrière unique

  |  Jean-François Chabot  |  Radio-Canada
Ken Dryden   © PC/Photomontage

Printemps 1971. Le Canadien lutte pour une place en séries. Et Jean Béliveau dispute sa dernière saison.

Ken Dryden a connu des succès inégalés en très peu de temps dans la LNH. Au moment où le Canadien retire son chandail, voici un résumé des faits marquants de sa carrière.

D'autres vétérans comme Frank Mahovlich se sont greffés au Tricolore pour encadrer les jeunes comme Jacques Lemaire, Marc Tardif, Réjean Houle et Larry Pleau.

Devant le filet, Rogatien Vachon et Philippe Myre se partagent le travail, mais ni l'un ni l'autre ne s'avère bien convaincant à l'approche des séries éliminatoires. Avec six matchs à disputer, le Canadien s'en va tout droit vers un face-à-face avec la grande puissance de l'heure, les Bruins de Boston.

Cette année-là, Boston a établi un record pour le nombre de buts marqués en une saison. Phil Esposito va conclure le calendrier avec 76 buts et 76 passes. Les Bruins comptent aussi sur Bobby Orr, Ken Hodge, Johnny Bucyk, Wayne Cashman, Derek Sanderson, avec Gerry Cheevers devant le filet.

Le directeur général du Canadien, Sam Pollock, va sortir de son chapeau l'un des plus incroyables lapins de l'histoire du Canadien.

Il s'appelle Ken Dryden. Il avait été repêché au 3e tour par les Bruins, en 1964. Il a été échangé au Canadien deux ans plus tard. Le géant de 1,93 m (6 pi 4 po), qui n'a pas gradué dans la LNH à Boston, reviendra hanter les Bruins.

Né à Hamilton le 8 août 1947, cet étudiant de l'Université Cornell s'aligne alors avec les Voyageurs de la Nouvelle-Écosse, club-école du Canadien dans la Ligue américaine. Son arrivée avec le CH aura un effet immédiat.

Entrée fracassante

Dryden a 23 ans. Il entreprend sa carrière dans la LNH de manière retentissante. En plus d'aider le Canadien à remporter la Coupe Stanley contre toute attente, il met la main sur le trophée Conn-Smythe à titre de joueur par excellence des séries.

C'est ainsi qu'il a déjà son nom sur deux trophées prestigieux, avant même son année recrue. Au terme de la saison 1971-1972, il décroche le trophée Calder remis à la meilleure recrue, devant des noms aussi prestigieux que Guy Lafleur et Marcel Dionne.

Ken Dryden Ken Dryden illustre sa confiance en Serge Savard.

L'année suivante, il participe à une deuxième conquête de la Coupe Stanley, une deuxième aussi face aux Blackhawks de Chicago. C'est aussi en 1973 qu'il reçoit son premier trophée Georges-Vézina en tant que meilleur gardien.

À cette époque, les matchs contre Buffalo sont spéciaux, parce qu'ils nous offrent des duels entre Ken et son frère aîné Dave qui défend le filet des Sabres.

Un an plus tard, une dispute salariale l'incite à demeurer à l'écart. On ne parle pas ici de millions, mais bien de quelques milliers de dollars. C'est l'impasse entre Dryden et Pollock. Le gardien en profite pour compléter des études en droit à l'Université McGill.

Quand il reviendra au jeu, il n'aura pas perdu de sa superbe, ni de son calme légendaire. Sa pose typique, les bras et le menton appuyés sur son bâton, devient une signature, une marque de commerce. Les enfants qui jouent au hockey dans les parcs ou dans la rue l'imitent sans retenue.

Entre 1976 et 1979, il ajoute à sa fiche quatre Coupes Stanley et quatre trophées Vézina aux côtés de Michel « Bunny » Larocque. Quand il se retirera de manière définitive, il n'aura subi que 57 revers en 397 rencontres en saison, amassant 46 jeux blancs au passage. Sa moyenne de buts alloués se chiffre à 2,24 par match. Il a aussi remporté 80 de ses 112 matchs en séries éliminatoires.

Pas étonnant que le Temple de la renommée du hockey lui ait ouvert toutes grandes ses portes en 1983.

L'homme public

Fin observateur, il rédigera ce qui est peut-être, à ce jour, le meilleur ouvrage consacré au hockey professionnel. Dans « The Game », Dryden relate sa dernière saison avec le Canadien, dévoilant au passage les traits de caractère de ses coéquipiers de l'époque et ses propres réflexions sur son sport, souvent comparé à une religion à travers le Canada.

Ken Dryden Ken Dryden

Une fois ses jambières accrochées, Dryden s'implique socialement dans des causes qui lui tiennent à coeur: éducation, alphabétisation, environnement. En 1984, il devient commissaire à la jeunesse auprès du gouvernement ontarien de Bill Davis.

Son amour pour le hockey lui fera accepter le poste de directeur général et de président des Maple Leafs de Toronto qu'il occupera de 1997 à 2003.

L'avocat en lui se tournera vers la politique parce qu'il croit que c'est le meilleur moyen de promouvoir ses idées et ses causes sociales. En 2004, il est élu sous la bannière libérale au fédéral dans la circonscription torontoise de York Centre.

Plus récemment, il a été candidat à la direction du Parti libéral du Canada, investiture remportée par Stéphane Dion, lors d'un congrès tenu à Montréal.

À lire aussi:

Ce qu'ils en pensent...