Carbo et la paresse...

Après le match contre les Red Wings, Guy Carbonneau a perdu patience. Pourquoi?

Si vous avez vu ce match perdu 2-0 contre une équipe mieux préparée et plus talentueuse, vous reconnaîtrez que ce n'est pas la paresse qui a coulé le Canadien. Ce serait plutôt la maladresse, la lenteur, le manque d'imagination, les mauvaises décisions prises avec et sans la rondelle.

Carbonneau, lui, a blâmé ses joueurs pour leur manque d'effort. Carbonneau a été véhément dans ses conclusions comme dans son expression. On a vu un homme excédé, fatigué de répéter, un entraîneur qui en a ras le bol.

Mais, je le répète, pourquoi?

Éliminons tout de suite l'hypothèse « c'est la faute au journaliste ». Oui, le collègue Luc Gélinas, de RDS, a relancé Carbo. Il a fait son métier et sa question n'avait rien de provocant.

À mon avis, la colère et l'émotion étaient dues à la défaite et à la lassitude de Carbo. Pas au journaliste.

La paresse

Guy Carbonneau Guy Carbonneau   © PC/Paul Sancya

Sans employer le mot, Guy Carbonneau a traité ses joueurs de « paresseux ». Et c'est une accusation lourde.

Les joueurs du Canadien sont, à mon avis, beaucoup plus fatigués que paresseux. Après avoir brûlé la ligue en décembre, Saku Koivu est retombé au neutre. Croyez-vous qu'il paresse?

Après avoir brillamment dominé la Ligue nationale pendant près d'une demi-saison pour l'efficacité en désavantage numérique, les défenseurs du Canadien ont aussi perdu de leur lustre. Paresse?

Carbo lui-même reconnaîtra la mathématique de ma conclusion. Il insiste depuis le début de la campagne pour employer quatre trios afin de ménager ses joueurs. Il ne voit pas d'autre façon de passer à travers une aussi longue saison.

Des défenseurs surmenés

Il doit donc réaliser que pour quatre trios, il n'a que trois paires de défenseurs. Or, Bouillon et Dandenault ont été blessés. Niinimaa et Streit ont souvent sauté leur tour, de sorte que Rivet, Souray, Markov et Komisarek ont été surutilisés en première moitié de campagne, particulièrement pour les unités spéciales dont le Canadien a fait son pain et son beurre... le reste du repas étant servi par un certain Cristobal Huet.

Est-il normal que ces gars-là éprouvent une certaine fatigue? Oui. Est-il normal qu'ils ne soient pas capables de maintenir sur 82 matchs le rythme qui a valu ses succès au Canadien d'octobre à décembre? Encore oui.

Peut-être ne sont-ils diminués que de 5 %. Ça peut se traduire par une réaction plus lente, une passe moins précise, une décision douteuse... Mais c'est énorme. C'est la différence entre l'excellence et la normalité.

À titre d'exemple, un coureur de 100 mètres voulant figurer parmi l'élite mondiale courra dans les 9,90 secondes. Enlevez-lui 5 % et le voilà dans les 10,38 ou 10,39. Il ne fait plus partie de l'élite. Il ne va plus aux Jeux olympiques. C'est à peine assez bon pour participer aux qualifications de son pays.

Carbonneau parle de manque d'effort. Peut-être a-t-il raison avec certains de ses joueurs. Sans doute en avez-vous déjà identifié quelques-uns vous-mêmes.

Mais en accuser toute l'équipe? Ça me semble excessif. Lourdement excessif.

Et dans son émotivité coutumière, en s'imaginant que tous les joueurs sont - comme lui l'était - capables de donner le même effort, soir après soir, Carbo commet sa première véritable erreur de la saison.

C'est heureusement pour lui une erreur d'évaluation qui ne devrait pas lui être bien coûteuse. Après tout, il en a lui-même pardonné pas mal depuis le mois d'octobre...

Voyons comment les joueurs réagiront d'ici la pause du match des étoiles. Voyons comment Carbo réagira si l'équipe continue de perdre...

Voyons si cette équipe et son entraîneur ont ce qu'il faut pour sortir des câbles et reprendre le combat.