Une dernière feinte magistrale?

À chaque fois que l'on voit un grand athlète quitter la scène sportive, les images de ses exploits accomplis subsistent. On sait que les carrières sportives ne sont pas éternelles, mais dans certains cas on aimerait qu'elles ne s'arrêtent jamais.

Mario Lemieux est de cette catégorie. À le voir dominer de la tête et des épaules comme il l'a fait pendant si longtemps, on s'est plu à croire que l'on n'assisterait jamais à un point final. À le voir surmonter et vaincre le cancer, on avait l'impression que l'on ne cesserait jamais d'applaudir le « 66 ».

Lemieux incarne le hockey à Pittsburgh, comme Wayne Gretzky l'a fait à Edmonton et à Los Angeles. L'équipe de la capitale américaine de l'acier, à laquelle il s'est joint, ne comptait que de vieilles jambes rouillées. Les Penguins étaient la risée de la Ligue nationale.

Une coupe Canada, deux coupes Stanley, six trophées Art Ross, trois trophées Hart, deux trophées Connie-Smythe, une médaille d'or olympique, une Coupe du monde et presque 22 ans plus tard, Lemieux travaille encore à vendre le sport qu'il aime à une ville amoureuse d'un seul sport, le football.

Discret

Lemieux n'apprécie pas beaucoup les médias. Son statut de vedette l'a cependant contraint à se rendre plus accessible qu'il ne l'aurait réellement souhaité. Il s'est montré plus affable au cours des dernières années, parce qu'il a pris conscience des exigences de la promotion d'une équipe professionnelle.

Crosby et Lemieux
(AFP-Getty Images-Bruce Bennett)

En septembre 1999, il s'est porté acquéreur des Penguins pour sauver la franchise de la faillite. Il sait que l'avenir de l'équipe à Pittsburgh est lié à la construction d'un nouvel amphithéâtre pour remplacer le vétuste Mellon Arena. Un défi de taille...

Sur la glace, Mario a passé sa vie à faire semblant d'aller à gauche pour se faufiler à la droite du défenseur. Il a fait croire à des dizaines de gardiens de but qu'il allait tirer avant de les déculotter.

Cette fois, il affirme haut et fort que Pittburgh est une ville de hockey. Et une fois de plus, il risque de déjouer tous les calculs. Les grands sont comme ça. Ils se relèvent toujours quand on les croit battus. Ils trouvent toujours le moyen de surprendre.

Signature

Tout au long de sa carrière, on aurait dit que Lemieux offrait un petit plus lorsqu'il s'amenait à Montréal pour y affronter le Canadien. Lui qui avait grandi pratiquement dans l'ombre du vieux Forum, en mettait toujours plein la vue.

En 43 matchs face au Tricolore, Lemieux a amassé 68 points, dont 27 buts. Soit dit en passant, c'est contre le Canadien qu'il a inscrit le dernier but de sa carrière, le 10 novembre, à Pittsburgh. C'est aussi à Montréal qu'il a réussi son dernier tour du chapeau, le 24 janvier 2001.

Ce soir-là, il avait battu le Canadien à lui seul, en marquant le but gagnant en prolongation. Les amateurs présents au Centre Bell ont alors vu l'étendue du talent et la domination d'un Lemieux en pleine possession de ses moyens. Dommage que cela n'ait pas été le cas pendant sa longue et prestigieuse carrière...