La Coupe Grey a 100 ans

Rivalité ou non?

bowman_alouettes  Photo :  PC/Nathan Denette

New York et Boston, Madrid et Barcelone, Montréal et Toronto... Les grandes villes d'un même pays peuvent difficilement coexister, et le monde du sport se veut souvent la tribune idéale pour exprimer sa haine envers « l'autre ».

Un texte de Guillaume Lefrançois

Le constat est également vrai pour les deux plus grandes villes du Canada. Il suffit d'assister à un duel entre le Canadien et les Maple Leafs pour le réaliser.

Cette tension entre les deux extrémités de la 401 est toutefois plus difficile à percevoir au football. En fait, tout semble dépendre du vestiaire dans lequel on se situe pour en parler.

« Il y a une rivalité Montréal-Toronto à tous les niveaux, que ce soit sportif, économique ou linguistique. C'est une bonne chose », a tranché le maraudeur des Argonauts Étienne Boulay, samedi, à la veille de la finale de l'Est entre les Alouettes et les Argos.

« Que ce soit au hockey, au baseball ou dans n'importe quel sport, tu veux toujours battre Montréal et Hamilton, ce sont les petites rivalités qui rendent la ligue meilleure », a ajouté le receveur des Argonauts Andre Durie, natif de la région torontoise.

« Moi, je parle français. J'ai joué ici avec les Alouettes pendant quatre ans, mais je suis un Torontonian », a lancé en français le plaqueur Adriano Belli.

Autre son de cloche

Quand on traverse dans le vestiaire des Alouettes, cette rivalité perd soudainement de son lustre.

« Dans la LCF, il y a si peu d'équipes qu'il y a une rivalité à tous les matchs, croit le spécialiste des longues remises, Martin Bédard. Dimanche, la rivalité sera contre les Argonauts parce qu'ils se présentent ici, mais de là à dire que c'est LA rivalité, je ne suis pas sûr. »

« Je suis forcé d'y aller avec mes expériences antérieures, a admis le centre Luc Brodeur-Jourdain. Quand j'étais à l'Université Laval, la rivalité avec les Carabins de Montréal, je la sentais plus forte. Mais Montréal-Toronto, avec (l'entraîneur-chef Scott) Milanovich, deux bons quarts, je pense que ce sera très compétitif, et l'an prochain aussi. La rivalité se construit. »

Les joueurs des Alouettes s'abreuvent visiblement des paroles de leur entraîneur-chef.

« Je ne crois pas en la haine en général, a répondu Marc Trestman. J'en parle souvent à nos joueurs. On ne démonise pas l'adversaire. J'insiste sur le fait que si nous avons un rival, nous manquons de respect pour les autres équipes. Démoniser l'adversaire est bon pour 5-10 minutes d'un match. Le respecter et jouer pour nous-mêmes, c'est bon pour 60 minutes. Je sais que les joueurs font ce qu'ils veulent pour se mettre dans le match, tant qu'ils ne manquent pas de respect pour le sport et pour leurs coéquipiers. »

C'est à se demander si les résultats des dernières années n'orientent pas le débat quant à la nature de cette rivalité. Depuis le dernier titre de division des Argonauts en 2007, les Montréalais ont fini 1ers dans l'Est quatre fois en cinq saisons. La formation montréalaise a aussi éliminé les Argonauts lors des trois derniers chocs entre les deux équipes en finale de l'Est (2010, 2006 et 2005).

On peut comprendre les Argonauts d'entretenir (ou d'afficher) davantage de haine envers l'adversaire...

« Certains de nos vétérans veulent vraiment les battre », a assuré Durie.